L'ATLAS, un blaze devenu un anthem « L'Art Tellurique Lie Au Sens ». Street artist identifié pour ses boussoles et labyrinthes incrustés dans les macadams des métropoles. Le voici de retour dans notre capitale pour une exposition personnelle, « Cosmic Graffiti », axée notamment sur son travail d'empreintes de plaques d'égouts. Entretien privilégié et retour sur le parcours d'un artiste de rue aujourd'hui en intérieur…


Flashback. Pendant plus d'une quinzaine d'années, L'ATLAS bombe les murs de la capitale, mais se retrouve stoppé « suite à des soucis avec la justice. Au lieu de s'acharner dans ce courant, j'ai cherché à occuper l'espace public par le biais d'alternatives. »
Taggeur reconverti, réfléchi et diffuseur d'une sérénité remarquable, L'ATLAS est autant observateur qu'introspectif. « Entre méditation et action », fidèle a la philosophie tai-chi qui l'accompagne et le caractérise. L'ATLAS cherche sa voie. Une quête personnelle et artistique, enrichie de rencontres fondamentales.
« J'avais taggué le camion de livraison d'Agnès b. Elle avait repéré mon blaze puis m'a retrouvé et proposé de faire des T-shirts. En 2001, elle m'a invité à participer à son exposition graffiti à "l'Expo du Jour". J'étais le plus jeune. Au côté de JonOne, Jay One… A cette époque, je n'étais pas artiste. »
Depuis… Sa marque de fabrique, des travaux nourris de géométrie et des arts de la calligraphie, « calqué sur le koufi, mouvement arabe que j'ai étudié auprès d'un maître au Caire ». Son nouveau « gue-ta », des boussoles et labyrinthes réalisés au scotch, « le gaffer, mon outil de travail, j'étais régisseur dans le cinéma ».
Six ans plus tard, revoilà L'ATLAS à l'espace Beaurepaire pour une expo parrainée par… Agnès b. « C'est comme un cycle pour moi. Cette expo est une manière de relier tout mon travail depuis… » Avec, pour nouveau sacerdoce, un travail d'empreintes de bouches d'égouts. « Mon lien entre la calligraphie et la géométrie.»


Une technique singulière née d'une situation anodine.
« Un après-midi, en taggant dans la rue, j'ai vu cette plaque d'égout. Il y avait un rayon de soleil dessus. Et comme le chrome de l'aérosol reflète énormément, juste comme ça, je l'ai peint à la bombe. Et là, elle est ressortie un peu comme une nébuleuse. Je me suis pris en photo, en ombre, une sorte d'autoportrait. Mais ce n'était qu'une photo de plus. Je me suis demandé comment transporter cette image. Je n'avais pas de toile. Mais j'avais un T- shirt noir, je me suis allongé sur la plaque. Et de là est née une empreinte qui graphiquement était évidente. Il ne me restait plus qu'à revenir avec une toile préalablement peinte en noir. » Un coup de génie.
Traveller dans l'âme, L'ATLAS arpente le macadam des cinq continents avec toujours ce souci de rencontres et de connaissances. L'occasion pour lui de multiplier les empreintes de ces fameuses plaques d'égouts. Chaque plaque étant immortalisée par ses coordonnées spatiales. Tel un GPS, Global Positionning System, L'ATLAS établit un « Ground Print System » de ses oeuvres de rue, empreintes terrestres qu'ils présentent comme des points cosmiques.

L'ATLAS serait-il un illuminé ?
« Quand je visualise ces formes, j'y vois des nébuleuses ou des planètes. Et j'utilise ce terme, "cosmos", en me référant à la philosophie Tao, au souffle cosmique, cette énergie universelle. Cette opposition entre le chrome, rappel des étoiles et le noir, fonds de l'univers. »
Street artist, son oeuvre se confronte à la rue et aux réactions des passants. Son sens se construit même à leur écoute : « C'est en piochant dans leurs remarques que j'ai pu révéler ce que j'avais à l'intérieur. Notamment ces concepts de trait d'union entre l'homme et la ville, de points d'arrêts et de méditation. Les gens ont un rôle dans l'art public. Tout l‘inverse d'un travail en atelier. L'espace public appartient à tout le monde. Du coup, tu te détaches de ce que tu fais. Tu es au contact des gens. »


Mais que cherche donc L'ATLAS ?
La voie de la calligraphie, « la voie de l'écriture comme le dit le Taoïsme, un parcours initiatique à la recherche de l ‘équilibre… En ne faisant que lire ou m'instruire, je ne serais pas épanoui. J'ai ce besoin de créer. Un équilibre entre apprendre et faire. Un juste milieu entre le corps et l'esprit. Et je pense que mon art est comme ça : entre physique et mental. »
En perpétuelle évolution, le voici aujourd'hui en plein développement d'une nouvelle forme de représentation, se libérant des cadres géométriques pour créer des « chutes célestes. Des ballons de chrome que j'explose sur les toiles. Ce qui rappelle la mythologie et notamment L'ATLAS, condamné à porter la voûte céleste jusqu'à l'éternité. Je brise cette fatalité pour me défaire de ces contraintes spatiales. »
Son rêve absolu : « un labyrinthe géant, un immense musée, lieu d'exposition de toute mon oeuvre. »


++ www.latlas.net
++ www.thestudio55.com.


Exposition « COSMIC GRAFFITI » jusqu'au dimanche 27 janvier
Espace Beaurepaire, 28 rue Beaurepaire, 75010 Paris
www.espacebeaurepaire.com


Par ToNYoX.