Rita Ora, jeune chanteuse anglo-kosovarde, semble promue à un avenir radieux. Hélas pour elle, son style de musique pop-urbaine et sa signature sur le label de Jay-Z entraînent une inévitable comparaison avec la princesse des Barbades, Rihanna - l'ironie du sort voulant également que son premier single ne soit autre qu'un titre rejeté par cette dernière. La différence, c'est que Rita bénéficie d'une hype bien plus conséquente que Riri au début de sa carrière : elle a déjà un hit à son actif en Angleterre et vous l'avez peut-être déjà aperçue dans un clip de Drake. L'autre différence majeure, c'est qu'elle chante bien. Très bien, même. Lorsque l'on débarque sur la scène mainstream, il n'est pas si simple de marquer les esprits. Qu'à cela ne tienne, avec le budget alloué pour faire d'elle une star internationale, Rita Ora peut se permettre de sortir deux singles simultanément.


Le premier, R.I.P., est un titre écrit par Drake (dont la démo, Ready For You, flotte sur le net depuis déjà un an) et offert en premier lieu à Rihanna. Pour les besoins du clip, Rita donne tout ce qu'elle a : hangar désaffecté, bling-bling à foison, sneakers choisies avec soin... rien n'y fait, l'ombre de Rihanna plane malgré tout sur elle. L'ensemble fait même méchamment penser à une vidéo amateur avec des moyens. Comme si on était dans Mon Incroyable Anniversaire et que le cadeau de Rita était un kit deluxe pour réaliser son propre clip vidéo (et on sait tous ce que ça a pu donner par le passé). Regarde Rita, on est sympa, on a même fait venir Tinie Tempah pour l'occasion. Allez, souffle tes bougies maintenant.


Changement de registre avec son autre single, How We Do, banal titre feel-good sur lequel figure un sample du Party & Bullshit de Biggie. Ici, Rita s'amuse, repeint les murs avec ses amis (n'y voyez rien de scatophile, elle repeint vraiment les murs) et danse avec des mecs en chapka : bref, Ke$ha en moins cracra. Dans un vain effort de se démarquer de tous les autres tubes style "mes girls et moi on est là, alors fais tourner la Grey Goose et lève les bras si tu te sens sexy", Rita s'ambiance toute seule sur ce qui semble être la moquette de sa grand-mère et s'éclate chez un fleuriste. Ben ouais, c'est bien connu, Florists do it better. Le placement de produit est lui aussi dans la place (big up) en la présence d'un tee-shirt Boy. Mais pas de chance pour elle, Jessie J et surtout RIHANNA l'ont déjà fait avant. Il y a fort à parier qu'elle va finir par devenir son némésis attitré.

Il serait injuste de s'acharner sur la pauvre Rita Ora, qui ne fait certainement que suivre à la lettre les instructions que la procédure de lancement d'une nouvelle chanteuse préconisent. Rita a de la voix et est très bien entourée - Kanye West, Drake et The Dream produiront son album -, il est juste dommage que l'image qu'elle renvoie à travers ses premiers singles soit encore trop insipide. Allez, pardonnons-lui. Après tout, il a bien fallu attendre Umbrella pour que Rihanna soit considérée comme la popstar charismatique qu'elle est aujourd'hui. Affaire à suivre, si Dieu le veut. Et dans ce cas précis, Dieu, c'est Jay-Z.

 

Thomas Rietzmann.