Le synopsis est le suivant : Ayem et Caroline (deux ex-candidates de Secret Story mais chut, faut pas le dire) ont tout plaqué pour aller vivre à Los Angeles. La narratrice nous raconte que "après une violente dispute avec sa mère, plus rien ne retient Ayem en France" (sic). Hé ouais, Ayem elle est comme ça, elle ne plaisante pas. Généralement, quand on se dispute avec quelqu'un et qu'on cherche à se détendre, l'usage veut qu'on aille boire un verre, prendre un bain ou, dans le pire des cas, réserver un petit week-end pour faire de l'aviron dans le Jura. Ayem, non. Ayem, faut pas l'emmerder, parce que sinon, elle part s'installer aux Etats-Unis. Quant à Caroline, son petit ami l'a quitté la veille de son mariage. Brisée, elle décide de repartir de zéro. Classic shit.

Retrouvailles entre losers de la télé-réalité.


Passé le remix techno-trash de Girls Just Wanna Have Fun qui sert de générique (signé Shaggy & Eve, on ne vous félicite pas les cocos), nous voilà plongés dans le feu de l'action. Et très vite, ça tombe sous le sens : plus qu'une simple production AB, Hollywood Girls est une pâle copie de The Hills.

 

The Hills est un programme américain de MTV mettant en scène des gens beaux, qui vivent dans de belles maisons et se créent des problèmes que seuls les gens beaux et riches peuvent se créer (avec une fâcheuse tendance à vouloir les régler en boîte de nuit, lorsque l'ambiance sonore se prête le mieux à ça). L'émission fût un succès étalé sur plusieurs saisons et a révélé un paquet de people récurrents des pages "Do or Don't" de la presse féminines, telles que Whitney Port, Olivia Palermo ou Heidi Montag.

«Previously on The Hills».
 

Tout comme dans The Hills, le prénom des personnages flotte dans l'air à leur côté, histoire de guider le téléspectateur lambda qui, de toutes façons, n'est pas là pour réfléchir. Tout comme dans The Hills, la bande-originale se veut pop-rock de pré-ado (un titre d'Hilary Duff retentit après quelques minutes). Même la photo promo de l'émission est calquée sur celle du show de MTV.

Les filles sont "trop contentes" d'être là et puis, Chloé, bah, ça lui fait "tellement plaisir" de les accueillir dans la résidence qu'elle occupe. Mais très vite Ayem et Caroline se heurtent à Sandra, la colocataire de Chloé, que le personnage de méchante unidimensionnel rend immédiatement antipathique. Mais c'est normal, il faut appâter le chaland, et ce dès le premier épisode. Si l'on parle d'épisode, c'est parce que le concept d'Hollywood Girls est soi-disant "inédit" en France. Il s'agit d'une "scripted-reality". Comprenez par là que les situations - fictives - sont écrites à l'avance mais que les dialogues sont totalement improvisés. Ce qui donne lieu à des échanges d'une intense vacuité, dont voici quelques extraits :

"Ayem - En tout cas Chloé, merci franchement, parce que c'est exactement ce qu'il nous fallait, on avait vraiment besoin de... pfffffffff... tu vois... de... de... souffler, décompresser, c'est vraiment ce qu'il nous fallait.
Caroline - C'est clair !"

"Ayem - Tiens d'ailleurs, comment va ta mère ?
Chloé - Ecoute, euhhh, pfffffff, baaaah ça va... on en parlera tout à l'heure !"

"Caroline - Ayem m'a dit que t'avais une boîte de com ?
Chloé - Ouais c'est ça !
Caroline - C'est sympa, la com !
Chloé - Ouais, c'est sympa !"

Chaque plan rappelle immanquablement Hélène Et Les Garçons.


On découvre par la suite que le casting comprend encore deux autres rescapés de la télé-réalité : Kévin-de-Dilemme, le beau gosse et Kamel-du-Loft-2, le clown sympathique (qui a gagné des kilos superflus). Tout deux sont des habitués de la chaîne, puisqu'ils étaient présents au casting de la dernière saison des Anges de la Télé-Réalité. Pour ce qui est d'Hollywood Girls, je ne voudrais pas vous spoiler mais sachez que la trame de l'histoire implique notamment une grossesse, un réseau d'escort-girls et des histoires d'ex en veux-tu en voilà. A titre de comparaison, pensez à un best-of des téléfilms de l'après-midi sur M6, résumé par un enfant hyperactif. Si tout ça ne vous donne pas envie de regarder, alors rien ne le fera.

Hollywood Girls, guest-starring Caroline Receveur, (qui aurait pu se trouver un pseudonyme américanisé en guise de nom de famille).

 

Il y a une raison pour laquelle ce genre de programmes est mal vu en France : ici, le culte de la célébrité, même si il existe, demeure bien moins prononcé qu'aux Etats-Unis, simplement parce que les moyens pour y accéder sont de moindre envergure. Là où des programmes tels que The Hills ou l'Incroyable Famille Kardashian prônent la flambe et la futilité avec parfois un soupçon de second degré, on est beaucoup moins clément face aux imitations bas-de-gamme dont Hollywood Girls fait évidemment partie.

 

La nouvelle série d'NRJ12 arrive donc avec des années de retard, et même les acteurs ne semblent pas se rendre compte de la vaste blague orchestrée à leurs dépends. Laura Coll, une de ses interprètes, a déclaré que ce rôle était une aubaine et n'hésite pas à louer la "qualité de la réalisation" tout en espérant se servir de ce rôle comme d'un tremplin. C'est vrai, quand on voit que Sandra Lou a commencé dans une série du même type (Le Groupe) et anime désormais un bêtisier hebdomadaire assise sur un tabouret aux côtés de Denis Maréchal, il y a toujours de l'espoir. Pire qu'un guilty-pleasure, regarder Hollywood Girls se range carrément au niveau des choses pas très acceptables en société, comme la zoophilie ou l'utilisation des glory holes. Pourtant, c'est un phénomène bel et bien réel, dont on peut profiter armé d'une bonne dose de second degré (et de tequila dans le sang). La route vers Hollywood - le vrai - est longue les filles. Celui-ci n'était qu'un décor en carton-pâte. Gare aux trompe-l'oeil.
 

Hollywood Girls, du lundi au vendredi à 17h45 sur NRJ12.

 

Thomas Rietzmann.