Bonjour, qui êtes-vous ?
Vincent Leibovitz & Ugo De Angelis : Chomsky & Oogo, beatmakers de La Fine Équipe, duo canin de Hoosky et fondateurs du label Nowadays Records, niche de Fakear, Douchka, Unno, Yann Kesz, Everydayz, Phazz...
 
Qui a trouvé le nom du label et le regrettez-vous ?
Le dictionnaire ! On l’a ouvert, les yeux fermés, et posé le doigt dessus. On le regrette de moins en moins en tout cas, et il prend sens de jour en jour. C’est comme tout, il devient ce que tu en fais.
 
Mix exclu pour Brain par la team Nowadays.
 
Il y a un chef chez vous ou vous êtes en autogestion, pourritures communistes ? 
Le dictionnaire ! (Rires) Non, pas de chef chez nous, c’est la raison pour laquelle nous avons voulu monter notre maison pour s’affranchir de ce type de relation, c’est une famille qui s’agrandit et où l'on écoute tout le monde. 
 
Les labels sont-ils, comme les albums et la guitare, des objets du passé ?
Non, les labels sont plutôt les nouveaux groupes pour nous, nouvelles familles d’artistes - dans notre cas électroniques - qui partagent les mêmes inspirations dans ce style de plus en plus large et définissable. D’ailleurs, les albums et la guitare ne sont pas du passé, il y a simplement des éléments qui se rajoutent pour enrichir l’univers "musique" d’années en années, les vieux trucs restent. En revanche, bien évidemment, la fonction d’un label et sa façon d’opérer ont bien évolué.
 
Pourquoi y a t-il aujourd'hui plus de labels que de groupes ?
Ça me paraît un peu extrême d’affirmer ça, surtout partant du principe qu’aujourd'hui, un label peut être aussi vu comme un groupe ou un collectif, suivant les cas. On a besoin de se réunir pour recréer un modèle en accord avec notre temps, viable, et faire face aux grosses structures plus anciennes qui sont parfois dépassées mais continuent à imposer leur règles, notamment grâce à leur puissance financière. Ça pourrait être un début d’explication. 
 
 
Sachant que l'idée de styles musicaux est fasciste, quel style musical défendez-vous dans votre label ?
La bonne musique comme dit J.J. Goldman : «quand la musique est bonne» ! Le «style musical» ne veut plus dire grand-chose. En tout cas, ce terme ne résonne pas trop en nous. Même si ça peut aider les médias à définir une forme de musique ou une époque. Nous pourrions être classés dans la musique électronique de façon large, parfois dans l'abstract hip-hop, ou encore ce nouveau terme, future beat.
 
Si vous étiez sur MySpace, quel serait "l'univers" de votre label ?
Comme il est aujourd’hui : participatif. Notre premier album / compilation, La Boulangerie, est un produit issu de MySpace. Soundcloud allié à Facebook a remplacé MySpace, mais c’est un peu la même chose, en beaucoup plus riche. 
 
Trois morceaux qui résumeraient la politique artistique du label ?
On pourrait résumer avec quatre sons du catalogue :
Fakear - Skyline
La Fine Équipe - Make U Greedy
Everydayz & Phazz - Almeria
Unno - Walls
 
 
Hipster, normcore ou les deux ?
Connais pas, c’est du néo-metal ? 
 
L'underground, ça veut encore dire quelque chose pour vous ?
Bien sûr, puisque nous en faisons partie et que nous venons de là sans vraiment le vouloir. Aujourd’hui, l’underground est peut-être un peu plus «éphémère», la moindre chose peut vite devenir mainstream et super populaire. 
 
N'est-on pas un peu toujours l'indie de quelqu'un ?
Peut-être, on n'a toujours pas été invité au dîner. Si la question est de savoir s’il y a toujours plus gros ou plus petit que toi, bien sûr !
 
 
Ne mentez pas : votre rêve, c'est de devenir mainstream en vrai ?
On ne ment pas non, comme dit Booba : «brrr ! Machine à billets, billets verts. Tout, tout pour la monnaie brrr ! brrr ! Billets verts».
 
Quel est votre modèle économique (LOL) ?
Je mets Laura dans la boucle qui s’occupe de l’administration chez Nowadays.
 
Non, sérieusement, comment gagnez-vous de l'argent ?
Bonjour,
Je serai absente lundi et mardi. Je vous recontacte dès mercredi.
Bien à vous,
Laura Nowadays
 
 
On est d'accord, la musique aujourd'hui c'est gratuit ; pourquoi voulez-vous encore la vendre ?
Question de qualité, de valeur… Le mode de consommation pour le grand public tire vers la gratuité, ce qui d’un côté pousse à dévaloriser la musique, selon nous. Dans un autre sens, c’est une chose formidable qui fait que l’on a jamais autant consommé de musique qu’aujourd’hui. Derrière cette apparence, il y a bien sûr quand même un business, et le streaming qui, notamment, commence à rapporter de plus en plus. 
Les choses ont changé, les grosses maisons de disques ont été dépassées, mais ça se régule peu à peu et on s’adapte. On en revient à une question précédente : nous devons nous réunir entre petits indés pour re-créer un modèle économique viable avec ces nouvelles données, et continuer à faire en sorte que des artistes vivent grâce à leur musique et puissent se consacrer à créer des belles choses si possible avec les moyens nécessaires. 
 
Quelle est l'importance du live pour vous aujourd'hui ?
Il a pris plus d’importance ces derniers temps avec la baisse des ventes de disques, mais il a naturellement toujours été primordial. Dans la musique électronique, c’est un peu différent car il est en plein évolution, et des nouveaux modèles hybrides de lives sont actuellement en train d'émerger, avec l’apparition de groupes électro de plus en plus nombreux qui reprennent le schéma des groupes pop classiques (guitare - basse - batterie), mais en y ajoutant de nouveaux codes et en attachant une importance particulière aux visuels (Birdy Nam Nam, C2C, Cotton Claw, La Fine Équipe, Club Cheval, Leska…).
 
 
Vos activités dépassent-elles la seule musique (merci de ne pas prononcer «transmédia» ou «collectif») ?
On travaille de façon large sur la musique et tout ce qui se passe autour : communication, créations visuelles et, bien sûr, nos échanges internes avec les artistes qui dépassent la simple relation «musicale».
 
Un avis sur Hadopi (répondre par non ou par non) ?
Pas vraiment. Il y a sûrement d’autres solutions, c’est un peu dépassé de chercher à bloquer les «échanges culturels», il faudrait plutôt réfléchir à de nouvelles solutions qui mettent tout le monde d'accord pour partager la musique ou tout ce qui touche à la culture de manière générale. Facile à dire...
 
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes qui voudraient vous envoyer leurs démos, à part «plus personne n'envoie de démos» ?
On reçoit régulièrement des démos, c’est bien de le faire je pense ; il faut juste trouver une accroche cool, pas simplement envoyer et attendre. Le label peut intervenir à un moment donné pour un artiste qui a besoin de s’entourer d’une équipe et construire une carrière, mais tout artiste - qui a la chance d’avoir un ordi et une connexion, du moins - a le potentiel de faire connaître sa musique tout seul. Il ne faut donc pas hésiter à se lancer même tout seul au début, et par la suite aller autant que possible rencontrer les gens en vrai !
 
 
++ Le site officiel, le compte Soundcloud, la page Facebook et les comptes Bandcamp et Twitter de Nowadays.
++ Le 11 mars 2016, la Machine du Moulin Rouge accueillera la Nowadays Party. Plus d'infos ici.
 
 
Bastien Stisi // Crédit photos : Flavien Prioreau, Mandine Lauriol, Maxime Chermat, William K.