Le brunch n’est donc plus un indice social depuis qu’il est tombé dans le domaine public. Au moment où vous lisez cet article, certaines personnes autour de vous sont susceptibles de mélanger Chocapic et tarama dimanche prochain. Mais qui sont-ils vraiment ? On ne vient pas au brunch comme ça du jour au lendemain. La moustache du hipster ne s’est pas faite en un jour. Il y a un processus. Un catalyseur qui amène les gens à mélanger sucré et salé à des heures indues le jour du Seigneur, bordel de dieu !

On se calme et on analyse. Quand quelque chose m’échappe, j’ai un réflexe trivial mais humain : Wikipédia.

«Un brunch (pron. /brœnʃ/) est un type de repas qui se prend entre la fin de la matinée et le début de l’après-midi (entre 11 h et 15 h environ)»
Il est évident que les bruncheurs de 11h n’ont rien à voir avec ceux de 15h. Seulement deux catégories de personnes sont capables d’exercer une activité autre que regarder Téléfoot à 11h un dimanche : les chiants et les drogués. Le chiant a passé un samedi soir plutôt pépère. Lui empruntera le terme «pépouze». Il s’est fait livrer un burger de merde à 17 balles sur Deliveroo et sa seule folie se résume au SMS envoyé au 72 500 pour soutenir la team M. Pokora dans The Voice. Il est donc tout à fait logique qu’il soit frais et pimpant à 11h du mat’ et prêt à cracher 40€ pour un jus de pomme bio et du bacon éco-responsable.
Le drogué, lui, n’est évidemment pas encore couché. Après avoir enchaîné apéro / before / bar / bar / club / club / club / after / after, il vient de prendre sa dernière trace de C et se dit que rentrer avant midi n’est pas la pire des idées qu’il ait eue ces 12 dernières heures. En passant devant les chiants alignés les uns derrière les autres prêts à bruncher, son cerveau ne fait qu’un tour et lui envoie l’information suivante : «On est défoncé - stop - On a faim - stop - Mange maintenant - stop - Fais pas chier t’es plus à 40€ près - stop». Ceux de 15h sont donc par élimination des gens plus ou moins normalement constitués. La soirée s’est terminée sur les coups de 5h, et ils ont choisi de rentrer se coucher avant d’émerger vers midi pour atterrir à table deux heures plus tard. Ou ils n’avaient plus de drogue.

Breakfast!«Le brunch combine des plats et boissons typiques des premier et second repas de la journée, en commençant généralement par le sucré.»
Le brunch ne respecte rien. Pensez-vous sérieusement que nos ancêtres nutritionnistes se sont cassés la tête à hiérarchiser nos repas et à organiser leur contenu pour que 3 000 ans plus tard, des inconscients viennent mélanger café, salade, burger, céréales et champagne à 14h ? Le brunch est une catastrophe intestinale mondiale. Le brunch est la porte ouverte à l’anarchie. Le brunch pousse la population à ne plus faire de choix. Ça commence par mélanger pancake et caviar et ça termine par un débat de l’entre-deux tours sur TPMP. Les bruncheurs sont des déséquilibrés mentaux qui, sous prétexte que «ça va, c’est dimanche», bouleversent l’ordre établi et mènent petit à petit notre civilisation au chaos et à l’extinction. Les mêmes qui écrivaient «no future» au blanco sur leur sac Eastpak en 2001.

«Le terme brunch est un mot-valise anglais, combinant les mots breakfast (petit déjeuner) et lunch (déjeuner).»
Encore une fois, l’étymologie nous en apprend beaucoup. Nous pouvons facilement arriver à la conclusion suivante : les gens qui brunchent sont les mêmes qui emploient les termes «ASAP», «conf' call», «burn out», «feedback» et «to-do list». Vous qui vous êtes reconnu derrière votre écran, n’ayez crainte. Faites comme d’habitude. Restez confortablement installé dans votre moule et attendez tranquillement que ça passe.

«Il se présente souvent sous la forme d’un buffet où chacun vient se servir en fonction de ses goûts et de son appétit.»
Les autres endroits où vous pourrez trouver un buffet à volonté sont les clubs de vacances all inclusive marocains avec concours de T-shirts mouillés tous les jeudis soir et les réunions annuelles des Amis de la Chasse à la Bécasse en Territoire de Somme. Des ambiances franchouillardes et décomplexées à des années-lumières de l’atmosphère guindée des brunchs parisiens. Les bruncheurs ne sont en réalité que de simples consommateurs de rillettes qui tentent de se donner un peu de consistance en utilisant l’anglicisme à la mode. Le brunch est à la ville ce que le buffet à volonté est à Center Parcs. Prenons un peu de recul et récapitulons : le brunch réside dans le fait de pouvoir manger un buffet à volonté sucré et salé à n’importe quelle heure le dimanche. Tout le monde y est le bienvenu, du père de famille et au jeune sous MD, tous y seront rassasiés.

Du Flunch au Brunch, il n’y a que deux lettres et beaucoup de branlette.