1ère minute : Ariana Grande, la coqueluche de la scène pop actuelle ouvre les hostilités. Elle apparaît dans une mise en scène à mi-chemin entre Barbarella et Space Channel 5. Sympathique mais anecdotique, une devise qui, sans le savoir, va donner le ton de la soirée.

 


 

4ème minute : Prenant example sur la performance de Britney Spears qui avait marqué les esprits en 2001, Nicki Minaj avait choisi d’illustrer sa chanson sur les gros pénis accompagné d’un gros serpent. C'est bon ? Vous avez saisi la métaphore ? Alors en fait ici le pénis, baptisé Anaconda, est comme un serp... ah okay vous avez compris, j'arrête.

 

Manque de bol, on apprend quelques heures avant le début de l’émission qu’une danseuse de Nicki a été mordue par le serpent en question. Contacté pour donner sa version des faits, Martin le serpent, accessoire de scène de profession, métier qu’il exerce nous assure-t-on, depuis 15 ans « sans jamais avoir mordu personne », n’a pas répondu à nos questions. Résultat, Nicki est obligée de ressortir la chorégraphie de son clip, que la planète entière semble avoir déjà vu puisqu'il a battu le record du nombre de vues en moins de 24 heures avec 19.6 millions de clics (détrônant ainsi Miley Cyrus).

Nicki se dandine sous le regard perplexe de Rita Ora.

 

6ème minute : Puis, au tour de Jessie J d'entrer en scène, accompagnée des deux artistes précédentes. La performance se transformer vite en concours de voix entre Jessie et Ariana avant que Nicki n'ait un petit problème de garde-robe, l’obligeant à retenir sa robe avec ses mains tout au long de la performance.

A cet instant précis, si Nicki lâche prise, les audiences grimpent en flèche et le Parents Television Council lui tombe dessus.

 

17ème minute : Taylor Swift vient interpréter son nouveau single, un hymne consacré aux haters, qui enjoint leurs victimes à ignorer les quolibets et autres sales rumeurs dont ils font l'objet pour danser jusqu’au bout de la nuit. Hé oui, parce que la vie n’est pas une promenade de santé, même quand on s’appelle Taylor Swift.

Et vous savez ce qui n’est pas non plus une promenade de santé ? Cette prestation, au cours de laquelle Taylor nous convie à un festival de notes bleues. Mais bon, elle le dit elle-même, ragez donc chère plèbe, c’est elle qui aura le dernier mot.

 

Gwen Stefani, pas assez impressionnée pour poser son verre, décide d’applaudir du bout de ses deux index.

 

A droite de l'image, Jennifer Lopez semble lui dire « hihihi, oh, toi alors ! ».

 

30ème minute : Kim Kardashian, à qui on ne peut décidément pas échapper, arrive pour introduire la performance de Sam Smith. Elle lit son prompteur avec l’assurance d’une élève de CM1 venue présenter son exposé sur le fonctionnement de la chaîne alimentaire.
 

On lui met la moyenne pour s'être déplacée et pour ne pas avoir buté sur un mot, contrairement à sa petite soeur.

 

31ème minute : Puisqu'Adele est toujours en studio, Sam Smith est là pour assurer le quart d'heure mélancolique. On ne va pas charrier trop longtemps, il s'agit d'un joli moment.

 


 

44ème minute : Lors d'un précédent article publié en mai dernier, j’avais vanté les mérites d’Usher de façon dithyrambique. J’avais tort. Lorsqu'il est venu fouler la scène pour chanter son dernier single avec un featuring inattendu, exceptionnel et rarissime signé Nicki Minaj (!!! ! !! ! !!!!!!), Usher m'a déçu.

 


 

She Came To Give It To You n'est une resucée de l’instru de Blurred Lines, couplé avec une ligne mélodique samplée sur un vieux tube de S.O.S. Band. Dit comme ça, ça reste peut-être un peu vague. Alors parce que chez Brain on va au bout des choses et que C’est Pas Sorcier me manque beaucoup, voici un petit montage fignolé en à la va-vite :

Hééééééé oui Jamy, ce qu’on peut en déduire, c’est que Pharrell ne s’est vraiment pas foulé sur ce coup-là.

 

48ème minute : Lorde remporte le prix du meilleur clip Rock (sic) de l’année pour Royals (oui oui). Ressortons pour l’occasion ce gif illustrant sa réaction dubitative après avoir remporté un prix dans la même catégorie aux Billboard Music Awards quelques mois auparavant :

Rock on, Lorde, rock on.

 

51ème minute : Il est exactement 22h16 heure locale lorsque les 5 Seconds Of Summer montent sur scène pour interpréter Amnesia (titre prémonitoire s'il n'en est). Pour écouter leur groupe préféré jouer, la fan lambda, âgée entre 9 et 15 ans, a dû traverser des dizaines et des dizaines de tunnels de pubs, promouvant la sortie d'une énième tablette tactile, une crème contre l'acné, l'introduction d'une nouvelle gamme de snacks à 1 dollar chez Taco Bell et des bandes de blanchiment dentaire (après avoir mangé chez Taco Bell tous les jours). Rincez et répétez.

 

Et lorsque la prestation du groupe se termine aussi vite qu'elle n'a commencé, sans laisser derrière elle aucune trace, aucune bribe de mélodie entêtante, aucun moment à retenir, on se demande : « à quoi bon ? ».

Katy Perry, l'air hagard, en oublie presque d'applaudir.

 

57ème minute : Puisque les VMAs représentent la quintessence de la pop culture sous toutes ses formes, un hommage à Robin Williams est diffusé sur les écrans géants. Malheureusement, il ne consiste qu’en une succession d’images qui défilent avant d’être soudainement interrompues par une page de pub, comme si quelqu’un en régie avait laissé Windows XP en veille avant de s’apercevoir que son économiseur d’écran était diffusé en direct à l’antenne. L’intention est louable, mais on reste un peu sur notre faim.

*tidoudoudou*


58ème minute : Iggy Azalea et Rita Ora viennent interpréter, Black Widow, qui était à la base un morceau écrit par Katy Perry pour son dernier album (d'où les ressemblances troublantes avec le tube de cette dernière, Dark Horse).


Pour l'occasion, Rita ressort son look aperçu dans le clip du morceau, celui que l'on appelle la Totale Rihanna :

Pas sûr que ce choix l'aide à se faire un nom aux Etats-Unis. Le reste de la performance se déroule sans accro majeur, mais Iggy, à bout de souffle, a vite du mal à maintenir le rythme effréné de son deuxième couplet.

Dans le public, Miley s'ennuie ferme. Katy, elle, a l'air de s'exclamer « C'est MA chanson ! ».

 

64ème minute : L’avantage des VMAs c’est qu’on échappe aux performances soporifiques d’artistes country qui nous parlent de jolies filles en Daisy Dukes qu’ils vont faire monter dans leur pick-up pour s’enquiller un bon pack de Budweiser. Le problème, c'est qu'on n'est jamais à l'abri d'un autre type de tuile. Ici, en l'occurrence, Maroon 5 viennent servir leur nouvelle soupe saveur oignon et pois cassés. Alors au lieu de regarder leur performance, je vous propose une interlude musicale de bon goût pour passer le temps :

 

 

73ème minute : Le moment que tout le monde attendait avec impatience est enfin arrivé. Beyoncé envahit la scène pour un impressionnant medley de son dernier album, d'une durée totale de 15 minutes.

 


On peut arguer que les nombreux plans insistants sur Jay-Z, sa venue sur scène pour lui remettre un prix spécial avec leur fille dans les bras et le bisou furtif donnaient parfois l'air d'une opération publicitaire pour faire taire toute rumeur de séparation qui flottent actuellement. Mais lorsqu'un tel niveau de performance scénique est atteint, jonglant avec aisance entre sensualité ébouriffante, hymne émancipatoire et déclaration d'amour poignante, le reste n'est plus que secondaire.

Un gif à regarder en écoutant ceci :

Une prestation qui aura presque réussi à insuffler un semblant de vie dans le corps sans âme des soeurs Kardashian.

 

In fine
Les années se suivent et ne se ressemblent pas aux MTV VMAs. Cette édition 2014 paraît loin du joyeux bazar de l'année précédente, au cours duquel Lady Gaga avait dansé en bikini coquillage, Miley avait tiré la langue et Madonna était venue célébrer l'union de 33 couples du même sexe.


Certes, nous ne sommes pas là pour découvrir de nouveaux talents, mais pour être divertis par les quelques happy few qui ont la mainmise sur l’industrie musicale. Cependant, lorsque le show n’est pas à la hauteur de sa réputation, difficile de fermer les yeux. Et que dire des nombreux (et délicieux) plans sur les célébrités qui semblent passer le plus mauvais moment de leur vie, ne contribuant qu’à renforcer cette impression.

MTV peut à présent retourner à sa grille de programmes habituelle, composée d’ados enceintes, de mecs qui se prennent des râteaux par leur meilleure amie et d’impostures sur internet...jusqu’à la prochaine cérémonie de remise de prix, le 9 novembre prochain.

 

Thomas Rietzmann.