FRANCK KELLER : « les atouts de Najat Vallaud-Belkacem »

Fin août, Najat Vallaud-Belkacem est nommée ministre de l’Education Nationale. Tiens, c’est bizarre. Nommer une femme à la tête d’un grand ministère… que lui vaut une telle promotion ? Son physique bien sûr ! Telle semble être la conviction du député UMP Franck Keller, pour qui la nouvelle affectation de la ministre ne laisse planer aucun doute. Non content de sa gouaillerie, il s’en va gazouiller sur Twitter : « Quels atouts #VallaudBelkacem a utilisé pour convaincre #Hollande de la nommer à un grand ministère ? » avec pour illustration, une photo de la ministre, assise, jambes croisées, vêtue d’une tailleur jupe et une main dans les cheveux. En 2013, la ministre avait déjà réveillé les instincts graveleux de Hugues Foucault, élu du Parti chrétien-démocrate, qui s’était lâché avec un « NVB suce son stylo très érotiquement ». Saisi de remords, il avait supprimé son tweet, qu’il avait qualifié d’« infamie et d’une horreur totale ». Alléluia.

 

 

 

JULIEN AUBERT : « Madame le président »

En octobre, à l’Assemblée nationale, Julien Aubert s’adresse à la présidente de séance Sandrine Mazetier par un « Madame le président ». Alors qu’elle lui a déjà signifié en janvier qu’elle souhaitait se faire appeler  « Madame la présidente », comme l’édicte une circulaire depuis 1998. Le député UMP de Vaucluse refuse net et invoque le respect des conventions grammaticales. Selon lui, le terme féminisé désigne la femme du président, et non une femme président. Son entêtement lui vaut un rappel à l’ordre et une suspension pendant un mois d’un quart de son indemnité parlementaire, soit une perte de 1 378 euros. Julien Aubert ne perd pas le nord et rameute ses potes, 139 autres députés, qui exigent l’annulation de sa peine. De son côté, l’Académie française indique qu’elle accepte la féminisation des noms de métiers et de fonctions « pourvu qu'ils soient formés correctement et que leur emploi se soit imposé ». Le 12 novembre, sanction confirmée par le Bureau de l’Assemblée nationale, la plus haute instance collégiale du Palais Bourbon, n’en déplaise à Madame le député.

 

LOUIS ALIOT : « cette pute de Michalac »

Alors qu’il brigue la mairie de Perpignan, Louis Aliot, vice-président du Front national et chéri de Marine, envoie un SMS insultant à Frédérique Michalak, journaliste à L'Indépendant. Furax suite à un article publié par le quotidien régional, Louis Aliot lui adresse un premier message tranchant mais courtois. Le deuxième l’est beaucoup moins : « Je viens de signifier à cette pute de Michalac que dimanche je ne me déplacerai pas dans sa boutique. Elle courra derrière l’info. J’écris ce matin à son patron…» Le frontiste prend conscience de sa boulette et rectifie le tir dans un troisième SMS : « C’est une erreur, vous l’aurez compris. Ce message était destiné à un autre. Je vous présente mes excuses pour cette erreur et les termes employés. Mais je trouve que notre traitement n’est pas respectueux ». Et pute c’est respectueux ?

 

 

JULIEN DRAY : « les féministes ultras américaines qui sont en train d'émasculer les sexes  » 

En mars Julien Dray est tout fâché. Selon lui, le PS alimente le moulin de la Manif pour Tous et autres mouvances extrémistes. Dans sa ligne de mire « la théorie du genre » et les féministes : « (c’est) la conséquence de l'influence d'un féminisme qui s'est radicalisé. Najat (Vallaud-Belkacem), elle, est sur la ligne des féministes ultras américaines, qui sont en train d'émasculer les sexes ! »  NVB féministe super véner experte en maniement de cisailles coupe-couilles ? Ça se saurait. Le député de l’Essonne nous livre une illustration de réflexion masculiniste haut de vol avec l’image de la femme castratrice qui, pour exister, doit préalablement démunir l’homme de ses testicules. En outre, ni Butler ni ses prédecesseures n’ont prôné l’émasculation pour faire avancer les droits des femmes, merci.

 

ARNAUD MONTEBOURG : "Elle est tout le temps comme ça, la petite ?".

Dans un reportage d’Envoyé Spécial consacré à Arnaud Montebourg, figure de proue fougueuse et vertueuse d’un contre-pouvoir au sein du PS, la journaliste Delphine Prunault se permet de lui poser de vraies questions, ce qui déplaît fortement au Ministre de l’Economie. Alors qu’il déroule une longue tirade langue de bois, l’intervieweuse met fin à son monologue bien formaté et le presse de « parler franchement ». Vexé, l’intéressé détourne le regard et lance au cadreur (un homme) : « Elle est tout le temps comme ça, la petite ? ». Vite, complicité masculine à la rescousse ! Entre mecs, on doit combattre les casse-couilles qui dérogent à leur rôle de potiche. Progressiste, Arnaud Montebourg, vraiment ?

 

 

PHILIPPE CANDELORO : « c'est pas la seule à être excitée »

Le patinage artistique avec ces filles en petites tenues qui tournoient sur la glace… Rien de tel pour exciter le reptile en rut de France Télévisions Philippe Candeloro. Secondé par l’aspirant eunecte Nelson Monfort, Fifi s’en donne à cœur joie pendant les JO d’hiver de Sotchi. En guise de commentaires, il cultive de bonnes grosses métaphores lyrico-salaces. Si les patineuses tourbillonnent jupon au vent, c’est bien pour qu’on voie leur corps et qu’on le commente. Pas de problème pour Fifi qui convoque l’imaginaire beauf des téléspectateurs afin de stimuler leur fidélité : « Vous pourrez lui dire que c'est pas la seule à être excitée, elle a un joli sourire cette patineuse! ». « Ah, elle a beaucoup de charme Valentina (Marchei, patineuse italienne) un petit peu comme Monica Bellucci. Peut-être un peu moins de poitrine, mais bon…» A propos de Kaetlyn Osmond, médaillée d'argent en patinage artistique par équipe : « Je connais plus d'un anaconda qui aimerait venir l'embêter un petit peu, cette jeune Cléopâtre canadienne ». Ça ne vole pas plus haut du côté de Nelson Monfort : « C’est Yuliya Skokova [...] regardez, elle est jolie comme tout » ou lors de la prestation de la Norvégienne Mari Hemmer, « ces images sont peut-être un petit peu moins flatteuses pour la concurrente, parce que là elle est en plein effort, elle est accroupie, mais voilà, là on voit quand même une jeune fille, bien qu’en pleine récupération d’effort, une jeune fille très jolie, très élancée ».

 

Quand on lui demande de se justifier, l’ancien champion de la glace persiste : « On ne peut presque plus revendiquer qu'on est hétéro ! Si les gens sont coincés de la fesse, je n'y peux rien ». Ces pauvres hommes blancs hétéros consultants sur France Télé, cette minorité bafouée et muselée, indignation !

 

Mais pas de panique, Daniel Bilalian, directeur général adjoint du groupe audiovisuel public en charge des Sports, apporte son soutien à ses poulains : « il serait anormal qu'à raison de 14 heures de retransmissions par jour (…) il ne puisse se glisser quelques formules audacieuses ou quelques superlatifs emportés par l'enthousiasme et le patriotisme propre aux JO », puis « les propos et attitudes sexistes existent sur les chaînes privées largement plus que chez nous ». Si les autres le font, pourquoi s’en priver ! Bien le service public.  

 

Bombardé de messages de téléspectateurs outrés, le CSA s’en mêle et conclut le 17 mars que « les propos tenus par ces commentateurs, par leur teneur et leur caractère graveleux portant en particulier sur l’aspect physique de sportives, étaient extrêmement déplacés et que certains d’entre eux étaient même de nature à refléter des préjugés sexistes. Face aux réactions suscitées par ces propos, le Conseil a relevé, en le regrettant vivement, que la direction responsable des sports s’en était tenue à une attitude de dénégation ».

 

 

FRÉDÉRIC LEWINO : « excellentes, mais aussi des canons »

Dans une vidéo postée le jour de la Saint-Valentin, Frédéric Lewino, journaliste au Point, présente, très inspiré, sa consœur Charlotte Chaffanjon. Posté devant une ancienne couv’ du magazine sur la chirurgie esthétique (une paire de seins), le responsable de la rubrique sciences et environnement déclare : « depuis la création du Point, nous avons toujours eu la chance d’avoir des journalistes politiques femmes non seulement excellentes, mais aussi des canons... ». Car les femmes sont avant tout recrutées pour leur physique. Et parfois, en plus, elles se révèlent compétentes. Quand on lui fait remarquer que sa sortie flirte avec du sexisme de bas étage, Frédéric Lewino ne voit pas le problème : « c'est de la tradition au Point d'avoir des journalistes efficaces, professionnelles et jolies ». Charlotte Chaffanjon quant à elle se dit stupéfaite et lui demande « d’expliquer le sens de son intro (…) découverte une fois publiée ! ». Pour démontrer son inépuisable sens de l’humour, Frédéric Lewino publie une nouvelle vidéo dans laquelle il présente l’un de ses confrères comme un « jeune journaliste, talentueux et… beau garçon » et précise que « ni ses patrons, ni personne ne lui a rien dit ». Confirmation de Jérôme Béglé, rédacteur en chef du Point.fr, « il n'y a jamais eu de polémique en interne ». Tout va bien alors.

 

RTL : « Les plus belles hôtesses »

Le salon de l’automobile ouvre ses portes à Genève. Au programme, des voitures, et des filles-pots de fleurs. Début mars, le blog Le ciel, le féminisme et ta mère repère un diaporama sur le site de RTL intitulé « Les plus belles hôtesses du salon de Genève 2014 ». Quoi de plus normal pour le site d’information que d’entamer son papier par cette accroche « Le salon de Genève ne serait pas ce qu’il est sans ses hôtesses ». Parce que, arrêtons de se mentir, si on va au salon de l’auto c’est surtout pour reluquer de la meuf. L’article poursuit sur sa lancée : « pas de doute, les stars se sont (sic) les autos… quoi que (…) d’autres vedettes attirent elles aussi le regard des visiteurs: les hôtesses! » RTL, deuxième radio de France.

 

 

BEEF MAGAZINE : « pour les mâles qui veulent renouer avec le vrai goût des choses »

Beef, qui aurait pu s’appeler Beauf à une lettre près, « premier magazine cuisine et lifestyle pour les hommes » en kiosque depuis le 25 mars et destiné aux « mâles qui veulent renouer avec le vrai goût des choses ». Pour sa naissance, cette version française du magazine allemand du même nom présente son contenu dans un édito signé du rédacteur en chef Alexandre Zalewski : « La gent féminine a décidé de prendre le pouvoir au point que l'on retrouve aujourd'hui des femmes à la tête de multinationales de la high-tech et même de l’automobile. Grand bien leur fasse ! ». Un seul but, aider les hommes à griller de la saucisse et à « reprendre la place laissée libre en cuisine » par ces working girls indignes qui, trop occupées à travailler, ont déserté les fourneaux.

 

Au milieu d’une averse de clichés, l'ancien rédacteur en chef adjoint du quotidien gratuit Métro liste les « manies féminines » : désosser la viande chez le boucher par crainte de se salir les doigts (petites chochottes) ou acheter des machines à pain pour pallier à un physique fragile, qui les empêche de s’adonner à la tache vigoureuse du pétrissage. Voilà la viande réduite à un symbole viril, une force animale, réservée aux hommes. D’ailleurs, tout végétarien ressemble fort à un eunuque refoulé.

 

 

CLUB MOVING : « Vous devez certainement être abonnée à Elle »

La Touraine, ses châteaux majestueux, ses bords de Loire bucoliques, ses vins inégalables et Moving, sa salle de sport à la communication ultra-beauf. Pour attirer le chaland, les flyers du club de gym tourangeau mettent en scène le gros plan d’un fessier féminin en string (très confort pour faire du sport), un corps sans visage qui soulève un haltère, réduit à ce postérieur exhibé dans une position suggestive qui évoque à s’y méprendre une éminente pénétration. Le rapport avec le fitness ? Aucun, bien sûr, l’essentiel reste d’appâter le client. Avec ce type de publicité, on redoute un peu de croiser les nouveaux adhérents qui vont se pointer.

 

De nombreuses femmes interpellent Moving et font part de leur colère face à cette représentation humiliante et ô combien rebattue. Le directeur de la salle, Ludovic Poincloux, leur oppose des arguments aberrants : « Je serai heureux de discuter avec vous de mon point de vue et du vôtre, qui me semble tellement archaïque. Moi, en tant que féministe, je serai beaucoup plus attristée du port du voile ou du niqab qu’infligent certains hommes que de voir une belle femme en train de faire du sport (ou est-ce un problème d’ego pour vous, dans ce cas je suis prêt à vous inviter gratuitement dans mon club pour vous aider). (…) Lorsque j’ouvre des magazines féminins, je trouve des photos bien plus vulgaires et humiliantes pour la femme. Mais vous devez certainement être abonnée à Elle... » J’espère que la réponse vous satisfait, vous les mécontentes, jalouses des filles bien gaulées et lectrices de Elle, ce manifeste post-féministe réputé. On apprend également, et avec joie, que la prochaine pub de Moving présentera un homme musculeux. Ce bel effort de parité nous touche particulièrement, mais sera-t-il en string les pattes écartées ?

 

 

EDEN PARK : « For you guys »

Pour sa campagne publicitaire For You Guys (pour vous les mecs), lancée en juin et réalisée par l’agence Les Gaulois, Eden Park n’a rien trouvé de mieux que de mettre en scène de femmes-boniches (et bonnasses ça va de soi) qui repassent, plient et étendent les chemises de leurs seigneurs d’un air satisfait. On nous explique que l’homme Eden Park est « un gentleman viril, sportif, fonceur ».  

 

Sur son site, la marque française de prêt-à-porter tendance rugby poursuit son explication : « Elles assument de se montrer comme on ne les voit plus jamais, en train d’effectuer les taches ménagères ». En effet, quelle innovation. « Elles assument parce qu’elles sont de leur temps, pragmatiques et réalistes ». Soyons modernes et avant-gardistes, acceptons l’idée que la femme doit servir l’homme. Mais attention, les filles se montrent intraitables sur la répartition des corvées : « Il faut quand même qu’il continue à descendre la poubelle ! » Il faudrait surtout qu’il n’achète jamais de chemises Eden Park.

 

 

RUE DU COMMERCE : « 102 cm sans prétention »

« Bonjour Toi, bienvenue sur la page interdite », nous annonce une jeune femme défeuillée devant un gros paquet cadeau sur le site de Rue du commerce début novembre. Par page interdite, comprenez réservée aux hommes, nouvelle idée de campagne de la société française de e-commerce. Plus bas, la jeune femme nous aguiche : « Grâce à ton acquisition, tu seras désormais joignable tout le temps, n’importe où. Et en plus, tu pourras lui envoyer plein de messages ! ». Waouh, trop cool. Sur le site, les garçons peuvent regarder la télé sur un écran plat de « 102 cm sans prétention » ou acquérir un ordinateur doté d’une « puissance pour les vrais hommes » Des bimbos fort peu couvertes et visiblement disposées à se faire entreprendre ornent chaque rubrique. Les internautes s’insurgent. « Beaufs », « sexistes », « misogynes ». Du calme bande de coinços, c’est de l’humour, réplique la patronne. « Il s'agit d'une caricature. Nous ne pensons évidemment pas que les hommes s'intéressent uniquement au bricolage et aux nouvelles technologies. Ce ton décalé est un moyen pour un site français comme nous de nous démarquer de nos concurrents » Et en plus, l’équipe de la boîte est paritaire. Ouf, nous voilà rassurés d’apprendre que des femmes participent à un plan de com’ sexiste.

 

Quelques jours plus tard, l’entreprise sort ce qu’elle croit être son atout majeur, la version « réservée aux femmes ». Pour nous femelles, du mâle tablette de chocolat en exergue, sous veste ouverte. Le pendant féminin promet du maquillage, des ustensiles de cuisine et des accessoires de mode à bas prix. Alors que les hommes bénéficient d’un tutoiement enjôleur, le vouvoiement est de rigueur pour séduire les femmes. Le pompon, le site s’improvise sexo-coach et répond à la question qui nous obsède toutes, comment « comprendre son Jules » : « Soyez expressive au lit, montrez-lui qu'il est bon. La simulation n'est pas tabou, elle peut être la solution ». Et s’il fait n’importe quoi, gardez-vous bien de l’ouvrir (« ne faites aucun commentaire ») ! C’est le mec qui décide quand même, il serait temps que ça vous rentre dans le crâne. Et pour les non-hétéros, et bien tant pis pour vous, vous n’avez qu’à être comme tout le monde. Joyeux Noël à toutes/tous.

 

 

Éloïse Bouton // Visuel de Une : Scae.