"Il n'y a personne, il a pas d'amis ce mec". Dépêchés par les agences, les paparazzis font crépiter leurs appareils, par principe, et font des commentaires. Leurs pourris de patrons leur avaient promis Johnny et même Madonna pour les motiver. "Il n'y a même pas Mimie Mathy", râle le photographe qui fait tout de même bien son boulot en hurlant "à poil, connasse" à la mariée. Question de professionnalisme : on capte l'attention des supposées vedettes comme on peut quand on a conscience de faire de la figuration à un mariage de province. Comme dans les autres mariages de province, le marié a une fâcheuse tendance à porter des lunettes moches, mais les siennes sont chères, commandées à la lunetterie du coin, c'est la patronne qui nous l'a dit. Elle adore Obispo et ses mauvais goûts en lunettes chères, contrairement à la population du Cap-Ferret qui aime beaucoup Monsieur et Marion (Cotillard, pour les ignares) et déteste Obispo. Il faut dire que, selon les locaux, il aurait eu la grossièreté de bunkeriser sa propriété (Brad Pitt en fait sans doute moins), qu'il hurlerait dans le restaurant dans le port de La Vigne, qu'il parlerait mal aux serveuses, et qu'il voulait faire fermer les boutiques du Boulevard de la Plage pour son mariage. Que des trucs de plouc bling-bling donc. Impensable au Cap-Ferret.

 

 

Ambiance chez les paparazzis : "Je me fous de la réception de ce soir chez Obispo, je vais changer mon billet d'avion et repartir tout de suite à Paris. Ils m'ont niqué mon week-end",  grommelle ce jeune photographe à la tête de pitbull en mode attaque, bourré de tics nerveux sans doute dus à l'impression - justifiée - de faire le pied de grue pour un trois-quarts de page dans un quelconque magazine pipole. Surtout qu'ils sont quand même une dizaine, les paparazzis. La place va être chère. 

 

Pas de Johnny, donc. Encore moins de Madonna - elle va mal, mais quand même. Pas de Florent Pagny, ni de Line Renaud, ni de Goldman ni de Michaël Youn. Que dalle. Ah si, on nous annonce qu'il y avait bien sur site un Bénabar, un Monseigneur Di Falco, un Lizarazu, une Claire Keim : les paparazzi  sont mauvaise langue, c'est tout de même du gros level. Le niveau juste avant Kenji ou Black M et Franck Dubosc. Dans la foule, ça jacasse sec du côté des 70-75 ans, dont certains ont les larmes aux yeux et hurlent des "Pascal" exaltés, autant de preuves d'une admiration sans borne pour un artiste entouré de ses fidèles musiciens. Une dame pleurait presque au lancer de pétales, d'autres se tenaient par les épaules, émues, transportées par la joie communicative de cet instant magique et plein d'émotion. On pensait que les fans d'Indochine faisaient peur, on a trouvé pire côté tatouages de scorpion dans le cou et commentaires d'initiés ("elle pourrait être sa fille, non, tu crois pas, Jean-Marc ?" - bien vu Mauricette).

 

 

Précisons en passant que Bernadette, la patronne du célèbre restaurant Chez Hortense (dont Beigbeder a eu la méchanceté vile de critiquer les moules il y a quelques années) a suscité plus de vivas et d'applaudissements que les mariés qui, comme n'importe quel nouveau riche, ont loué une vieille Rolls pour l'occasion. Ils n'étaient pas Chez Hortense ce soir là, merci à eux, on a pu profiter de l'institution du Cap-Ferret en paix. La prochaine fois, on ira faire semblant de trouver passionnantes les journées du Patrimoine, surtout dans le Sud-Ouest où il doit bien y avoir moyen de boire du vin de Bordeaux sous des prétextes hautement culturels. 

 

 

Tara Lennart // Photos : Artha Enlart.