Depuis les lois sur le racolage, le visage de la prostitution parisienne a évolué, le Bois de Boulogne, alors repère des tapins de tout sexe, est désormais majoritairement habité par des créatures venues d'Amérique du Sud, des travelos parfois si jolis qu'il est difficile de les différencier des femmes naturelles. La sélection pour le punter désireux de se frotter au troisième sexe se fait alors sur des critères bien plus subjectifs : certains préfèrent ne pas savoir et vont naturellement vers les plus féminines, d'autres vantent le talent et la technique, l'amabilité de la taulière et son sens commercial, et font passer à la trappe les considérations esthétiques. Petit conseil pratique à l'intention du débutant : le Bois la nuit, c'est aussi la Police, les jeunes qui viennent y traîner en bande dans l'espoir de dépouiller le chaland, les voyeurs qui se masturbent derrière les toiles tendues par les filles dans les clairières cachées, se faire sucer tranquille peut être un véritable exercice de style. On conseillera de laisser dans sa voiture son portable, son portefeuille et ses papiers, et de se munir uniquement de la somme requise pour son petit plaisir, qu'on planquera avec grâce dans le replis de sa chaussette. La pute n'est pas voleuse de nature, mais les temps sont durs, et vos poches pleines. Pour les prix, compter 20 euros pour une fellation avec préservatif dans une allée mal éclairée, et entre 30 et 50 euros pour la « totale », derrière une tente de fortune. Les créatures du Bois vous suivront peut-être à l'hôtel en fin de service, ou peuvent également vous indiquer un parking dans les environs. Les prix tombent généralement entre 5 et 6 heures du matin, et si vous ne rechignez pas à les déposer quelque part dans Paris, vous aurez peut-être l'honneur et la chance d'échanger vos services contre une fellation bien méritée.
 
Autre bois, autres moeurs, à Vincennes les prostituées sont généralement aguerries, comprenez âgées, et officient dans des camionnettes ou utilitaires, communément appelées BMC (Bordel Mobile de Campagne, le passé glorieux de nos armées étant lié de près à l'activité). Les tapins de Vincennes sont majoritairement africains, les physiques vont du XXL à l'XS, les spécialités et le folklore varient d'un véhicule à l'autre. Un habitacle conducteur vide et une lumière rouge qui clignote signale que la dame est occupée, vous pouvez attendre au cul du camion, mais ce n'est pas poli. On préférera se planquer derrière un arbre et attendre que votre prédécesseur ait fini son affaire. Petit conseil pratique pour une première fois en BMC : n'hésitez pas à vous faire préciser exactement ce qu'englobent les tarifs énoncés par votre prestataire de service préférée, si vous souhaitez la caresser pendant qu'elle vous suce, le prix monte, cela évite les mauvaises surprises pendant la prestation. Si vous fantasmez sur un plan à plusieurs, la plupart des travailleuses se connaissent et pourront s'organiser rapidement pour vous sucer à deux langues, par exemple. Certaines cachent également dans leur coffre une collection impressionnante de jouets, de godes et autres fantaisies, n'hésitez pas à vous faire dire le menu complet. La lingette avant, le Kleenex à la fin, ces dames sont équipées pour vous faire passer un bon moment, sauf si vous peinez à jouir, il faudra vous presser, on est tout de même là pour travailler. Tarifs classiques entre 20 euros et 50 euros, sodomie possible.
 
Si vous êtes douillets, que vous préférez le confort d'un studio équipé, cap vers Strasbourg Saint-Denis et ses rues adjacentes, le dédale du Sentier regorge de ces appartements sans cuisine et sans salle de bain, construits pour la prostitution, sans le dire officiellement. Les dames ont du métier, et vous attendent au pied de l'immeuble, et se gaussent de vos passages répétés devant elles, vous choisirez la plus avenante, ou celle qui correspond le mieux à votre envie du moment. Les studios sont souvent situés aux derniers étages, sans ascenseur évidemment, cardiaques s'abstenir. Là encore, n'hésitez pas à dire exactement ce que vous attendez de votre rencontre, sous peine de devoir aller fouiller dans vos poches pendant l'acte pour rallonger. Rien de plus désagréable que de s'apercevoir qu'il vous manque 10 euros pour vous faire lécher la rondelle, n'est-ce pas ? Le rituel change rarement, vous arrivez en haut des marches, vous payez, vous passez une toilette sommaire de votre engin dans le lavabo du studio, et le show peut commencer. Compter une bonne quinzaine de minutes pour une passe totale, plus si vous avez choisi un menu plus élaboré. Petit conseil pratique pour une première fois à SSD : on ne fâche pas la patronne, sous peine de se faire raccompagner violemment en bas des escaliers et de se faire poursuivre et huer par une horde de putes caractérielles. Tarifs : entre 30 et 70 euros, selon l'humeur, la tête du client, votre statut d'habitué et l'heure à laquelle vous passez.
 
Vous n'avez pas trouvé votre bonheur dans le Sentier ? Vous êtes un punter aventurier ? Quelques pas vers la Porte Saint-Martin et vous voilà dans le territoire d'une prostitution moins organisée, plus sauvage, les filles sont chinoises, mongoles ou roumaines, elles traînent devant Monoprix et à la sortie du métro, l'air de rien, elles discutent, mais tapinent vraiment. Pour les aborder, suivez cette technique : passez devant elles en les regardant dans les yeux, si elles sont disponibles elles vous suivent et vous parlent, la négociation peut commencer. Continuez surtout à marcher pendant la discussion, les flics sont légion dans ce coin, et prennent un malin plaisir à interrompre vos tractations. La passe a rarement lieu dans le quartier, votre amie vous donnera rendez-vous au métro Belleville ou Jean Jaurès, parfois vous irez ensemble en métro, en vous ignorant mutuellement le long du chemin, pour ne pas éveiller les soupçons. Elle partage généralement un studio taudis avec plusieurs filles, les lits superposés et l'odeur des raviolis qui cuisent, ces filles ne sont pas des déesses du sexe, elles sont selon mes sources les seules à garder leur toison pubienne, le risque principal est de repartir déçu par la prestation, et avec une odeur de graillon. Elles peuvent également vous proposer l'hôtel, plus proche, mais plus cher aussi, la chambre étant à votre charge. Petit conseil pratique pour une passe réussie : choisissez une fille qui parle un minimum français ou anglais, ne pas pouvoir échanger, même une banalité, avec la fille qu'on baise est tout à fait déstabilisant pour certains. Rangez également vos aspirations anti-capitalistes et vos idéaux gauchistes de côté, ici vous profitez clairement de l'industrialisation massive de la Chine et de la pauvreté roumaine, vous exploitez la misère humaine, il faut assumer. Tarifs : entre 40 euros et 60 euros, prix de la chambre en plus, possibilité d'embarquer la fille pour la nuit chez vous à partir de 100 euros.
 
Remontez Sébastopol et arrivez à Barbès, amateurs de filles africaines vous êtes au paradis, le long du boulevard au pied des immeubles, en grappe de deux ou trois, faciles à repérer, faciles à aborder, attention cependant aux embrouilles dans ce quartier, la drogue et la prostitution se croisent d'un peu trop près. Vous vous retrouverez peut-être à vous faire sucer dans le local poubelles d'une arrière cour d'immeuble, sous le regard amusé de la gardienne qui touche sa part du business, ou à prendre à la hussarde votre conquête dans une cage d'escalier. Ces filles sont là contre leur gré, ne vous méprenez pas, elles appartiennent à des réseaux, à des mamas, le tarif est rarement négociable, les prestations calibrées, les appartements quand elles en ont sont délabrés. Petit conseil pour le punter décidé : on se tient bien, on est gentil, on fait son affaire et on repart, on ne discute pas les tarifs pendant trois heures sur le pas de l'immeuble, les flics luttent efficacement contre ces réseaux et vous risquez de passer très vite un mauvais moment au poste. Tarifs : entre 20 euros et 50 euros, pas de lingette, pas de Kleenex.
 
Descendez encore le boulevard Ornano et commencez votre tournée des Maréchaux. Les prostituées n'y sont plus très actives, le coin a été nettoyé, mais on trouve encore aux arrêts de bus et aux zones vides en bordure de périphérique des filles, roumaines, maghrébines ou africaines, à pied ou en BMC. Les coins ont leur spécialité, près de la fourrière du 17e arrondissement, vous trouverez des prostituées XXL en camion, pour amateurs d'abondance et de changement, aux arrêts de bus du 19e les filles sont plus jeunes et roumaines, la passe se fait en voiture sur un parking ou même pendant que vous roulez, ces endroits sont criminogènes on recense plusieurs prostituées tuées chaque années dans ces no man's land de bordure de banlieue. L'avantage de ces coins à putes préservés reste la très grande plage ouverte de travail, vous pourrez vous faire sucer à 8 heures du matin comme à 23 heures, pour un tarif souvent très raisonnable. Conseil pour l'amateur de plan glauque : attention à votre portable, vos poches, si vous baisez en voiture ne verrouillez pas les portes, n'acceptez jamais d'emmener une fille faire « une petite course », même pour un rabais, elle va chercher sa dose avec l'argent de votre passe et vous ne la reverrez jamais. Tarifs : classique 20 euros et 40 euros, fantaisies en BMC à la carte.
 
Je rappelle que le racolage est interdit, et que les lois récentes sont dures pour la prostitution, mais que surtout il m'est difficile de croire que des hommes, mêmes menés par le bout de leur queue, choisissent de baiser des femmes sous la contrainte d'un réseau, d'une substance ou d'un homme. J'encourage les punters à fréquenter des putes à l'activité choisie, et à résister aux prix cassés des mafias et des plans les plus risqués.
 


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Daria Marx // Infographie: Studio Freedonia.