21 décembre 2012. 22h35

Bugarach, assis sur les cabinets écologiques « Ecolette »

C'est l'instant câlin, l'instant coquin, l'instant intime. Bien assis sur la cuvette, je livre enfin dans le calme et la solitude un beau colombin qui depuis quelques temps ne demandait qu'à sortir. Je pousse et je médite. Finalement, le véritable scoop de cette fin du monde, ce sont ces chiottes du futur qui fonctionnent à la sciure de bois. Je branche mon magnéto. Le mec qui s'occupe de ces toilettes pertinemment appelées « Ecolette » est de l'autre côté de la porte. Sur mon trône, je tente une interview. Le mec a un accent anglais, il accepte. Ambiance confessionnal, senteur sapin :

 

Depuis quand tu es ici ?

On a fait l'installation des toilettes mercredi matin, et depuis elles sont ouvertes 24h/24.

 

Ton petit nom ?

Je m'appelle Mark Howie, je suis dans le commerce des toilettes bio-maîtrisées, les toilettes à compost si tu préfères. Au lieu de faire nos besoins dans l'eau et de la souiller, on fait ça dans des copeaux et on fabrique du compost avec. Cet humus permet la régénération des sols, mec.

 

Beaucoup de gens sont venus s'assoir à ma place ? 

Je pense qu'on a eu grosso modo 1200 passages. On en attendait beaucoup plus. On a amené 3 bacs de 1000 litres pour mettre les résidus dedans mais ils ne seront pas remplis.

 

Cet événement, c'est un peu un flop non ?

Pour moi, non. Là, c'est ma saison creuse, donc ça m'a fait un peu de travail avant Noël. Et puis ça me permet de parler à des médias de tous les pays.

 

As-tu vu beaucoup d'homos refoulés ici ?

Pour te dire la vérité, je n'ai vu que ça.

 

Ok, tu peux t'éloigner un peu, je dois finir ma grosse commission là. Bisou.

 

Légende : Mark Howie et les toilettes du futur.

 

Nous étions venus pour voir du sensationnel, de l'exclusif, du prix Pulitzer en puissance, et me voilà en train de faire une interview enfermé dans un chiotte. Mais comment en sommes-nous venus là ? J'invoque ici le pouvoir du Flashback.

 

FLASHBACK !


 

 

Paris. Gare de Lyon.

20 décembre, 9h02

Une équipe de choc chargée par Brain de couvrir la fin du monde à Bugarach squatte sur les quais de la gare de Lyon. Nuit blanche, errance à Pigalle, redescente d'ecsta. La préoccupation du moment, c'est de trouver des bières et chopper les billets de train.

 

Bière trouvées.

Billet de train, check.

Des bonnes têtes de vainqueurs, hein.

 

 

Gare de Carcassonne

20 décembre 2012 17h30

Finalement on s'est plantés dans nos billets de train, on s'arrête à Carcassonne.

 

 

Carcassonne

20 décembre 2012, 20h02

À Carcassonne aussi, les coiffeurs savent faire des jeux de mots pourris.

 

 

Carcassonne

20 décembre 2012, 20h03

Nous soignons le mal par le mal au Cochon Noir, le bar crypto-gay-qui-passe-de-la-bonne-musique de la ville.

Trop bourrés, on n'a pas réussi à prendre des photos.

 

 

Limoux (capitale de la Blanquette de Limoux, alcool)

21 décembre 2012, 14h23

Nous sommes partis de Carcassonne avec une caisse de location, direction Bugarach. Sur la route, nous nous arrêtons au restaurant-bar le Tivoli pour manger un coup. Le patron est un joyeux drille, il nous dit que si on s'ennuie à Bugarach, nous pouvons toujours faire la bringue dans son rade. 

 

À Limoux aussi, on aime la belle peinture.

 

 

Entrée de Bugarach. Barrage de flics.

21 décembre 2012, 15h15

Grosse grosse présence d'hommes en uniforme. Bien sûr, nous n'avons aucune accréditation. Nous pensons sincèrement que la puissance de Brain et de la page pute suffira pour rentrer :

- Bonjour monsieur l'agent, nous sommes journalistes pour Brain.

- Pour quoi ?! Vous avez une accréditation ?

- Non, mais nous sommes journalistes pour Brain, la page pute, tout ça.

- Faites demi-tour, vous n'avez rien à faire ici.

- Mais...

- Barrez-vous, que je vous dis.

 

Comme une sensation intime de se faire refouler d'une boîte de nuit. Pas grave, nous nous replions à Rennes-le-Château, un petit village à quelques kilomètres, histoire d'élaborer une stratégie.

Interdiction formelle de prendre en photo les hommes en uniforme, sinon matériel confisqué, etc.

 

 

Rennes-le-Château.

21 décembre 2012, 15h46

Nous avons subi quelques pertes durant notre retraite, mais préparons une contre-attaque d'envergure dans un bar de hippies.

Commerce de hippies.

Saxo de hippies.

Le mont Bugarach vu de Rennes-le-Château, c'est beau.

 

 

Entrée de Bugarach. Barrage de flics.

21 décembre 2012, 18h00

Suspense. Nous revoilà devant les hommes en uniforme. Notre plan de contre-attaque est infaillible. Muni d'un smartphone connecté à Internet, nous décidons de montrer au brigadier-chef moustachu le site de Brain afin de prouver le sérieux et le professionnalisme de notre employeur. Le brigadier-chef moustachu esquisse un sourire devant la page pute du 19 décembre, et nous laisse finalement passer.

Merci page pute du 19 décembre.

 

 

Bugarach.

21 décembre 2012, 18h31

Nous voilà au cœur du cyclone, dans le saint des saints, dans le spot le plus couru de la planète.

Il nous faudra quelques minutes pour comprendre que Bugarach c'est en fait le néant, une bulle boursouflée par le matraquage médiatique. En parlant de matraquage médiatique, sur le site, les hommes avec des micros arrivent en deuxième position après les hommes en uniforme, en termes d'effectifs. 

 

La presse.

Le désert.

 

 

Bugarach.

21 décembre 2012, 18h45

Merde, il doit bien y avoir un endroit où tous les homosexuels refoulés se sont regroupés, où sont-ils tous passés ? Nous trouvons finalement le coin VIP de la soirée, nommé « Le Relais de Bugarach ». C'est une petite boutique qui a installé une grande tente dehors. Sous la tente, tous les hommes ont revêtu leurs plus beaux atours et se cherchent des yeux... Échaudé par tant de virilité, je cherche à interviewer des personnes de sexe féminin. Je rencontre Ishani, une vieille babos coolos qui a une gommette au milieu du front (troisième œil). J'essaye de comprendre les différentes interprétations du 21 décembre et surtout quelles seront les excuses quand la Terre n'aura pas explosé le 22. Ishani répond calmement à mes questions. Elle m'avouera tout de même par la suite être, elle-aussi, un pédé refoulé.

 

Ishani, pourquoi y-a-il eu tout ce foin sur le 21 décembre à Bugarach ?

« Ils » veulent récupérer des documents secrets qui sont enfouis dans la montagne. Tout le Bugarach est bloqué, personne ne peut avoir accès à la montagne. Ces documents sont sur la face Sud, et justement, « ils » sont sur cette face là, tu vois. Il y a du monde qui cherche, c'est certain.

 

Quels sont les documents qui sont cachés ?

Ce sont des documents qui viennent du temple de Salomon, des jarres qui contiennent des documents sur la naissance du Christ.  Ces documents remettraient en question tout le système qui nous maintient en esclavage, tu vois.

 

Le 21 décembre, c'est donc une espèce de diversion pour qu'« ils » puissent chercher ces documents tranquillou dans la montagne ?

Oui, c'est tout à fait ça. Les illuminés, c'est le prétexte, c'est l'arbre qui cache la forêt. Ce sont les forces occultes qui ont fait de la désinformation et qui ont fait monter la mayonnaise pour faire diversion. Eux, ce qu'ils voulaient, c'était bloquer le mont Bugarach et être tranquilles pour faire leur recherche. Donc ils ont pris le prétexte du suicide collectif le 21 décembre, ils ont utilisé tout ça pour pouvoir bloquer le périmètre. Personne ne passe à part les journalistes et l'armée, et des pauvres autochtones comme nous, tu vois. Du coup, ils sont tranquilles pour faire leur recherche. Le 21 c'est un prétexte, il ne se passera rien.

 

Tu as des preuves de tout ça ?

Des mecs ont vu des choses, notamment un avion-radar (il y en a 3 en France, je crois) qui est venu il y a 3 mois pour survoler le Bugarach et le sonder. C'est un avion qui sonde pour chercher des souterrains. Tu vois, ils cherchent quelque chose sous terre, c'est évident. Il y a plusieurs théories, il y en a qui disent que Jésus a eu sa descendance ici avec Marie-Madeleine. Il y aurait donc le tombeau de Jésus ici. Versant sud. Et moi, je te dis, depuis hier, personne ne peut y passer. Le trouver, ça remettrait en question tout le pouvoir économique, politique et économique qui va avec. Il y en a aussi qui disent qu'il y a 400 000 ans, la déesse Isis aurait atterri dans le coin, et tous leurs engins auraient été entreposés ici.

 

La déesse Isis ?!

Moi, je ne fais que reporter ce que Jean-Michel dit, c'est lui qu'il faut que tu ailles interviewer. Lui, c'est une tête brulée, il est calé sur le sujet, ça fait des années qu’il mène des recherches là-dessus.

 

 

Bugarach

21 décembre 2012, 19h15

Ok, je commence à capter la hype du moment. En fait, cette histoire du 21 décembre, c'est un immense complot des forces du mal pour pouvoir détourner notre attention. Et pendant ce temps-là, ces petits malins des forces du Mal effectuent des recherches en secret sur la face sud de la montagne. Imparable. Sous la tente, je ne mets pas longtemps à capter Jean-Michel, aka « Jean-Mimi le boss des sodomites latents » : c'est le mec qui parle fort devant toute une assemblée ébahie. Ne pouvant pas l'interviewer directement, on a tourné à l'arrache 2 vidéos que nous avons ensuite sous-titrées.

 

Vidéos 1 : Jean-Mimi prouve par A+B que les forces spéciales n'ont pas trouvé la demeure d'Isis et le tombeau de Jésus. Il nous explique également qu'Isis et Jésus dorment comme la Belle au Bois Dormant.

 

 

Vidéos 2 : Jean-Mimi parle de la ruse du 21 décembre, d'une secte sponsorisée par la C.I.A. et de sa prêtresse qui connaît du monde à Narbonne.

 

 

On a quand même retrouvé Moïse.

 

 

Bugarach

21 décembre 2012, 22h30

Bon, Jean-Mimi et ses copains se sont barrés depuis longtemps déjà. Ils ont surement dû filer avec Moïse à un after hyper private. Il fait froid et on se fait chier, il ne se passe plus rien à Bugarach, il ne s'est d'ailleurs jamais réellement rien passé. On décide de partir et d'aller se cuiter la gueule dans le bar du joyeux drille à Limoux. Mais avant cela, une envie pressante de faire caca me dirige tout droit vers des chiottes écologiques.... oui, vous vous souvenez, les « Ecolettes » là, ces chiottes qui sauveront un jour l'humanité.

 

 

Conclusion de cette enquête.

Nous avons appris durant ce court séjour que prendre du plaisir avec son anus, ce n'est pas quelque chose de mal. Bien au contraire. L'anus peut-être une source de joie incroyable, et réprimer ce plaisir peut amener à tenir des discours d'une incohérence totale. Voilà, c'est un peu près tout ce que nous pouvons retenir de Bugarach. Ah si, encore une chose, pour vous torcher les fesses, utilisez de la sciure de bois, c'est un geste simple qui vous transformera en véritable éco-citoyen.

 

La vérité est ailleurs.

 

 

Texte : MPK // Photos : Stéphane Kenech.

Remerciements à Ben Mossay, Isis et Jimmy Guieu.