Ça tombe bien, j'avais décidé de passer mon week-end dans «la ville des sacres», comme on dit pour éviter les répétitions, pour la 13ème édition du festival de musique électronique créé par Yuksek qui a depuis quitté l'aventure.

 

La Comédie de Reims, le CDN local, accueillait le concert super attendu de Sufjan Stevens. Malgré son penchant ésotérique, il n'avait pas voulu jouer sur le parvis de la cathédrale et avait demandé expressément une salle avec places assises, comme à un concert de Sylvie Vartan. Du coup plusieurs groupes jouaient en même temps dans la ville et on n'a pas pu voir Django Django - et surtout les revenants de The Notwist - alors même qu'ils se produisaient devant un public clairsemé. Peut-être que les organisateurs avaient vu les choses un peu trop en grand.

 

Par contre, comme Sufjan Stevens n'avait fait que deux dates au Rex auparavant et que c'était son dernier concert en France, il y avait foule à l'entrée. Un public composé majoritairement de couples. Des couples d'Anglais, des couples de Parisiens, des Rémois mais aussi des couples de filles seules, très filles à pédé qui venaient au concert comme des fans de One Direction.

 

 

La première partie était d'ailleurs très queer puisqu'elle était assurée par le groupe canadien très transpédégouine Austra, dont la batteuse est le sosie officiel de Céline Sciamma et les deux petits mecs ont un total look Flash Cocotte. La chanteuse quant à elle est une ancienne folle de Dieu qui chantait dans les églises et qui s'est reconvertie dans la pop lesbienne. Autant dire qu'on ne pouvait espérer mieux pour introduire Sufjan Stevens.

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le petit prince du folk américain, Sufjan Stevens c'est un peu Elliot Smith avec le physique de Kendji Girac. Avec en prime le mystère sur ses préférences sexuelles, ce qui lui offre un parterre de fans mixte et affamé. Et en concert, c'est surtout la Madonna du rock indé. Pas un pet de travers. C'est réglé au millimètre près comme un show de Beyoncé, sauf que l'ambiance est plutôt en mode néo-hippy californien. D'ailleurs un des membres de son band, qui a l'âge d'avoir connu Charles Manson en liberté, a la barbe jusqu'aux tétons et les cheveux jusqu'aux fesses. Le public écoute dans un silence quasi-religieux et je remarque même qu'il y a de l'encens qui brûle sur scène. On se croirait à la messe.

 

Après avoir touché un peu à tous les instruments, il vient faire son homélie en chantant debout au micro sur le devant de la scène. Une petite chorégraphie accompagne les morceaux et le fait définitivement ressembler à un Jonas Brother. Dans son petit t-shirt moulant noir mettant en valeur ses pectoraux et ses biceps on l'imagine chez lui avec des candélabres, brûlant du papier d'Arménie et faisant des développés-couchés dans sa salle de muscu.  

 

Après le rappel, il joue tous ses vieux tubes ce qui fait que tout le monde se dit qu'il en a eu pour son argent et il faut dire que ça le fait quand même. A la fin, il lance un très Mariah Carey «I am Sufjan Stevens and I love you so much» qui révèle surtout qu'il a une voix hyper-grave de baryton et on se demande pourquoi il a passé son temps à chanter avec la voix haut-perchée.

 

A la sortie tout le monde a l'air d'avoir pris un Stilnox mais est quand même ravi. Un after est prévu au bar du théâtre mais le choc thermique est violent. Un DJ passe une musique électro de type inconnue et mauvaise. Des post-ados font quand même semblant de s'éclater et un Parisien snob mais sensé résume : «tu sais, c'est Trainspotting pour eux, faut pas leur en vouloir».

 

 

Le lendemain, la tête d'affiche c'est The Shoes car chaque année il faut une gloire locale (Brodinski, Yuksek, The Bewitched Hands...). Le parvis de la cathédrale est loin d'être plein. Peut-être que la surprogrammation en a découragé quelques uns. 

Le groupe ne s'affiche pas sur ses pochettes de disques ou dans ses clips, préférant laisser la place à Jake Gyllenhaal, et sur scène, ils reproduisent le même mécanisme qui tient à dire qu'ils sont plus des compositeurs de tubes que des rock stars. Comme ils jouent pas dans la même catégorie que Sufjan Stevens physiquement, du coup on regarde le film qu'ils projettent derrière eux. Une sorte de page pute kaléïdoscopique assez habile qui reprend les poubelles du net. Les mecs ont autant fait danser Shakira que François Hollande et ont un certain talent à faire le consensus sur le dancefloor, et tous les kids se mettent à remuer mécaniquement quand ils entonnent Time to Dance.

 

Siriusmodeselektor clôt la soirée mais on a pas vraiment envie de danser alors on va s'injecter plusieurs litres de champagne backstage. La programmation était un peu morne cette année et le parvis de la cathédrale était loin d'être rempli d'ados vomissant leur champagne sous la statue de Jeanne d'Arc comme les années précédentes. On rentre un peu déçu, mais en partant une fille se jette sur moi et me lance la phrase du week-end qui aura au moins servi à ça : «eh ! On était au lycée ensemble ! Je me souviens de toi, t'étais toujours dans les chiottes des filles». 

 

 

Romain Charbon.