Remarqué pour ses interprétations indolentes de textes des autres, le duo composé de Sylvie Horeau et Aurélie Saada fait son retour en signant le morceau déjà matraqué À Bouche que veux-tu, dont la première écoute évoquera d’emblée les licences poétiques les plus permissives de toute l’histoire de la musique francilienne de ce début de mois de novembre 2014. Ma Benz à côté, c’était du Pythagore. Note sur copie : 7/20. Remarque dans la marge : «Brigitte, la syntaxe, c’est pas que pour Kool Shen».

 

Les licences poétiques du groupe Brigitte dans l’Histoire de l’Art en novembre 2014

À Bouche que veux-tu : Le titre, pas limpide de clarté au milieu du reste devrons-nous avouer, signifie en vieux français «avoir tout ce que l’on désire». Mot à mot et en substance, nous observerons que l’adage commence comme la réclamation du biberon pour terminer en interrogation inaboutie, sans la ponctuation la plus élémentaire. Remarquons qu’en le lisant à l’envers, l'expression à bouche que veux-tu n’apporte pas plus de sens : c’est donc un palindrome. Pourquoi les auteures ont-elles choisi cette lecture plutôt que la formulation tout aussi énigmatique ut-xuev euq ehcuoB À ? Une exégèse du CNRS est en cours.

 

Viens ce jour ma peau ne sait plus attendre

Viens cours des papillons au creux du ventre

 

Prise à défaut sur le point d’interrogation plus haut (!), nous n’épinglerons pas de nouveau Sylvie et Aurélie sur la ponctuation aléatoire ou carrément absente de la copie, puisque manifestement, la leçon n’a pas été apprise. Mais «viens cours» sans virgule est syntactiquement incorrect, puisque si deux verbes se suivent, le second doit tou-jours-être-à-l’in-fi-ni-tif ! «Viens courir». «Viens taper le footing ma grasse». «Viens jogger», même. Allez, apprenez le Bescherelle.

 

 

Grammaire mammaire

Néanmoins, les autorisations prises avec les règles de conjugaison répondent bien à l’impudence fougueuse qu’on aime à entendre quand il s’agit du thème concerné ici : l’amour. Un écran de fumée se dresse, s’échappant des approximations brigittiennes, et ainsi s’épaississent les mystères de l’amour. Car c’est certain, tout ici renvoie au béguin. La rythmique coup par coup de la guitare, l’anaphore du «viens», le groove library-music de film de boules et le regard de pigeon mort : «la parade prénuptiale est lancée mon gros roudoudou sucré», semble s’exciter Brigitte. Ça va zouker à bouche que veux-tu. En veux-tu en voilà. Tiens, voilà du boudin.

 

Tour à tour on se tourne autour sans jamais avoir basculé

 

La conjugaison solidifie fermement l’ambiguïté. Sommes-nous dans le présent de narration ? Dans un compte de Peura ? Dans une vidéo de Mamadou Segpa ? La coquetterie est habile : Brigitte arrive, en mettant les mots dans n’importe quel sens, à décrire l’insaisissable, sans que l’on n’y comprenne goutte. Bravo.

 

Les références

Mais la note de 7/20 n’est peut-être pas assez sévère à la lumière de leur terrible faute professionnelle. Voyez plutôt.

 

Pala pala bala bala 

Pala pala bala bala 

Pala pala bala bala 

Pala pala bala bala 

Pala pala bala bala 

Pala pala bala bala 

 

Premièrement, ce texte n’est pas de Brigitte. Pour rappel, le plagiat est interdit et peut, dans le cadre d’examens nationaux, vous sanctionner et vous interdire de repasser le moindre examen pendant cinq ans. Une sanction lourde, alors qu’il suffit de citer sa source. Il faudrait chanter par exemple «Pala pala bala bala» (cf. le grand orchestre du Spandau Ballet).

Erratum : la jurisprudence bail artistique art-2006 interdit strictement depuis le premier janvier 2014 l’utilisation des «Pala pala bala bala» sans reverser de contrepartie aux ayants droits de Ten CC et Spandau Ballet. À Bouche que veux-tu devra être expurgée et raccourcie de moitié.

 

Les champs lexicaux relevés sont au nombre de deux. Le champ lexical Jean-Pierre Pernaut : «merveilleux», «papillons», «chansons d’amour en sucre», «humour abstrait». Et le champ lexical SM et viol : «viens», «tourner autour», «porter secours»… Un duo de batteries de termes complètement en opposition que Brigitte enchevêtre au fil des rimes pauvres, voire bien crevardes, avant de sortir de ce long tunnel sans refrain écoutable en posant la question fatale :

 

M’aimeras-tu demain ?

 

Question à laquelle nous répondrons avec le prosaïsme tant espéré mais qui aura fait défaut à Brigitte : non.

 

 

Bastien Landru.