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Reportage

« Real Housewives », la Classe Américaine

Jeudi, 08 Décembre 2011

Pour découvrir les Etats-Unis, il y a la route 66 avec une bonne vieille décapotable, vos cheveux plein la bouche face au vent californien. Mais en ces temps de crise, Brain offre un trip moins balisé et bien plus cheap : une virée chez les « real housewives », grâce au merveilleux monde de la téléréalité. La mort annoncée des cinq banlieusardes de Desperate Housewives, dont la dernière saison est actuellement diffusée outre-Atlantique, est l’occasion rêvée d’aller voir comment vivent les vraies rombières américaines.


Du haut de sa tour de verre, quelque part à Los Angeles, le patron d’une grosse chaîne câblée pleure sur son triste sort. Aucune idée racoleuse et lucrative n’a émergé de son cerveau en un mois. Moins de biftons dans les poches mais un torrent de larmes amères sur ses joues rebondies. Assis dans son fauteuil pivotant en cuir, le regard perdu dans la nuit, il pense à bobonne à la maison qui veut une nouvelle « bi-m-vi », bobonne qui boit trop de margaritas avec ses copines en regardant les Desperate Housewives boire trop de margaritas à la télé.


Ainsi naquit, fort probablement, l’idée des Real Housewives of Orange County (comté de Californie). Diffusée pour la première fois en 2006 par la chaîne Bravo!, l’émission de téléréalité raconte la « vraie » vie de « vraies » femmes au foyer. Au fil des saisons et des épisodes, on les suit dans leur quotidien palpitant fait de dîners entre copines, essayages de robes couture, séances de botox et crêpages de chignons. En arrière-plan, un mari plein aux as et des enfants soit cons soit consternés. En somme, un programme éducatif destiné aux jeunes américaines dont le projet de vie – simple – est d’alpaguer un millionnaire. Records d’audience. Suivront les turpitudes de leurs congénères à New York, Atlanta, New Jersey, Beverly Hills et Miami. Sisi. Les « real housewives » sont devenues des stars au rabais, certaines ont refourgué des livres de cuisine, d’autres ont sorti des singles et même la très caustique Tina Fey a avoué regarder l’émission. La gloire quoi. Et un portrait assez déprimant mais hilarant de la - soi-disant - femme au foyer américaine.


1. Des nouveaux riches. Exclusivement.
Un bon casting est un casting qui brasse large. Contenter la ménagère de moins de 50 ans c’est bien, l’intello dans son immeuble haussmannien c’est mieux. Les parvenus ont l’incroyable pouvoir de satisfaire ces deux catégories. La première rêve de leur intérieur coquet tout en dorures, moulures, fourrures et autres trucs en –ur, la seconde a matière à exercer son sentiment de supériorité.


Il y a la version West Coast avec générique façon clip de Snoop : grosses baraques, grosses piscines, gros terrains de golf, grosses voitures. Et les filles en mini robe lamé qui marinent dans leur jus au soleil. Leur nom ? On oublie. Leur boulot (certaines en ont un) ? On s’en fout. A Orange County, une seule chose compte : l’argent. Impossible de différencier ces quadragénaires qui refusent de vieillir – visage figé, cheveux peroxydés, duck face et bronzage à faire pâlir d’envie une cagole niçoise. Elles vivent dans des « gated communities » américaines (des quartiers entiers fermés et surveillés) qui sont « plus qu’un endroit où vivre, un mode de vie », explique fièrement l’une d’elles. Un mode de vie avec une philosophie fort sympathique : les pauvres dehors. Ici, pas de vieux, pas de Blacks, pas de Latinos, mais plein de faux nichons qui mènent leur propre vie, indépendamment des lois de la gravité.

Teresa et son intérieur en marbre, The Real Housewives of New Jersey

 

Sinon la version East Coast, dans le New Jersey : là les filles sont brunes et le fruit d’un mélange étrange entre mama italienne à l’ancienne et playmate en bikini léopard. Sorte de guida de Jersey Shore en plus friquée. On s’émeut devant le soutien maternel sans faille de Caroline : « Je veux que mon fils ouvre le meilleur de tous les strip club, un beau strip club dont môman soit fière », et les goûts si raffinés de Teresa: « Dans ma nouvelle maison, il n’y aura que du marbre, du granit et de l’onyx... Mon mari gagne plein d’argent, moi je suis là pour le dépenser »....


2. De la di-ver-si-té. Et du cliché.
La représentation des « minorités visibles » ou « gens de couleur » comme disent les plus consensuels est un sujet sensible pour tout producteur bedonnant aux Etats-Unis. Alors, ainsi, Bravo! n’a pas attendu trop longtemps pour introduire des Noirs dans son émission, flairant aussi le gain potentiel de téléspectateurs. En 2008, arrive la 3ème franchise : les Real Housewives of Altanta, ville dont la population est majoritairement afro-américaine et où s’est installée une bonne partie de l’ « élite » de la communauté. Mais représentation de la mixité ne rime pas pour autant avec sortir des clichés. Si les blondes d’Orange County et Miami sont forcément des poufs à trois neurones enrobées de bling bling, les femmes noires du show d’Atlanta parlent forcément à grand renfort de « han han », « aight » (« all right ») et « ain't » (« not to be », « not to have »), de  l’argot utilisé dans les ghettos. Et pour parfaire le tableau, elles sont femmes d’ex basketteurs, ex footballers ou autres sports faisant office d’ascenseur social aux Etats-Unis. Bon, dans le casting y’a bien une Blanche, Kim, plus bimbo que la plus bimbo de tes copines, mais qui explique « Je suis une femme noire piégée dans un corps de blanche ». Oké. On retiendra aussi son très spirituel « Je pourrais mourir demain, mais je veux mourir en portant du Dior ». Oké bis. En attendant la mort en Dior, Kim est entretenue par un homme qu’on ne verra jamais, surnommé « Big poppa » du fait de ses prodigalités...

Kim, sa perruque et son “Big Poppa”, The Real Housewives of Atlanta

 


3. La célibataire, honnie de tous.
The Real Housewives of... se doit d’avoir une « wanabee » posant sur les plus âgées et leur bonheur conjugal un regard humide et émerveillé : la célibataire. Personnage absolument nécessaire, il permet à la pathétique ménagère de regonfler son ego. Dans le casting de New York, c’est Bethenny qui endosse le rôle : gentille fille ennuyeuse, elle n’en finit pas de se languir pour son Jason, espérant ardemment qu’il la demande en mariage. Son pendant plus sulfureux se trouve dans le New Jersey, incarné par Danielle. C’est l’indigne célibataire qui raconte goulûment ses tristes aventures face à la caméra, en attendant un second mari multimillionnaire : « J’ai rencontré cet homme sur internet. En 2 ans on ne s’est jamais vus mais le phone sex avec lui est in-cro-yable ». Méchante ou gentille célibataire – oui le monde se divise ainsi chez les « housewives » – leur vie actuelle se résume à la même chose : l’antichambre du mariage. Le reste c’est juste pour s’occuper en attendant. Dans le doux monde des femmes au foyer américaines, tu es mariée ou tu n’es rien.

Kelly la méchante, The Real Housewives of New York

 


4. Des crises de nerfs. Enormément.
Cela nous amène à un personnage clé de toute émission de téléréalité : la sorcière, pour rester dans le registre manichéen. C’est par elle qu’arrivent les drames, les cris, les larmes et des doigts accusateurs, sorte de réceptacle des frustrations des autres « housewives » et piment du programme. En parfaite « drama queen », on a d’abord Kelly Killoren, « ancienne top model » et parasite mondain qui écume les soirées new yorkaises. Elle parle comme une collégienne - « je ne t’aime pas, je ne te trouve pas drôle, je ne te trouve pas belle et nous ne serons jamais amies » -, fait des grimaces, prend des grands airs et se fait arrêter pour violence conjugale après avoir frappé son mignon de 15 ans son cadet. Kelly surtout ne change rien. Viennent ensuite Nene et Sheeré d’Atlanta qui – on ne sait pas trop pourquoi - se haïront jusqu’à la mort. Assez drôle. Et notre préférée, qui ne fait pas vraiment partie du crew : Elsa, la mère d’une des filles du casting de Miami, alcolo au dernier degré.

Nene maudissant Sheeré, The Real Housewives of Atlanta



5. Du glamour. En toc.
Le glamour, notion fluctuante selon les régions du monde, se réduit pour Bravo! à l’emploi du temps des cinq « housewives » de New York : shopping sur la 5ème avenue, inaugurations en tout genre, vacances dans les Hamptons et dîners familiaux dans un « penthouse » de l’Upper East Side. Pour faire chic, on parle Français, on va à Saint Barth « pour se rapprocher de la culture française (île de langue française, ndlr) » et on appelle son fils « François ». Mais avec l’accent,  ça fait « Fwançwa ». Dommage. Et le comble de la classe pour nos New-yorkaises est contenu dans ces deux mots : actions caritatives. Il faut voir l’une de ces femmes au foyer, la Comtesse de Lesseps, venir dans sa grande mansuétude à la rencontre de la plèbe. Devant une dizaine de jeunes filles effarées dans un collège dit défavorisé, elle y parlera d’elle, d’elle et... d’elle et de sa confiance en... elle. Quelques millions de dollars c’est sûr ça aide. En digne représentante autoproclamée du chic, la « housewive » a sorti deux single : Money can’t buy you class et  Chic la vie c’est bon. Chouette la vie des riches bobonnes.

 

Luanne de Lesseps dans son clip, The Real Housewives of New York

 


Ozal Emier.

 



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Commentaires

Les commentaires sont modérés.
  • patrick - Vendredi, 09 Décembre 2011

    Ces commentaires sont un rien hystériques. @... Mais sinon non le Corse est plus parent (sans dériver hein) du Français que le Basque le Breton ou l'Alsacien. Et surtout le Basque d'ailleurs. Sinon ça à l'air bien.

  • Sam - Jeudi, 08 Décembre 2011

    J'ai jamais dit que le Corse, le Breton et l'Alsacien étaient des dialectes, j'ai juste dit que certains Français le parlent entre eux de la même façon que les noirs américains parlent Ebonix quand ils sont entre eux. D'ailleurs, dans le dernier épisode de RHWO Atlanta, Phaedra (avocate et fille de pasteur) dit, tout a fait naturellement, à Sherée, au cour d'un entretient juridique dans son bureau "I ain't gon charge you no money cause we're gonna make him pay". Je ne sais pas si on peut qualifier la personne ou la situation de ghetto, encore une fois, c'est juste une façon de parler, ça ne stigmatise personne. Et ça, c'est sans compter l'accent de Atlanta qui donne encore plus l'impression aux non anglophones que ces femmes viennent du hood parce que, c'est sur, c'est moins cul serré que l'accent britannique.

  • ... - Jeudi, 08 Décembre 2011

    @ Sam: Le Corse, le Breton et l'Alsacien ne sont pas des "dialectes" mais des langues, certes régionales, mais des langues quand même. Et surtout, elles ne dérivent absolument pas du français (surtout le Corse)...

  • Sam - Jeudi, 08 Décembre 2011

    La vulgarité de cet article est tout à fait représentative de la vulgarité du sujet ce qui ne veut pas dire qu'il ne sont pas tous deux agréables à regarder ! (bien au contraire en fait). Par contre, il faudrait quand même penser à se renseigner un peu, les bimbos de Miami sont certes blondes mais elles sont toutes cubaines (ou presque, je crois qu'il y a une brésilienne dans le tas, celle qui a la galerie d'art). Et ces dames ne sont pas toutes de nouvelles riche, la famille Maloof de Beverly Hills est millionnaire depuis presque 150 ans, elles sont juste américaines, donc très souvent m'as-tu-vu. D'ailleurs Gill zarin de New york aussi est issue d'une famille qui a de l'argent depuis le XIXe siècle. Pour ce qui est de Atlanta (la plus lucrative de toutes les franchises selon Bravo), il faut juste que vous vous sortiez de la tête que les noirs américains parlent comme ça dans les ghettos. En fait, ils parlent TOUS (ou presque) comme ça, ça s'appelle le Ebonix, il y a des thèses universitaires très sérieuses qui portent dessus et c'est un dialecte d'Anglais comme les autres que les noirs américains parlent entre eux de la même façon que certains Français parlent Corse, Breton ou Alsacien à la maison. Alors oui, d'un point de vue Oxford-Cambridge c'est pas très déontologique comme façon de parler mais je ne pense pas qu'on puisse dire que c'est vulgaire ou ghetto, c'est juste différent.

  • borb - Jeudi, 08 Décembre 2011

    L'empire s'écroule: claquez vite vos dollars avant qu'ils ne vaillent plus rien.

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