« Minuit se lève en haut des tours
Les voix se taisent et tout devient aveugle et sourd
La nuit camoufle pour quelques heures
La zone sale et les épaves et la laideur »
 
Le rythme sur lequel il déclame son texte est saccadé, rapide, frénétique.
La violence est latente, c'est une violence sourde et froide née de la frustration grandissante de Jean-Jacques. Sans doute a-t-il trouvé des déchets non triés devant le hall de son immeuble, un scandale pour celui qui est un ami de la Terre.
 
« Me laisse pas là, emmène-moi, envole-moi
Croiser d'autres yeux qui ne se résignent pas »
 
Toujours sur la même cadence délirante, on pense au leitmotiv d'un boxeur qui répète en boucle ces mots dans sa tête pour se donner du courage. Envole moi n'est ni plus ni moins qu'une chanson de battant, l'équivalent Français de Eye Of The Tiger de Survivor. D'ailleurs, le premier groupe de Jean Jacques s'appelait Thai Phong, un hommage évident à la Thaïlande et donc in extenso à la boxe thaï. La boucle est bouclée.
 
« J'ai pas choisi de naître ici
Entre l'ignorance et la violence et l'ennui
J'm'en sortirai, j'me le promets
Et s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux »
 
« J'ai pas choisi de vivre ici
Entre la soumission, la peur ou l'abandon
J'm'en sortirai, je te le jure
A coup de livres, je franchirai tous ces murs »
 
Si la thématique sportive est bien présente, JJG évoque très clairement avec ces deux couplets deux personnages qui ont beaucoup compté pour la France, Alain Savary et Pierre Bourdieu.
On connaît son engagement social, et son attache toute particulière aux Restos du coeur, en revanche il se montre plus réservé quant à ses convictions idéologiques.
 
Toutefois on peut supposer qu'il se place à gauche de l'échiquier politique, comme peut laisser penser le débat qu'il avait mené face à Michel Rocard en 1988. Les deux hommes s'étaient ainsi entretenus sur l'éducation et la formation, deux thèmes qui lui tiennent particulièrement à coeur, et qui sont le fil rouge du morceau étudié aujourd'hui.
 
Ce texte rend en effet hommage aux idées républicaines chères à la gauche et à Alain Savary, responsable de l'éducation nationale sous le gouvernement Mauroy : peu importe les origines ou le milieu social d'où l'on vient, on peut s'en sortir par le travail et la volonté.
 
Avec ses mots, l'artiste donne un grand coup de pied dans la fourmilière, il va même jusqu'à bousculer le déterminisme bourdieusien ! Pour Jean-Jacques Goldman, véritable philosophe des Lumières de la variété Française, les vraies armes sont les idées et les livres, de quoi tordre le coup à la théorie du capital qui fit connaître l'éminent sociologue !
 
« Envole-moi ...
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi ...
Remplis ma tête d'autres horizons, d'autres mots
Envole-moi »
 
La gagne et l'esprit de compétition de l'auteur compositeur le plus aimé des Français font également écho à l'Amérique, cette terre de tous les possibles, cette terre promise pour tous ceux qui en ont, pour tous les « self made men » qui sont partis de rien.
Avec Envole moi, il pose les bases d'un thème récurrent : l'évasion Outre Atlantique, que l'on retrouvera trois ans plus tard dans le tube Là bas.
La rumeur veut même que Jean-Jacques Goldman ait gagné une carte Flying Blue à vie avec ce morceau.
 

Sarah Dahan.