Il vient d’où ?
Poétiques, sombres et romantiques, les compositions de D’Arsy rappellent une fois de plus que la pop française n’a désormais plus à rougir des productions anglo-saxonnes. En 2016, on peut avoir vécu plus de 25 ans à Paris, habité aujourd’hui à une heure de la capitale au milieu de la forêt, aimer aussi bien la variété que la new wave 80’s et parvenir à susciter de belles attentes.

Qui est-il ?
En naviguant sur sa page Facebook (plus de 4 500 likes, tout de même), on découvre à cet auteur/compositeur de 36 ans un certain goût pour Wendy Carlos, Frank Ocean, St. Vincent ou encore Twin Peaks. Autant dire que D’Arsy est un artiste de sa génération. Ce qu’il confirme : «j’ai toujours aimé les projets touffus, comme ceux du Wu-Tang, d’Aphex Twin, de Radiohead ou des Beatles avec l’album blanc. Pendant l’enregistrement, j’ai d’ailleurs beaucoup écouté Yeezus de Kanye West et le dernier album de Queens Of The Stone Age : ça a guidé pas mal de mes choix.»


Où en est-il ?
Après avoir fait partie d’un groupe de rock puis d’un groupe de hip-hop, D’Arsy, qui est passé par le conservatoire, a pris son temps. Par manque de maturité ? Par peur d’être associé à une scène française longtemps dépassée et mal jugée ? Sans doute un peu des deux. Toujours est-il que celui qui «chante en français depuis toujours» semble avoir vécu suffisamment de vies pour parvenir à synthétiser toutes ses influences sur son premier album : «j’ai l’impression qu’il faut passer par toutes ces étapes et toutes ces recherches pour trouver réellement sa patte. Regarde Bashung, Ferré et Gainsbourg. Sans me comparer à ces génies, leurs albums les plus impressionnants mélodiquement ont été composés vers 35-40 ans». Sur Boy Sentimental, D’Arsy a surtout eu la bonne idée de discuter avec Stéphane Briat (alias Alf, producteur pour Sébastien Tellier, Mustang ou La Féline) et de s’offrir les services de Tanguy Destable (ex-Abstrakt Keal Agream et producteur du Safari Disco Club de Yelle) «pour prendre un peu de recul sur toutes ces chansons que j’écris et compose seul». Sans doute aussi pour rêver un peu plus grand, non ?

Ça ressemble à quoi ?
En écoutant Boy Sentimental, l’un des pics incontestables de ce premier forfait, on a l’impression d’entendre Depeche Mode élevé à la variété française, de découvrir une version noircie, presque épurée de Benjamin Biolay. D’Arsy, on l’a dit, a écouté beaucoup d’artistes différents avant de composer et enregistrer son premier album, et ça s’entend dans chaque mélodie, tour à tour synthétique ou orchestrée, dans chaque refrain entonné de sa voix grave et poétique.


A quoi ça ne ressemble pas ?
De Fishbach à Dodi El Sherbini, tant d’artistes français ont entrepris ces derniers mois de rénover la variété française sans se soucier des conventions et des traditions que D’Arsy ne pouvait que lui aussi s’inscrire dans le même élan. Avec classe et singularité, le Français s’inscrit donc dans une tradition hexagonale tout en refusant d’abuser de toute carte de séduction trop facile.

Que faut-il faire de lui ?
Boy Sentimental, ce fameux premier album, arrive le 12 février, et il élargit encore davantage un univers où D’Arsy trimballe son spleen, ses amours, son goût pour les haïkus, sa poésie faussement légère et, surtout, une bonne dose de mélodies riches en harmonie et en inventivité. Seulement dix morceaux, mais déjà beaucoup d’idées.

++ La page Facebook et les comptes Soundcloud et YouTube de D’Arsy.

Photo : Virginie Garnier