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SAN

Mardi, 24 Mars 2009


Quel âge as-tu, où as-tu grandi et où vis-tu actuellement ?
SAN : J'ai vingt-huit ans, je suis né et j'ai grandi à Moraleja, Caceres, au centre ouest de l'Espagne à 15 km de la frontière avec le Portugal. C'est un petit village dans une zone rurale assez pauvre, sans ressources culturelles et avec des traditions ancestrales rigides (le culte au taureau et au football). Mais il y a une nature incroyable et des espaces ouverts pour laisser voler l'imagination. Actuellement, je vis et travaille à Madrid mais je voyage pas mal. J'essaie de ne pas passer trop longtemps au même endroit, j'ai besoin de bouger constamment, trouver des excuses pour planter des graines dans de nouveaux endroits.

Qu'est-ce qui t'a donné goût à l'art ?
SAN : Le graffiti. Quand j'étais petit, j'adorais dessiner des animaux, surtout des oiseaux, je les classifiais comme des fiches. Quand on me demandait « qu'est-ce que tu veux être quand tu seras grand ? », je répondais toujours « écologiste », c'est pour ça que j'ai toujours beaucoup regardé la nature.
Mais quand le graffiti a pris le pouvoir sur moi je commençai à m'intéresser pour de vrai pour le dessin et la peinture. C'est au graffiti que je dois tout, il m'a montré  comment observer et  traiter la réalité, toujours avec l'obligation de rendre l'information mais interprétée par moi-même.

Quelles sont tes références artistiques ?
SAN : Quand j'ai commencé à m'intéresser au graffiti, je devenais fou avec les « écrivains » que je voyais dans les livres comme  « Spraycan art » et « Subway art » :  Mode 2, Bando, Shoe, Futura 2000, Seen, Skeme, Dondi… Tous m'ont impulsé à aller peindre dans la rue, mais je ne crois pas qu'ils aient eu une influence directe sur mon travail. Je crois que j'ai été influencé par les premiers « écrivains » espagnols qui faisaient des personnages : Zeta, Chop, Logan, Rostro, Poseydon... Après quelques années en peignant dans la rue j'ai commencé à m'intéresser à l'art, la peinture et essentiellement le dessin. Je passais des heures entières à regarder les oeuvres de Diego Velázquez, Joaquin Sorolla, Mariano Fortuny, Francisco de Goya... A partir de là, il y a une infinité d'artistes qui, d'une manière ou d'une autre, ont laissé leur trace sur moi : Max Ernst, Egon Schielle, Gustav Klimt, Norman Rockwell, le grand Moebius, Lucio Muñoz, Lola Massieu, William Turner... Mes influences sont des artistes classiques, la plupart figuratifs, avec une forte base de dessin dans leurs oeuvres.

Ça te prend combien de temps pour faire une pièce comme celle que tu as fait à Cordoba par exemple (qui est immense) ?
SAN : Cela dépend beaucoup des conditions et de l'entourage. Quelquefois je peux travailler très rapidement et aller directement à ce que je veux faire et d'autres fois je me permets de jouer un peu plus. Dans la rue, je travaille beaucoup plus vite que dans l'atelier, c'est un processus très différent. Parfois les pièces que je réalise dehors sont très grandes, et la seule chose que je fais, c'est viser et tirer. L'oeuvre de Cordoba, je l'ai réalisée en deux jours, les conditions étaient favorables, le bâtiment était un ciné abandonné, les alentours étaient tranquilles et rien ni personne ne me distrayait, ça c'est très important.

Quels matériaux utilises-tu ? Comment t'y prends-tu pour réaliser des oeuvres de cette taille ?
SAN : J'ai toujours utilisé l'aérosol, mais depuis quelques années je préfère utiliser la peinture acrylique. Je l'ai essayée et peu à peu j'ai été séduit par l'idée de changer de technique et d'objectifs. Mes oeuvres dans la rue changeaient aussi et j'ai voulu leur donner une nouvelle vision et une esthétique différente. Je crois que si tu as des objectifs différents, il faut changer aussi la manière de les concrétiser. Si tu changes l'objet, tu dois aussi changer le mode. Mais le plus important et le plus difficile en même temps est d'adapter l'oeuvre au support physique, de composer l'image. Dans certains endroits l'entourage peut être difficile à dominer et surtout quand la surface est grande. Dans mon cas, il est difficile de faire un dessin très détaillé sur un support de grandes dimensions, il faut très bien visualiser. Le résultat final dépend toujours de ce premier mouvement.

Tu préfères voir tes oeuvres sur des murs ou sur des tableaux ?
SAN : Sur les murs, sans aucun doute. Mes tableaux sont seulement une excuse pour développer ma technique et enrichir mon oeuvre plastique. Mon travail dans l'atelier me sert pour chercher de nouvelles voies esthétiques mais pas conceptuelles. C'est une espèce de laboratoire où travailler la saveur de la potion mais jamais la formule. D'un autre côté, la rue m'a toujours servi comme laboratoire d'idées. Tout mon travail a un contenu critique et social parce que j'ai grandi et j'ai appris à travailler dans la rue, la meilleure scène sociale. En plus, ce qui est intéressant à créer dans l'espace public c'est que tu sais que tout le monde verra ton oeuvre, qu'ils en aient envie ou pas. C'est une imposition de tes idées. Parfois, je pense que c'est une espèce de fascisme visuel.

Le meilleur chanteur / chanteuse / groupe espagnol ayant jamais existé ?
SAN : Ufff... je pourrais t'en citer beaucoup. Selon les moments de ma vie, différents artistes m'ont influencé. Si je devais choisir un groupe qui m'a fait vibrer et continue toujours à le faire  c'est La puta Opp, un groupe de musique de Mallorca. J'ai écouté leurs chansons quand j'étais petit et je continue à le faire de la même manière. Je pourrais le définir comme hip hop informel, désinvolte et  effronté. C'est comme une parodie, très espagnole, du Rap et ses idées, mais avec beaucoup de style. Ils font ce qu'ils veulent !

Le dernier disque que tu as vraiment aimé ?
SAN : Elphomega El Testimonio Libra, un chef-d'oeuvre.

A quoi as-tu pensé ce matin en te réveillant ?
SAN : A restructurer ma maison et mon espace parce que ce soir, ma copine vient vivre avec moi.
 
A quoi as-tu pensé hier en te couchant ?
SAN : Au fait que je ne dormirai pas seul demain !

Est-ce que tu gagnes bien ta vie en tant qu'artiste ?
SAN : J'en ai pour vivre et voyager quand je veux, je n'ai pas de grands caprices. J'aime bien manger et m'acheter de bons livres de temps en temps. Maintenant, les gens achètent et investissent moins, mais il faut continuer à travailler. L'argent est la plus petite des conséquences que génère l'oeuvre d'un artiste.

Penses-tu que tu continueras toujours à avoir une présence dans la rue ?
SAN : Je fais tout mon possible pour qu'il en soit ainsi. C'est de plus en plus difficile, dans certaines villes, les choses se font très compliquées, mais il y a aura toujours de petites villes et villages où laisser trace.
Parfois je pense que mes objectifs s'accomplissent dans les petits endroits où les gens ne sont pas visuellement fatigués, empoisonnés par la publicité maudite qui envahit tout espace. Autre forme de dictature mais avec des objectifs différents. J'ai reçu les plus belles et intéressantes critiques par des gens des villages. Cela dit beaucoup de la relation des gens avec l'alentour.

Le mot de la fin ?
SAN : Amour.


++ www.eseaene.com/


Propos recueillis par A.C // Traduction: Anna Dimitrova.



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