MICHAEL BARRETO ACERO / La Capital (Bogota, Colombie)

Croisé dans les rues de Medellín, Michael pourrait laisser penser à un mannequin égérie de la dernière collection Escobar. Mais sur la cancha (stade) argentine, la poudre, il la fait plutôt parler en mettant des minasses avec son maillet, direction les buts adverses. 

 

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"Comment je définirais le Bike Polo ? Hé bien, c’est un sport qui rassemble plus ou moins les mêmes règles que le polo classique, mais avec un vélo en lieu et place du cheval. Je n’ai jamais joué au polo sur une monture. Ca ne me tenterait même pas, pour tout te dire. Cela fait maintenant deux ans que je pratique ce sport. J’ai connu le Bike Polo en même temps que je me suis intéressé aux pignons-fixes (en français dans le texte, ndlr). C’est un sport où il faut être habile car il est interdit de poser le pied par terre, sous peine de devoir aller toucher une cible au milieu du terrain avant de revenir dans le jeu. Ma position préférée, c’est au milieu ; mais j’aime bien jouer en attaque aussi. En Colombie, mon club - La Capital - regroupe 15 membres. Ce qui nous représente le plus, c’est le maquillage sur nos visages, un maquillage de guerriers. Cela intimide beaucoup nos adversaires. C’est notre identité. Mon idole s’appelle Wagner, un Brésilien. Si on a des protège-burnes ? Non, on les a bien accrochées."

 

 

HORACIO LIRA / Monopolientos (Santiago, Chili)

Arborant fièrement le drapeau des aborigènes Mapuche, Horacio ne dirait pas non à inscrire son nom aux côtés des héros historiques. Avec un premier tournoi remporté à domicile en 2011, ce sportif est sur le bon chemin. Il aimerait quand même garder ses mains, ne serait-ce que pour entretenir sa barbe soignée.

 

 

"Même si le Bike Polo au Chili a déjà neuf ans, cela reste un sport atypique là-bas. Moi, cela fait quatre ans que j’y joue, et mon équipe a tout juste deux ans. J’aimerais essayer de jouer avec un cheval. J’aime bien les animaux, ce serait top ! Mais ce n’est pas le même investissement financier. Oui, on a un cri de guerre avant de rentrer sur le terrain : «3-2-1 Mono». On aime bien aussi mimer des cris de singes quand on met un but. J’adore jouer en attaque, surtout quand je suis avec mon coéquipier sourd. Mes joueurs de polo préférés viennent du Brésil, d’Equateur et de Colombie."

 

 

ALINE CAVALCANTE / Tandera (Sao Paulo, Brésil)

Il y avait déjà Marta, Brésilienne qui s’amuse à slalomer entre les Américaines. Il faudra désormais compter avec Aline, capable grâce au Bike Polo de virer entre les Japonaises et Françaises à quatre roues des rues de Sao Paulo. Elle fait même un peu de freestyle, équivalent d’une bonne bicyclette footballistique. 

 

 

"Je fais partie d’une équipe de filles. Il y en a trois principales au Brésil : Riot, No Horse et mon équipe, Tandera. C’est très difficile d’affronter des teams composées uniquement de garçons, ils sont plus physiques que nous, jouent beaucoup avec leur corps. Il n’existe pas encore de championnat féminin de Bike Polo en Amérique du Sud. En revanche aux Etats-Unis si, sous le nom de Ladies Army, et aussi en Europe : Hell’s Belles. On connaît également quelques filles ici en Argentine, au Chili, et en Colombie. Le dernier tournoi auquel on a participé était au Chili, en 2011. Il n’y avait qu’une seule équipe totalement féminine qui y jouait. Ici à Buenos Aires, c’est la première fois qu'il y a autant d’équipes féminines qui prennent part au tournoi. Le prochain, en 2013, aura lieu à Sao Paulo. Jouer au Bike Polo est un plus pour séduire les mecs, oui. Comme c’est un sport encore très masculinisé, ils sont contents de voir des filles jouer lors des tournois. Mais ce que ce sport m’a surtout apporté, c’est de l’habilité à vélo - entre les voitures par exemple - et de la vitesse. J’ai commencé à faire un peu de freestyle aussi."

 

 

LUCAS PACE / Benicio Del Polo (Rosario, Argentine)

Benicio n’est pas qu’un gros gonzo, ni tout à fait un policier mexicain à lunettes de soleil et pas totalement un catho à boucle d’oreille. Non, Benicio est également le parrain d’une équipe de vélo-polo argentine, emmenée par Lucas ‘’Aretha’’ Pace. Sans même qu’il le sache.

 

 

"Le nom Benicio del Polo, c’est l'un de mes coéquipiers qui l’a choisi. On voulait un blaze original, qu’aucune autre équipe n’avait et qui resterait dans l’esprit des gens. On a fait des t-shirts à l’effigie de Benicio. Il n’est encore venu à aucune rencontre, je ne sais même pas s’il connaît ce sport. Mais j’espère qu’il passera nous voir, un jour, peut-être grâce à cette interview. Notre équipe n’a que deux mois, donc on n’a que très peu de supporters. Les seuls que nous avons sont ceux de ma ville, Rosario. Il n’y a pas qu’au rugby qu’on fête la troisième mi-temps ! A chaque fois que nous finissons un match, nous allons prendre une bière. C’est notre rituel. Mais ce ne peut être qu’une bière, et rien d’autres. Et tous les joueurs de Bike Polo sont en général des gros fans de bière. Mon vélo s’appelle Lady Soul. J’aime beaucoup la Soul, et Aretha Franklin en particulier. Quand j’enfourche mon vélo, je ressens la même sensation que lorsque j’entends la voix d’Aretha."

 

 

NICOLAS LUNA / Le Petit (Santiago, Chili)

«Le Petit» et «Nicolas» sont deux termes qui collent. Il paraissait évident que ce jeune homme en marcel rejoigne l’équipe où seul le nom est réellement français. N’ayant donc pas poussé le cliché jusqu’à la marinière, il lutte avec ses coéquipiers à chaque grand tournoi, avec l’espoir de repartir avec l’or, et non le robot Moulinex du 4ème.

 

 

"Le Petit s’est formé en 2011, et moi je n’étais pas encore dans cette équipe. A l’époque, ils ne gagnaient pas beaucoup, donc le nom correspondait bien. Il était original en plus. Et si l’on jouait avec des tricycles ou des tandems à la place de notre pignon fixe ? Pourquoi pas, ça pourrait être drôle. En tout cas, je suis bien avec mon vélo. Il n’a pas encore de nom, mais à choisir maintenant, je le baptiserais negro. Pour le moment, je ne fais des déplacements qu’en Amérique du Sud, pas encore en Europe ni aux Etats-Unis parce que la concurrence est très rude. Bien sûr que ça aide auprès des filles, le Bike Polo attire leur attention. Je fais un peu de freestyle en plus. Il arrive que dans les tournois, lors des pauses, nous nous amusons un peu à nous y adonner."

 

 

Reportage et photos par Guillaume Blot.