Donc tout le monde a applaudi. Ou presque. Un bloggeur américain, Aaron Clarey, a détesté. Il dit même aux gens de ne surtout pas aller voir ce film. La raison ? Ce serait un film de propagande féministe : «Charlize Theron apparaît beaucoup dans la bande-annonce alors que Tom Hardy semble ne faire que des caméos. Charlize Theron parle beaucoup dans les trailers, et je n'ai pas souvenir d'y avoir entendu une phrase de Tom Hardy. Au final, le personnage de Charlize Theron aboie des ordres à Mad Max. Personne ne donne d'ordres à Mad Max» s’indigne ce bloggeur, dans une tribune publiée sur le site Return of Kings (le Retour des Rois)Pour information, ce site Return of Kings se présente comme «un blog pour des hommes masculins et hétérosexuels qui croient que les hommes doivent être masculins et les femmes féminines». On est ici dans le royaume des cons - pardon, des masculinistes, qui pleurent parce que les femmes, et surtout les féministes, hé bien elles veulent que les castrer.

 

Mais ce M. Clarey n’est pas le seul à avoir qualifié ce film de féministe. Plusieurs médias français dont Madame Figaro l’ont fait, mais cette fois-ci en s’en félicitant. Résultat : des tas de personnes sont allées voir le film, pour vérifier. Et moi aussi, bêtement, j’ai foncé vendredi dernier au cinéma. 

 

 

Evidemment, je ne m’attendais pas à un film façon Ken Loach ou Soderbergh, et je n’y suis pas allée uniquement à cause de ces articles : même si ado, je n’avais pas aimé les précédents Mad Max, il y a quasiment toujours de belles surprises dans les sagas. Batman étant un bon exemple. Bref, j’étais toute contente : youpi, un blockbuster vu par des millions de personnes qui véhicule des valeurs d’égalité hommes-femmes et présente des héroïnes hors-normes ! Quand le féminisme devient pop et tendance, voire même bankable, je m’en félicite. 

 

Hé bien je ne remercie pas ce bloggeur. Ni Madame Figaro. Car j’ai vu ce Mad Max, et il n’est pas du tout féministe. Il n’est pas sexiste non plus. Il est, comment dire... rien.

 

 

 

C’est le Paris-Dakar, mais sur grand écran, pendant 2h. Avec juste un peu plus de morts. Dès les premières secondes, l’action est filmée de façon légèrement accélérée, ce qui non seulement est totalement éreintant, mais surtout donne l’impression de regarder un épisode de Benny Hill. On a alors dans la tête le générique au saxo, celui qui fait «tatatatatatata» - et pour la concentration sur l’intrigue, c’est dead.

 

Mais en même temps, comme l’intrigue est ultra-basique, qu’il n’y a pratiquement aucun dialogue et que la psychologie des personnages est niveau 0, cela ne sollicite pas vraiment notre cerveau. Entre les centaines de «vraoooooum» et de «beuaaaaargh», il faut vraiment tendre l’oreille pour entendre ne serait-ce que l’once d’une mini-pensée. 

 

 

On peut me rétorquer que c’est «symboliquement» féministe. Parce que l’héroïne, Furiosa, interprétée par Charlize Theron, a le crâne rasé, conduit un très gros camion et sait tirer à la mitraillette. Et alors ? Vu que le film ne véhicule absolument aucune émotion, et qu’on ne comprend pas vraiment qui est cette Furiosa, on s’en contrecarre un peu, de son permis poids lourds. Elle est totalement creuse : comment peut-elle être badass ? Comment un personnage - homme ou femme - qui n’est absolument pas incarné peut-il véhiculer des valeurs, aussi minimes soient-elles ? Après, je concède à ce personnage un vrai plus : elle a le moignon le plus sexy de l’histoire des moignons. 

 

Les autres personnages féminins qui, elles, sortent d’un calendrier Pirelli, seraient féministes, parce qu’elles se révoltent contre un vieux dictateur dégueu qui ne cherche qu’à les engrosser à la chaîne. Ce sont des esclaves, version Elite Model Look. Donc le fait qu’elles veuillent sortir de ce statut de victimes réduites à leur corps en ferait des héroïnes féministes. OK. Pourquoi pas. Mais une fois qu’elles ne sont plus victimes, quel devient leur but ? Faire pousser des graines pour sauver le monde, et ainsi réincarner ce statut de la femme symbole de fertilité et d'abondance. 

 

 

Voilà donc le message ultra-novateur de ce film : le monde sera sauvé par une bombasse à moignon et des mannequins de 18 ans qui veulent faire du jardinage. Il y a des films et des séries grand public récents qui sont féministes : tous ceux de Judd Apatow, la série Girls... même Games of Thrones, dans sa représentation d’une multiplicité de féminités, a un côté féministe. Mais, et j’en suis la première déçue, Mad Max n’est pas un film particulièrement féministe. Par contre, ce qui est sûr, c’est que c’est bien un film totalement hystérique.

 

 

Camille Emmanuelle.