La manière qu'a eu Richie Hawtin de faire tout l'inverse de ce qui aurait pu constituer un grand moment a quelque chose de si aberrant qu'il faut lui remettre immédiatement le titre de pire DJ de l'année. N'importe quel clone de Brodinski jouant n'importe quelle variante d'electro 5 BPM trop vite en mode autoroute a raison contre ces 5 erreurs que leur accumulation aura rendues insupportables. 
 

9h-10h00. Richie Hawtin* se satisfait du concept d'ambient et de musique fonctionnelle sans prendre en compte la seconde partie de l'idée de Brian Eno: il faut que cette musique se fasse oublier, mais qu'elle soit aussi intéressante si on y est attentif. Pendant cette première partie ambient, à aucun moment on n'a trouvé l'intelligence de la frustration, de la stratification et du déploiement d'un Tim Hecker.  
 
10H40. Sur la totalité du set, on peut pour l'instant évaluer à 5 minutes (mises bout à bout) la musique excitante. Le problème, c'est qu'elle ressemble à des samples d'Alva Noto, Emptyset et Robert Hood (façon Omega Live), mais extraits de toute organisation cohérente dans la durée, celle-là même qui faisait la valeur de la série des mixes DE9… On dirait que Richie ne se sert de ces textures puissantes que pour créer un effet de tension spectaculaire qui s'épuise très vite, puisqu'il ne débouche jamais sur un relâchement satisfaisant dans un groove, mais sur de nouveaux sons pour un effet chaque fois moindre. 
 
11h20. Rich ne comprend pas les spécificités acoustiques d'un sound-system: le premier morceau rythmique de son set, construit sur un breakbeat relativement lent, avec des sons très purs, fonctionnait à merveille dans la reverb qui persiste malgré tout dans l'endroit, alors qu'en cet instant un kick et des infrabasses très rapprochées se massacrent mutuellement. Étrange pour quelqu'un qu'on présente souvent comme un esthète du sound-design. 
 
11h40. Après la surprise qu'avait déjà constitué un blanc de vingt secondes un peu plus tôt, Richos foire son premier enchaînement de titres vraiment dancefloor en maintenant une superposition de kicks vraiment désagréable pendant plusieurs dizaines de secondes. Comment parvient-il à mal caler ces deux parfaits 4/4 avec la dernière version de Traktor ? 
 
00h00. Après avoir enduré tout ça, nous avons finalement le droit à une techno minimale takatoum légèrement bourrine et qui se prend de vilains coups d'accélération de BPM. Les premières transitions entre ces nouveaux types de tracks durent quelques secondes tout au plus. Comme pour rattraper le temps perdu ? Il est déjà trop tard.
 

*erratum : il s'agissait bien de Matthew et non Richie
 

Lucas Lévin.