Les deux étages se remplissent doucement. Il y a quelques canapés dans une pièce et dans deux autres salles des plateaux de fromages et de charcuteries qui sentent bon la campagne et le terroir de France. Dans une des pièces, un tréteau a été installé pour poser du son. Ils seront trois ou quatre à se relayer derrière les platines dans la soirée. Pour l'instant, la pièce est vide. Les gens discutent.

- Dans le contexte économique actuel...
- T'es dans la banque ?
- Je te jure un jour, on a pris le bus de nuit.

Parler de bourgeoisie serait un raccourci bien trop populiste, disons plutôt que si la majorité des garçons portent ici des chemises et les filles de jolies chaussures à talons c'est sans doute plus par un souci d'élégance qu’un besoin d'appartenance.

Une fille en mini-short et à la méga-pêche raconte sa dernière soirée sur les Champs-Élysées où, ivre, elle est rentrée dans une Porsche en croyant que c'était un taxi. Elle revendique une gouaille et une assurance à la Florence Foresti.

- Et là, le mec il me demande « ça va mademoiselle ? » et je lui réponds « laissez- moi, j'ai pris de la drogue ».

Que ce soit vrai ou faux, le public s'esclaffe. C'est important ce genre d’électron libre pour dérider les discussions traditionnelles et lancer la soirée.  

Il n'y a pas grand monde qui danse. Des petits groupes se forment pour boire et discuter le bout de gras.

- Moi je vais à Val d'Isère et toi ?
- Il n'y a qu'une toilette, à un moment on va être obligés d'aller pisser dehors.

À 2h30, après avoir pissé derrière un camion dont le blanc cassé de la peinture rappelle, dans le noir et l'alcool, la céramique d'un urinoir, on s'aperçoit que le dancefloor est plein à craquer d'un coup. On ne voit pas le temps passer quand on discute avec des étudiantes. Encore une fois, la qualité des chorégraphies est douteuse, mais la joie de vivre et les sourires sont éclatants.

À l'opposé de la salle, pour une raison que l'on ignore, des hommes se foutent sur la gueule. On est partagé entre l'envie de lâcher son verre de rouge ou sa tartine de brie pour aider, mais c’est peine perdue, il faut savoir que le lieu appartient à 4 frères qui ne sont pas taillés dans du polystyrène et qui savent faire disparaître les taches sans utilisation de dissolvant. On n’a pas eu le temps de voir la gueule du pauvre type qui dérangeait, mais c'est pas sûr qu'il se reconnaisse dans la glace demain matin.

Les filles sortent des compresses et de l'alcool pour jouer aux infirmières. On a l'étrange impression qu'elles ont l'habitude de soigner les petits bobos de ces cascadeurs en chemises. Beaucoup de gens ont raté cette bataille et beaucoup d’autres s’en foutent, après tout ce n’était peut-être qu’une simple occasion de se défouler.

Une petite mise en bouche avant d'aller danser en quelque sorte. Au fond de la pièce, des types en t-shirt commencent à poser les pas de danse qui vont bien. Certaines filles regardent avec intérêt ces mouvements que l'on ne peut décemment pas réaliser en chemise. À chaque costume sa façon de s'exprimer.

La poussière du sol vole dans l'air et les pantalons des danseurs sont marqués de tâches blanches. Collés au mur, on s'embrasse ou on s'endort, c'est au choix. Deux blondes monopolisent déjà le canapé.

On se fait la bise, on cherche une dernière goutte d'alcool, on parle de rien. Il est 6 heures du matin.

L’heure de rentrer en marchant en crabe et en priant le seigneur pour ne pas avoir dit trop de conneries. Mais au fond qu'importe, tout le monde en a dit et personne ne s'en souviendra.



 

Texte et photos: Quentin Cherrier.