MASHIKUNA

 

Origine : Equateur

Playlist: Kichwas Runa – Tatanka, Kichwas Runa – Ananau, Kichwas Runa – Rain Dance.

Emplacements : Dans les couloirs, entre Saint-Lazare, République et Charles de Gaulle-Etoile

 

Diaspora musicale éminemment perceptible, la communauté sud-américaine promène ses ponchos bariolés en coton équitable de distributeurs Selecta en photomatons certifiés conformes. En nous rappelant à chaque fois les airs amérindiens que nous passait tante Liliane à Noël, entre Vangelis et Era. Rencontre avec leur porte-parole éphémère : José.

 

Le club des six

Je m’appelle José. J’ai 33 ans et viens du Nord de l’Equateur. Les deux qui m’accompagnent ce soir sont aussi Equatoriens, mais d’une autre région. Cela fait déjà cinq ans que je suis arrivé en France, mais ce n’est que depuis deux ans que je joue avec ce groupe. On est six normalement. Chacun a sa spécialité : flûte de pan, flûte, cha-cha… On joue différents types de musique : native, amérindienne ou latine.

 

Tournée française

On est souvent invités par les festivals, l’été. On a déjà fait Avignon et Lorient. On préfère sortir à l’air libre quand il fait trop chaud. En revanche, l’hiver, on reste dans le métro. Généralement, on joue toute la journée, avec une belle pause le midi, lundi, mardi, jeudi et vendredi. On gagne en moyenne entre 30 et 40€ par jour, hors vente de Cds à 15€ l’unité. Le maximum que les gens donnent, c’est 5€, pas plus. On s’est déjà fait un peu embêter oui, il y en a toujours qui essayent de prendre le micro. Mais on ne se bat pas. On n’est pas pour la bagarre.

 

 

VALENTIN

 

Origine : Roumanie

Playlist : El Guaruso - La Bamba, Michel Telo – Ai Se Eu Te Pego, O-Zone - Dragostea din Teï.

Emplacements : Dans les rames, Métro 2 et Métro 3 principalement.

 

Chansons faciles, reverb à n’en plus finir, déhanchement démonstratif, cheveux bouclés laissant deviner une boucle d’oreille… Valentin pourrait être ce crooner latino que toute l’Europe de l’Est nous réclame. En attendant c’est surtout lui qui réclame quelques euros quand on le prend en photo. Interview offerte.

 

World Music

Mon prénom est Valentin. Je viens de Roumanie. J’ai une enceinte que je promène avec moi, un lecteur de disques et un micro. Pas d’instruments, que ma voix. Je chante un peu de tout, mais surtout de la World Music. En ce moment j’aime bien Michel Telo. Je suis dans le métro tous les jours, du matin jusqu’au soir. On peut me trouver dans les rames des métros 2 et 3.

 

Des allers-retours sans fin

Ma technique est simple : je commence par l’une des premières portes, je chante deux-trois chansons, puis je sors de la rame. Avant de remonter dans la même rame quatre-cinq portes plus loin, et de jouer les mêmes chansons, ou presque. Je ne me fais pas beaucoup d’argent. Pas plus de 15€ par jour. Et avec ça, je dois payer mon hôtel et ma nourriture. Je n’ai pas de travail moi. En France, on ne nous donne rien.

 

 

GEORGES DUVAL

 

Origine : France

Playlist : Charles Aznavour – Hier Encore, Serge Lama – D’aventures en aventures, Jacques Brel – Dans le Port d’Amsterdam.

Emplacement : Opéra (Quai Métro 8, direction Balard)

 

Entre le Pastis et les chaudières à gaz, difficile pour Georges Duval de se faire un nom. Pourtant, cet amoureux de la chanson française d’hier n’en démord pas : il fête aujourd’hui ses dix ans de carrière souterraine. Une décennie à dédicacer ses reprises sous des projecteurs tout relatifs.

 

Un répertoire de 200-300 chansons

Mon nom est Georges Valerian, mais je me fais appeler Georges Duval, ici. Je suis originaire de Cavaillon, dans le Sud de la France. Cela va faire maintenant dix ans que je joue dans le métro. J’ai toujours aimé chanter. J’ai commencé petit par le solfège, puis sont venus les cours de chant, les concours, et évidemment les nombreuses soirées karaoké. Aujourd’hui je maîtrise entre deux cents et trois cents titres. J’adore tous les grands chanteurs français : Michel Sardou, Serge Lama, Jacques Brel. Mais mon maître, celui qui me fait chanter depuis toujours, c’est Charles Aznavour. Je lance le fond sonore sur mon lecteur cd, et je pose ma voix dessus. J’ai un bon soundsystem, qui fonctionne sur batterie. J’ai une autonomie de sept-huit heures, ce qui est suffisant pour une journée dans le métro.

 

Gens du soir, espoir. Gens de la nuit, merci

A mes débuts, j’arrivais relativement tôt dans les couloirs, et je tournais pas mal. Maintenant je viens plus tard, et ce n’est pas plus mal. « Gens du soir, espoir. Gens de la nuit, merci ». C’est de moi. Je suis de sortie pas plus de deux-trois fois dans la semaine. Je me contente de peu, alors ce que je gagne me suffit. Le métro, c’est très dur, mais c’est enrichissant. J’ai fait plein de rencontres, notamment un grand pianiste, le dieu du piano sur Paris, et son épouse, violoniste. J’ai un autre ami qui fait du saxo. On s’apprécie mutuellement. Allez, je vais te dédicacer une chanson. (L’instru d’A ma fille d’Aznavour part, puis son lecteur se met à sauter.) Ah désolé, c’est ce qui arrive avec les CDs. Je vais changer, je vais finalement te chanter Hier Encore.

 

 

TRADICNIC

 

Origine : Ukraine

Playlist : Tradicnic – Perelaz, Tradicnic - Doliynoiu.

Emplacements : Dans les couloirs, entre Châtelet, Concorde, Bastille et Franklin Roosevelt

 

Ils auraient pu être les frères de Preskovic, mais non, les membres du groupe Tradicnic ne sont ni originaires de Bulgarie, ni garants de spécialités locales odorantes. Plutôt vocalement puissantes. Présentation du Dubit-show par Galyna, attachée de presse/traductrice/vendeuse officielle de CDs cellophanés.

 

Sous terre depuis 2002

Notre groupe vient de la petite ville de Lviv, en Ukraine. Nous sommes dix personnes : neuf musiciens – 3 accordéonistes, 3 guitaristes, 1 violoniste, 1 flûtiste et 1 contrebassiste - plus moi qui les accompagne. Je suis en quelque sorte leur interprète, puisqu’aucun ne parle français. Chacun des membres s’est formé au Conservatoire, là-bas. Nous sommes arrivés en France en 2002. Nous avons directement pris contact avec l’Association Slave de Paris, à laquelle nous appartenons toujours aujourd’hui. Nous avons commencé à jouer dans le métro quasiment dans la foulée. Pour pouvoir chanter dans les couloirs, nous avons dû nous faire accréditer par la RATP. On renouvelle notre carte tous les trois mois. Ce qui n’empêche pas les contrôles, souvent des agents de la RATP, parfois de la police.

 

Presque un mi-temps

Nous jouons toujours aux mêmes endroits : Stations Châtelet, plutôt sortie Rue de Rivoli, Franklin Roosevelt, Concorde ou encore Bastille. L’idée est de tourner, pour laisser la place aux autres musiciens. Nous exerçons tous les jours, de 11h à 14h, sauf le jeudi. Beaucoup de gens s’arrêtent pour nous écouter, ou donner de l’argent, voire acheter l’un de nos six disques. Je ne parlerai pas d’argent. Vous les journalistes, vous voulez toujours savoir combien on gagne par jour, ce que l’on en fait… Je vous dirai juste que la plus grosse somme que l’on nous ait donnée un jour est 200€. C’était un Russe, qui venait de gagner 30 000€ au casino.

 

 

DANIEL

 

Origine : Roumanie

Playlist : Adriano Celentano – Lasciate Mi Cantare, Di Capua – ‘O Sole mio, Zucchero - Baila Morena.

Emplacements : Dans les rames, surtout Métro 3 et Métro 6

 

Bruit de clic soudain, puis quelques mots français balbutiés, l’auto-présentation de Daniel à la rame chanceuse est à l’image de sa photo : floue. Ce Roumain musicos parmi tant d’autres (c’est lui qui le dit) maîtrise à l’imperfection les grands classiques de la chanson italienne. Propos traduits.

 

Plus pragmatique que charismatique

Je m’appelle Daniel Funieru, j’ai 44 ans, et je viens de la ville de Ploiesti, située dans le sud de la Roumanie. Je chante les grands classiques, principalement italiens. Mais il m’arrive aussi de chanter en espagnol, voire en français. Mes chansons préférées à interpréter sont Volare, La Shate Mi Cantare, ou encore ‘O Sole Mio. Tu sais, tous les musiciens du métro sont Roumains. Moi je fais ça pour nourrir ma famille.

 

Je ne suis pas dans l’illégalité, j’ai un pass Navigo

Depuis plus de dix ans, je joue tous les jours. Mes horaires restent assez fixes : je chante le matin entre 10h et 14h. Puis quand j’ai faim, je rentre manger chez moi. Avant d’y retourner le soir, de 19h à 21h. Après je reste libre. Si je veux aller aux toilettes, je sors pour aller pisser dans un bar. Les plus généreux donnent deux euros, pas plus. Je ramène généralement entre 25 et 40 euros par jour. C’est le week-end qui paye le plus. Je ne suis pas dans l’illégalité non, j’ai un pass Navigo. Je ne me suis même jamais fait embêter par la Police. Ils me connaissent maintenant.

 

 

Texte et photos : Guillaume Blot.