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Rihanna, Good Girl Gone Mad

Mercredi, 14 Mars 2012

La semaine dernière, Chris Brown a mis en ligne un morceau introspectif dans lequel il revient largement sur son passé trouble, afin de s'excuser une énième fois de ses actions envers Rihanna. Si les faits sont encore très présents dans la mémoire de tous, il semble que la principale intéressée, elle, soit passée à autre chose. Retour sur une métamorphose (in)achevée.
 


Les médias sont catégoriques : Rihanna est perdue. Et on aurait presque tendance à leur donner raison. Depuis son altercation avec Chris Brown – son petit ami de l'époque – qui aurait pu lui coûter la vie il y a trois ans, la chanteuse est heureusement remontée en selle, et son influence sur la scène pop n'a fait que croître jour après jour.

Huit mois après les faits, Rihanna décidait de se placer en tant qu'exemple à suivre pour des milliers d'autres victimes de violence conjugale, en refusant de retomber dans les bras de son agresseur même si, secrètement, l'envie y était. Deux ans plus tard, c'est à Ellen DeGeneres qu'elle confie cette fois-ci qu'elle ne veut plus être un modèle pour son public, préférant l'individualité de chaque être humain à la perfection. Message reçu.

 

Pourtant, ce fait tragique a eu un impact majeur sur sa carrière. Rihanna à l'époque, c'était un pur produit marketing très bien ciselé : la plupart de ses tubes sont des rejets d'autres artistes (S.O.S. et Umbrella ont d'abord été respectivement offerts à Christina Milian et Britney Spears, qui les ont refusés) ou des morceaux écrits par Ne-Yo, lover de ces dames.
Depuis Rated R, son quatrième album sorti 6 mois après l'incident, Rihanna s'implique dans l'écriture de ses morceaux, n'ayant de cesse de clamer qu'elle est une femme forte, revêtant tour à tour le costume d'une adepte de sadomasochisme, puis celui d'une criminelle pleine de remords qui vient de tirer sur son agresseur. L'apogée de cette nouvelle attitude est atteinte avec la sortie de We Found Love, que l'on peut voir comme une sorte d'analogie à son histoire : son petit ami à l'écran ressemble étrangement à Brown (teinture blonde comprise), la scène dans la voiture recrée les faits sus-mentionnés, et la fiction rejoint la réalité lorsque Rihanna décide finalement de mettre un terme à cette relation néfaste. Agyness Deyn, en qualité de narratrice invisible, ouvre le clip avec des phrases cryptiques, sonnant presque comme un avertissement : « Et lorsque tout est terminé, on aimerait presque pouvoir reprendre toutes les mauvaises choses, juste pour récupérer les bonnes ».



C'est pourquoi le 20 février dernier, la surprise était presque prévisible : Rihanna et Chris Brown ont collaboré ensemble sur deux titres. Le premier, Turn Up The Music, est un simple remix du tube de Chris Brown, contenant un couplet de Rihanna à base de "hey meuf, si tu es sexy et que tu le sais, lève les mains en l'air, allez viens, on va s'ambiancer dans la boîte" etc. Le second, Birthday Cake, est un cas plus problématique. Le morceau, sensuel au possible, était apparu pour la première fois sur le dernier album de Rihanna dans une étrange version démo de moins d'1 minute 30. La version complète est un véritable duo salace entre les deux ex-amants. "Girl I wanna fuck you right now / I've been missing your body" lui assène Chris, ce à quoi Rihanna répond "Remember how you did it ?". En résulte une écoute difficile, voire déplaisante, où l'auditeur a presque l'impression d'être de trop.



Cette collaboration, c'est une assertion de la part de Rihanna : « J'ai pardonné, j'ai mûri, j'ai le contrôle ». Là où le bât blesse, c'est que les médias, toujours à l'affût du moindre faux-pas, la considère en totale contradiction avec ce qu'elle affirmait par le passé et le backlash ne se fait alors pas attendre. Backlash, c'est le mot anglais pour dire "répercutions négatives". Du backlash, il y en a eu. Mais Rihanna n'en a cure, elle veut nous convaincre qu'elle n'est pas une simple marionnette. Ainsi, on apprendra quelques jours après la mise en ligne du morceau que toute cette opération a été manigancée dans le dos de sa maison de disques, qui n'était pas très chaude pour commercialiser ce remix. On les comprend.

 


Très vite, les médias s'en mêlent, et ne se gênent pas pour déterrer les détails les plus intimes de la vie privée de Rihanna et Chris, affirmant pêle-mêle que nos deux protagonistes, ont été eux-aussi victimes de violence domestique en grandissant, puis, que le père de Rihanna est un addict au crack qui n'aurait de cesse de l'humilier. Tous les moyens sont bons pour justifier le manque de discernement dont a fait preuve la jeune chanteuse en travaillant avec son ex. D'aucuns diront qu'une relation abusive est un cercle vicieux et qu'il n'est pas étonnant de la voir retourner vers son agresseur. Seulement dans son cas, l'agresseur est double : Chris Brown et la sphère médiatique. L'abus semble venu de toutes parts, entre autres de TMZ qui diffuse les photos de ses contusions quelques heures après le drame. L'hypocrisie est alors de mise, puisque cette même sphère médiatique répète à tout va, selon le consensus, qu'il faut pardonner Chris Brown – lui accordant par là même une victoire aux Grammy Awards il y a quelques semaines. Que dire également de sa maison de disques qui après avoir refusé l'exploitation du duo, finit par approuver sa sortie, en voyant que les radios n'avaient pas pratiqué le boycott du morceau ?


L'approbation du public n'est pas une chose après laquelle Rihanna court, comme Britney Spears avant elle. La pop star a mûri depuis ses débuts il y a 7 ans, et même si elle restera toujours à la merci de ses chiffres de ventes, son désir brutal d'émancipation transparaît dans le moindre de ses choix. Quoiqu'elle fasse, ses actions vis-à-vis de son ex seront toujours disséquées, par les médias comme par ses fans, et ce jusqu'à sa mort médiatique ou sa mort tout court (cf. Bobby/Whitney). C'est le jeu du chat et de la souris. En ce sens, tabler sur un fait divers sordide tel que son altercation avec Brown pour susciter l'intérêt n'était pas très judicieux, mais après tout, qu'en savait-elle ? Robyn Fenty n'est qu'une jeune femme de 24 ans comme les autres qui, pour paraphraser une icône de la chanson française, n'a qu'une philosophie : être acceptée comme elle est, malgré tout ce qu'on lui dit... et toujours le poing levé.


Thomas Rietzman.



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