Le concept

Un candidat vient interpréter une chanson face à un «mur numérique» qui ne se lèvera que s’il parvient à réunir suffisamment de votes en sa faveur. Jusque là, rien de nouveau. La singularité de Rising Star est que pour la première fois dans l’histoire de la télé-réalité, le public peut voter gratuitement.


Il paraît bien loin le temps où des gens comme moi devaient en arriver à squatter en cachette le minitel des trésors publics lors de mon stage de 3ème afin de voter pour Houcine de la Star Ac'.

 


Vous aussi, il fait ça votre smartphone quand vous glissez le doigt dessus ? J'ai dû me faire rouler quelque part alors.


Cette petite révolution, Rising Star le doit à l’avènement du «tout-connecté». En effet, c’est par le biais d’une application disponible sur tablette et smartphone que le téléspectateur lambda peut décider de faire lever le mur, ou dire au candidat "vous ne passerez pas". Une fois 70% de la jauge remplie, le mur se lève et la graine de star peut admirer le public présent dans la salle, et se qualifier pour l'étape suivante.

Petit bonus, si vous le voulez, une photo de vous s’affichera en temps réel sur le mur numérique, histoire de pousser le côté «interactif» jusqu’au bout. Pour les plus narcissiques d’entre vous, veillez à avoir configuré une belle photo de vous sur votre profil Facebook, sous peine de voir cette vieille photo de votre chien déguisé en piñata s’afficher en lieu et place de votre frimousse.

 


Dégainez votre plus belle duckface, qui sait, ce soir vous passerez peut-être en prime-time sur M6 !
 

L'émission

1ère minute : Notre duo d'animateurs se présente.

 

A ma gauche, je vous présente Guillaume Pley, animateur d'NRJ qui s'est fait connaître l'an dernier pour une vidéo à l'humour un peu douteux.

A ma droite, Faustine Bollaert, la Jennifer Love-Hewitt du PAF.

 

3ème minute : Ah oui, je ne vous avais pas dit, mais il y a également un jury. On retrouve donc, David «tu ne m’as/pas laissééééé/le temps» Hallyday, Cathy «j’adore les smoothies» Guetta, Cali (qui s’en va mais qui apparemment a décidé de revenir) et Morgan Serrano, directeur des programmes d’NRJ, et qui n’en n’est pas à son premier rôle de juré.

 

On se demande qui était en charge de composer cet étrange panel de spécialistes.



4ème minute : On nous explique que chaque vote des membres du jury compte pour 7%, parce que, hé, faudrait pas déconner non plus, l’avis des «experts» (sic) pèse plus lourd que le notre.

 

 

5ème minute : Voici à quoi ressemble l'interface de l'application :

 

En haut, des tweets sélectionnés au hasard via le hashtag #RisingStar défilent les uns après les autres. Ici, vous aurez remarqué que la capture ne joue pas en la faveur du programme. Près du logo de l'émission, les différents sponsors alternent entre Coca-Cola, Toyota, RED de SFR et les 3 Suisses.

 

6ème minute : Arrivée de Barbara Lune (sic) devant le jury pour la phase de pré-sélection. Oui, parce que n’importe qui ne peut pas venir se présenter derrière le mur, il faut d'abord effectuer un premier tri sélectif. Le jury est sous le charme, sauf Cathy Guetta qui, je remarque, ressemble de plus en plus à Kermit la grenouille.
 

8ème minute : Tout le budget ayant été investi dans le mur numérique, le public est assis sur des chaises en plastiques piquées dans une des salles de réunion de la chaîne.
 

«C’est bien beau votre mur là, mais c’est pas ça qui va aider mes problèmes de vertèbres, hein»

 

12ème minute : Première histoire larmoyante. Séverine, qui s'est toujours trouvée dotée d'un physique disgrâcieux, passe aujourd'hui son premier casting, celui de Rising Star. Elle qui s'interdisait depuis toujours le droit de rêver, ose affronter l'avis du public. Cathy est conquise, les larmes coulent des deux côtés.

 

14ème minute : Séverine vient donc nous interpréter Wrecking Ball, de Miley Cyrus. La prestation semble réglée comme du papier à musique : sur le pont, Séverine pointe la caméra du doigt en scandant «I will always want you», lorsque soudain, le mur se soulève au moment du dernier refrain. La foule est en liesse. C’est limite si les projecteurs ne s’enflamment pas et le plateau ne se mette à trembler, avant que Séverine ne se transforme en énorme papillon qui est enfin libre de s'envoler vers sa destinée.

 

La mise en scène digne de La Chance Aux Chansons clashe avec la déco résolument "blockbuster de l'été".

 

23ème minute : Voici venir Léo Rispal. Léo disposant déjà d’une petite réputation dans le milieu (dont un single insupportable sur lequel il avait adopté un faux accent américain), c’est une surprise de le voir tenter sa chance une énième fois. Evidemment, Léo «le petit bout de chou» remporte largement les faveurs du public. Mais pas les miennes.

 

 

Pourquoi ? Hé bien manque de pot, j’ai trop lambiné et on m’annonce que je me retrouve dans l’impossibilité de voter. Je pensais que nous avions toute la durée de la prestation pour s’inscrire, mais non, seulement les 15 secondes qui la précèdent. A l’inverse, il est possible de voter avant même que le candidat n’ait émis une seule note.

 

30ème minute : Encore un moment tire-larmes, avec la mère de Tarik, un candidat qu'elle est venue représenter via iPad interposé, parce que celui-ci est en train de passer un examen de fin d'année. On n'a pas le droit de voir son visage, mais juste d'entendre sa voix (mise en scène joyeusement pompée auprès de The Voice).


33ème minute : Sur la photo de l’application, Tarik est de dos. Le mystère demeure entier. Tarik existe t-il vraiment ? S’agit-il d’un hologramme ? Tarik est-il sa mère ? Sommes-nous tous sous l’effet d’un psychotrope ?
 

 

Avant la prestation, Kermit Guetta, toujours à bloc, alpague la mère de Tarik comme si elle était au marché : "Ma'me Debiche, comment ça va !!!???? Ca va bien se passer vous allez voir !!!!". Lorsque soudain, c'est la révélation :

 

Non, je rigole. Figurez-vous que Tarik est juste un jeune homme fringuant avec une très bonne voix. Bref, vraiment pas de quoi faire autant de mystères.

 

 

53ème minute : Emmanuelle, la prochaine candidate, arrive en fauteuil roulant. A nouveau, les larmes coulent de partout. Les clichés s'accumulent et l'on est presque tenté de faire un bingo avec tous les candidats que l'on est susceptible de retrouver dès la première émission d'un télé-crochet, histoire de toucher la ménagère.

 

56ème minute : Excusez-moi, mais moi, voir la tête de Cathy Guetta qui s'affiche soudainement sur le mur et grossit à vue d'oeil, ça me foutrait un coup de pression énorme et j'en perdrais tous mes moyens...

 

...sauf, peut-être, si elle y dévoilait son vrai visage :

 

64ème minute : Arrive Louis Deslys, le Cindy Sander au masculin. Belle voix, mais sans intérêt, il se fait rabrouer par Cali sur son manque d'originalité et repart bredouille, sans que le mur ne se lève.

 

 

85ème minute : C'est au tour de Larry Lynch (aucun lien de parenté avec le réalisateur, sinon ça veut dire que le népotisme, c’est plus ce que c’était). Larry était le dernier candidat manquant à notre bingo : avec ses faux airs de Ryan Gosling et son interprétation à la guitare de Let Her Go, il fera fondre le jury et le public, en décrochant 94% des suffrages.

 

L'émission avance à grand pas, et Cathy commence à perdre le contrôle de ses inhibitions.

 

86ème minute : Bouh.

 

95ème minute : Encore un moment d'émotion, le dernier, fort heureusement. Armée de sa voix rauque, Solène vient interpréter une chanson dédiée à son père et conclut l'émission avec une victoire, la 6ème de la soirée.

 

Dans un dernier élan d'énergie, Cathy se lève pour chauffer le public sur une reprise de Patricia Kaas.

 

In fine
Un jury sans alchimie et ancré chacun dans son rôle (le ronchon, le séducteur, la copine hystérique...), des bugs techniques en rafale, qui ont notamment touché un Jean-Marc Morandini sévèrement à la ramasse, un duo d’animateurs rouillés... Rising Star est un télé-crochet insipide et poussif, aussi bien en terme de candidats que de mise en scène.


Si la première émission, portée par l’effet de curiosité, jouit sans surprise d’audiences satisfaisantes, c’est sur la longueur que le défi semble plus difficile à relever. Finalement, la révolution que l’on nous annonçait en marche depuis déjà des mois risque sûrement de s’arrêter au pied du mur.
 

++ Rising Star, le jeudi à 20h50 sur M6.

 

 

Thomas Rietzmann.