ぶっかけ

TINDER contre JEZEBEL & SAPPHIRE

Mercredi 22 février 2017

unnamed-2Les rencontres amoureuses, aussi éphémères soient-elles, ont pour moi un cadre idéal préétabli : sous MD dans une rave, ou dans un festival type MoogFest. L’amour, même si je n’y crois pas vraiment, est censé nous délivrer de la tyrannie de la raison. Pas étonnant alors que la perspective d’une romance provoquée par des algorithmes me donne la gerbe. Pourtant, il me suffit d’un échec amoureux retentissant et des «Tu devrais t’envoyer en l’air un coup», «Pourquoi t’as pas Tinder ? Tout le monde est dessus !», «Essaye avant de juger» incessants de mes potes pour que je fasse le grand saut. J’ai 23 ans, et malgré toutes mes résistances, l’expérience Tinder est devenue incontournable.

On est au mois de février, encore en plein dans ce qu’on appelle la «cuffing season». C’est cette fameuse période hivernale où trouver un charmant jeune homme pour regarder des séries et se blottir sous la couette devient presque un impératif. Je me dis que j’ai encore mes chances pour trouver un type avec qui traverser ce froid glacial à la Game Of Thrones. Alors je swipe encore et encore, à gauche quand le mec ne me dit rien qui vaille, à droite quand je me vois bien jouer à l’élève et au professeur avec lui. Ou au docteur et à l’infirmière. Bref, faire du sexe. Jusque-là, dans ce jeu de pouces, tout est léger. Mais c’est juste le calme avant la tempête de racisme et de misogynie que je vais me prendre dans la gueule. Certainement le moment de ma vie où j’ai le plus compris la nécessité d’un féminisme noir.

Je commence à dialoguer avec un type, 29 ans, beau gosse, cheveux clairs, qui me demande quelles sont mes passions et mes hobbies. Je réponds sobrement que «J’aime la musique et l’ethnomusicologie, lire, aller à des concerts etc.». Soit, les trucs que j’aime réellement faire et qui occupent la plupart de mon temps libre. Il me répond sans broncher : «C’est cool ça, une femme noire qui réfléchit.» Je suis complètement interloquée. Difficile de ne pas mal prendre ce genre de remarques, qui n’est en rien équivoque. Impossible de ne pas voir dans ce type d’allusions à la pensée raciste des temps coloniaux et ces écrits d’antan, où les Noirs sont décrits comme de «grands enfants ne cherchant qu'à jouir de l'heure présente, sans nul souci de l'avenir» (1), et où la femme est vue comme un être dénué de raison, uniquement en proie à ses passions et ses humeurs, capable des revirements les plus irrationnels. Alors vous imaginez une femme noire capable de réflexion, d’introspection ou pire capable de créer, légiférer, diriger ? Impensable ! En un instant, je suis ramenée à ces pires clichés, liés à ma négritude et à mon genre. Et je ne suis pas en plein meeting FN dans la Creuse, je suis bien sur Tinder en train de discuter avec des «jeunes créatifs» parisiens.

Après plusieurs échanges de messages et une conversation téléphonique sympathique, je décide de rencontrer un autre prétendant, même profil que le premier mais version 35 ans. On se retrouve près du métro Corvisart, au cœur d’un quartier plutôt résidentiel et calme. En chemin, il ne cesse de fixer mes cheveux coiffés afro et puis lâche : «T’as déjà pensé à avoir les cheveux longs ?». Je rétorque que je suis assez versatile et que j’ai souvent les cheveux longs en tresses mais qu’en ce moment j’aime plutôt arborer l’afro. Je comprends très vite que ma coiffure le dérange mais finalement la gêne se dissipe. Jusqu’à ce qu’on arrive sur le lieu de rendez-vous qu’il a choisi. Un salon de thé avec un atelier de tricot : l’ENFER. Le mec n’a apparemment rien saisi de ma personnalité et des me goûts lors de nos discussions, mais je veux tout de même lui laisser sa chance.

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«Je m’intéresse pas mal aux sites de rencontres et selon les statistiques les femmes noires sont les moins sollicités sur ce type de sites», m’affirme-t-il quand nous nous installons. Pourquoi cette remarque ? Je suis toujours partante pour avoir des conversations politiques, mais là j’ai le sentiment d’être directement renvoyée à ma condition de femme noire. Qu’est ce qu’il croit ? Qu’il me fait une faveur ? Que je suis sentimentalement désespérée ? C’est loin d’être le cas. Je ne réponds pas avec éclat, mais avec une attitude plutôt passive-agressive. La nuit tombe et finalement je prétexte un truc pour me sortir de là. Je lui claque une bise et m’engouffre à toute vitesse dans le métro. 

Ma troisième expérience sera de loin la plus choquante et la plus oppressive. Pourtant l’échange débute sous de bons auspices. C’est un photographe de skate, jeune trentenaire, cheveux châtains, visage angélique qui habite le 18ème et qui, de prime abord, a l’air ouvert d’esprit. Il me demande s’il peut m’ajouter sur Facebook et continuer la conversation sur la discussion instantanée plutôt que sur Tinder. Mais finalement, le jeune homme refuse qu’on parle skate et dirige notre causerie sur le sexe. Il est toujours étrange de vouloir parler de sexe plutôt qu’en faire, dans ce genre de contexte, mais soit. Je rentre dans son jeu. En plein milieu de la conversation, il aborde le sujet de la sodomie. Je lui explique c’est quelque chose que je peux pratiquer uniquement avec quelqu’un en qui j’ai entièrement confiance, et que c’est beaucoup moins agréable avec un préservatif. Il me répond : «Hm sodomiser une noire sans capote ça doit être quand même bien flippant». Suivi par «Tu dois avoir un maxi boul comme dans les clips de R&B». Quand je commence à lui dire que ses remarques sont très problématiques, j’ai droit à : «Tu ne sais pas prendre une blague», «Tu vas me balancer le discours anti-raciste ?» puis «Je pense que t’es complexée, si t’étais ch’ti je t’aurais fait le même genre de blagues». Une rafale incontrôlée de remarques racistes et sexistes m’arrive alors dans la gueule. Je suis complètement sonnée.

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Ce n’est que plus tard, grâce à la lecture de l’essai Mammy, Jezebel, Sapphire and their Homegirls : developing an oppositional gaze towards the images of black woman du professeur Carolyn West que je peux mettre des mots sur mon expérience. «Mammy», «Jezebel» et «Sapphire» sont trois clichés, nés dans le contexte de l’esclavage, qui sont encore aujourd’hui projetés sur les femmes noires. Quand ce mec de Tinder implique que j’ai une MST, il se réfère au cliché de la Jezebel selon lequel les femmes noires ont des mœurs légères. Un stéréotype qui date de l’époque des grandes expéditions en Afrique, lorsque les explorateurs blancs ont pris à tort la nudité et la morphologie des femmes africaines pour une invitation à la luxure. Ils les considéraient alors comme des femmes insatiables, sales et immorales. Cette vision de femme sexuelle et sauvage à la croupe charnue m’irait totalement, s’il s’agissait pour la femme noire de réclamer son érotisme. Mais le problème est que cette idée a servi à légitimer les sévices sexuels que l’on faisait subir aux femmes noires pendant l’esclavage, et qu’elle continue à être utilisée dans des discours racistes.

Le skateur avait fini par retourner la situation en me faisant passer pour une femme trop «agressive et victimaire» ou «incapable de rire d’une blague». Ici, c’est l’image de «Sapphire» qui ressort. Celle de la femme noire matriarche, qui tortille du cou et claque des doigts et parle fort. La femme noire en colère.
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Heureusement, il ne m’a pas dit un truc du genre : «Non mais les femmes vous, vous êtes solides et fortes mentalement ! Regarde je suis allée en séjour au Bénin et j’ai visité une coopérative agricole, les femmes là-bas sont des battantes et en plus elles gardent le sourire». Sinon ça aurait été le triplé gagnant du racisme ordinaire. En effet, ce type de phrases a priori sympathiques renvoie à une image de la femme noire, dévouée mais légère malgré les épreuves. Un stéréotype incarné par Mammy, une figure que l’on retrouve dans Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell ou encore sur les boîtes de préparation de pancakes «Aunt Jemima». Cette «mama» bienveillante et loyale qui trace son sillon et résiste comme un roseau à toutes les tempêtes, celle qui sert aveuglément les autres au détriment de son bien-être.

Ces trois images d’Epinal inversées ont pour fonction première de légitimer les perpétrations commises contre les femmes noires. Qu’elles soient aguicheuses avec leur twerk, bruyantes et en colère ou prêtes à se sacrifier en faveur de la communauté, le constat reste le même. Ces préjugés permettent de nier leur autonomie sexuelle, leur opinion, leur souffrance et leur liberté.

Bien sûr les femmes blanches subissent aussi des préjugés du fait de leur genre, et les minorités sont parfois l’objet d’un fétichisme et nourrissent les fantasmes des uns et des autres. Non, je n’étais pas naïve quant à ce qui m’attendait. J’anticipais un certain paternalisme ou l’idée d’être «exotisée». Mais pas déshumanisée de façon aussi brutale, encore moins dans un rapport de séduction. Mon expérience sur Tinder a mis en exergue la complexité de mon vécu, au croisement entre mon identité de femme et celle de Noire. Impossible pour moi de prendre parti plus pour une lutte que pour une autre. Il faut garder en tête que ces hommes sont des adultes censés se montrer sous le meilleur jour pour avoir une chance de conclure et pourtant Tinder donne lieu à un déchaînement de haine et d’ignorance. Loin de moi l’idée de réclamer aux hommes une compréhension parfaite des intrications de la femme noire, non, je ne demande pas à un mec d’avoir lu Audre Lorde ou Joan Morgan pour m’approcher. Ce que j’exige, c’est du respect et de la décence. Dans la vraie vie, comme sur Tinder.

1. Le Journal de la Vienne du 10 juillet 1899.

Illustration : Marion Dupas.

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Par Christelle Oyiri

Le récit poignant de cette jeune femme vous brisera le coeur, surtout si vous aimez le Caprice des Dieux

Mercredi 22 février 2017

LA CHOSE_test-smlMon meilleur amant, je l’ai rencontré dans la rue à 23h45 un mois d’octobre, je l’ai séduit en complimentant son tote bag et après une demi-nuit de baise premium sans aucune rétractation de la part des deux parties, je ne l’ai plus jamais revu. Si bien qu’aujourd’hui, quand un homme de ma vie me demande pourquoi il n’est pas mon meilleur coup enfin c’est un scandale mais comment ça qu’est ce que je fais mal, je peux éteindre facilement les flammes des ténèbres qui se mettent à briller dans ses yeux: je n’ai pas le numéro de ma meilleure prise, et je ne connais même pas son nom de famille. (Non, ça n’est pas Banksy).

Rosé punchline et meuf RABBAT

Tout commence un soir de retrouvailles. Nous buvons du rosé pas assez cher dans un restaurant chinois avec deux amies et, ivres de nems et de sulfites, nous décidons de rentrer un brin cahin un brin caha pour entamer un deuxième round karaoké chez l’une d’entre nous. Dans la rue, ma pote qu’on appellera Linda car c’est vraiment son blaze, titube parce que c’est une petite nature, l’opération qui nous occupe consiste donc à ce qu’Anaïs (le nom du 3ème laron) et moi la soutenions pour qu’elle arrive jusqu’à notre point B sans dégobiller. Ce faisant, j’ai quand même l’oeil sur ce que Lutèce offre comme beaux garçons qui déambulent comme nous le soir tard car on ne sait jamais et je fais bien, car mon loustic se présente devant nous pour nous tenir à peu près ce bullshit : bonsoir (voix d’oiseau) excusez-moi de vous déranger (j’adore les gens polis) vous auriez du feu ? (tout ça pour ça) Oui lui dis-je, mais il faut que tu te serves dans ma poche car si je lâche ma pote elle va faire l’amour en mer avant de vomir par terre. Il sourit, d’un coup avec ma punchline pourlingue je me prends pour tous les mecs de Fauve en même temps et comme il a une tête rigolote (dans la pub Caprice des dieux il jouerait l’ange), je lui fais remarquer que son sac en tissu, typique de l’époque contemporaine mérovingienne du centre de l’Europe, me plaît beaucoup (c’est faux, mais j’ai trouvé que ça, son sac est moche, un peu mal imprimé et on y trouve des triangles entrelacés, same old story quoi). Et là, je vous le donne en mille, alors que Linda grommelle et qu’Anaïs voudrait bien rentrer chez elle, il me demande mon prénom, je lui demande le sien. Hadrien. Avec un H précise-t-il. Important pour la suite.

L’avantage à s’appeler Sophie Marie, c’est qu’on me retrouve facilement, si tant est qu’on me cherche un peu correctement. Arrivées à bon port, on n’a pas branché Sing Star depuis 20 secondes que j’ai une alerte Facebook. Hadrien A, c’est son pseudo, souhaite vous ajouter comme ami-e. J’accepte, il me poke (on avait encore le droit à l’époque), je lui envoie un Hey, il me répond coucou, je lui réponds c’est bien toi ? Oui je crois smiley. Mais t’es tout près en fait... Oui pourquoi tu veux que je passe re-smiley, je t’attends, pas de smiley. On fait un conseil express à 2 et demi (Linda est out of Africa). Anaïs me donne 5 capotes, Linda semble dire n’y va pas, mais je sens bien ce garçon, il a l’air neuf et sauvage, alors je claque la porte, je marche trois minutes, j’arrive en bas, je check mon rouge à lèvres avant de taper le code porte qui est toujours à peu près « B quelque chose 31 » 

Remuer de temps en temps

Je ne sais pas qui de lui ou moi est le plus gêné. Je crois quand même que c’est moi, mais comme je suis une fille j’ai appris à faire pour que ça ne se voit pas. On s’installe l’un en face de l’autre, il se touche les joues avec la paume des mains en s’excusant d’avoir trop chaud, je croise bras et jambes avec une sourire en m’excusant pas de prendre l’ascendant.

C’est toujours marrant une nouvelle cuisine. On n’a pas tous le même riz mais on a la même moutarde. Il est 1h du mat’, j’ai faim et je bois des bières en cannette dans un appartement supra minuscule, pendant qu’ Hadrien avec un H check le frigo. Sa mère est allemande et lui fait beaucoup de pots de confiture (aucun rapport). Et sinon, il peut me préparer du pop corn. Alors je vous le demande : quelle mignonceté prépare du pop corn au milieu de la nuit pour le plaisir alors que le deal on sait bien que c’est de me baiser tant qu’il peut ? Il remue son wok tout en me parlant de ses origines israéliennes et bretonnes, je me demande si je ne vais pas tomber amoureuse, mais pour l’instant je tombe de fatigue. Je lui fais la phase « je suis crevée je vais rentrer, et puis comme ça je te laisse te reposer + regard dans les yeux un peu trop longtemps » qui généralement est suivie de « tu peux dormir là ».

j’en place une pour toutes mes soeurs qui couchent dès le premier soir comme moi.

C’est prêt ! Bonne dégustation !

J’entre dans sa chambre, il doit être graphiste parce qu’il a ces gros livres qui font bien dans la bibliothèque. Il s’excuse à moitié pour le lit qui est à même le sol mais les draps sont des Calvin Klein et un bon drap est synonyme de bonne hygiène de vie. Je fais donc non de la tête, un non qui veut dire tout simplement cela ne m’empêchera aucunement de te baiser. Je crois qu’il a compris l’idée, puisqu’il s’excuse comme le font les gens incapables d’avoir des relations sexuelles sans être allés à la selle au préalable. Ca me laisse le temps de me désaper sans qu’il voie l’étape cul nul / t-shirt / chaussettes qui fait ressembler n’importe qui à un gamin qui part à la sieste.

Je me couche, il me rejoint, histoire de pas lui faire peur je lui ai emprunté un sweat et j’ai mis mes cheveux un peu en bataille comme une compil Smooth sunday morning, parce que Hadrien avec un H a vraiment pas l’air d’une star du X. [spoil] [spoil] [spoil] alors qu’on va voir ci-après qu’il aurait tout à fait sa place dans le game [spoil] [spoil] [spoil]

Comment amener un type à te proposer de t’enculer alors qu’il a déjà les joues roses de hardiesse en t’ouvrant la porte ? Eh bien c’est simple : en lui disant qu’on a froid. C’est facile rapide, malin et croquant, ça lui fait se dire qu’on est fragile qu’on a besoin de lui alors que pas du tout j’ai juste envie de sentir sa main si possible en entier chercher un truc dans mon frigo personnel.

Du coup, scène 1 acte 4 :

j’ai si froid, si froid ! Qu’il me prend dans ses bras. On fait semblant de dormir à peu près une seconde avant de s’embrasser. Au toucher, il est tout rond comme un Doo Wap, il prend le temps il caresse ma joue avec son pouce et ça tombe ça m’a toujours fait chavirman. C’est pas un mec en chien qui galoche comme s’il avait pas que ça à foutre. Bon, comme 84% des meufs j’ai un syndrome de l’abandon et donc je veux pas lui faire regretter son invit’ : je vais le sucer, il réagit comme un héraut en lançant des petits « oh » qui ressemblent plus à des « whauuh » maintenant que j’y repense. Moi même, je suis hyper surprise par cette verrine apéritive, on dirait qu’il est un Stylo Mont Blanc et ma bouche son étui. Alors qu’il m’attrape les épaules comme les mecs qui veulent pas te jouir dans les dents de sagesse, je me glisse contre lui telle une couette. Je sens des rugosités le long de ses bras, j’apprendrai plus tard par des amis concernés qu’on appelle ça de l’exzéma. Mais sur lui, ça fait chanmé, va savoir pourquoi. Sans ça, il aurait été beaucoup tellement propre que les meufs de M6 qui font le ménage véner chez toi se seraient reconverties en pédicures fantaisie à Belleville. A son tour, il s’en va tricoter son petit ouvrage avec la langue en bas et je jouis autant de fois qu’un coeur qui bat, de manière très régulière ahlala, le corps, quelle machine extraordinaire. Au bout du 7ème orgasme en moins de 12 minutes, je ne pense qu’à la teubeu d’HARDrien. Je lui soumets l’idée qu’on baise, qu’il accepte, non sans sortir d’un petit porte monnaie de type « tu dis rien à ton grand père », un préservatif très bien rangé qu’il enfile en le faisant claquer. (Seul bémol de la soirée : ça vaaaa). Nous commençons par faire l’amour (normal : sa mère qui lui fait des confitures), avant de passer à une baise monumentale à base de fessées et de strangulations bénignes, jusqu’à ce que le jour se lève et que nous, on se couche. Entre autres événements pendant l’ellipse de bâtarde que je viens de vous donner, mon type m’a mine de rien ramassé les cheveux en queue de cheval afin d’avoir cette fameuse prise en main qu’on connaît tout-e-s, serré les dents avant de s’approcher de mon oreille tout près tout près pour me dire « tu vas continuer à me sucer, et après je vais t’enculer ». Ce qui est quand même plus réjouissant que la perspective d’acheter le Télé Star de la semaine suivante, vous en conviendrez. Il m’a aussi glissé, mais j’ai pris ça pour de la flagornerie -les gens disent n’importe quoi sous adrénaline- que j’étais la meuf la plus bonne à laquelle il avait jamais eu accès tout en me caressant les seins mais gentiment, pas comme dans un porno où les mecs malaxent ALORS QUE NOUS NE SOMME PAS DES PÂTONS PUTAIN DE MERDE. Y doit y avoir un petit problème de confiance en soi chez ce garçon à cause de son exzéma sûrement, parce que sinon objectivement c’est la deuxième plus belle bite d’Europe que j’ai vue. Donc ok, là, fin de l’ellipse.

Deux heures plus tard, je me réveille dans une chambre chauffée à 135°c, et mon petit caprice des dieux dort si bien que je la joue gentleman cambrioleur, en mettant mes chaussures sur le palier. J’ai quand même envie de lui laisser un mot disant « wesh, une chambre ou un terrarium ?!! bisou », mais je sais pas s’il va comprendre car j’ai un humour à escaliers. Je suis rentrée chez moi en priant tous les saints pour rencontrer le même énergumène lors de ma prochaine sortie inopinée, mais je suis tombée sur un date Adopte un mec qui au bout de vingt minutes a voulu me vendre des fausses Ray ban aviator. On peut pas gagner à tous les coups.

Et il a jamais rappelé, cela dit moi non plus.


Illustration : Simon Bournel.

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Par SML



Le POV d'Ovidie : Les voies de la cagole sont impénétrables

Vendredi 17 février 2017

cagole-forever-documentaire_5800247Arrêtez tout, cessez ce parisianisme qui n'a que trop duré ! La cagole serait l'incarnation ultime de l'empowerment, c'est en tout cas que tend à démontrer Cagole Forever, le documentaire de Sébastien Haddouk. Questionnant le mépris de classe et la stigmatisation des femmes dites «légères», le film tente de réhabiliter cette figure incomprise. Un pari remporté en partie. 

Pour être tout à fait honnête, je ne me suis jamais franchement émue du sort des cagoles. Comme toute parisienne snobinarde, c'est non sans un soupçon de dédain que j'observe leur jupe en lycra, leurs prothèses ongulaires exagérément longues et leurs chaussures en plastique. Pourtant, ce film m'a donné l'occasion de m'interroger sur ce qui m'horripilait tant chez elles et, à la réflexion, je n'ai trouvé que de mauvaises raisons :

- «La cagole est trop vulgaire», au sens étymologique du terme. 
La gouaille, la fascination pour les signes extérieurs de richesse, le «mauvais goût»... Si nous prenons de haut les cagoles c'est avant-tout à cause de leur côté populo. Tellement vrai et Les Marseillais les ont exploitées jusqu'à la moelle et on fait retentir leur accent strident dans tous les postes de télévision de France et de Navarre. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles ne brillent pas spécialement par leur distinction. Mais raisonner ainsi, n'est-ce pas faire preuve d'un certain mépris de classe ? Indubitablement.

La sémiologue Ophélie Hetzel relève ici une opposition sociale classique entre le «bon goût» et le «mauvais goût», ce dernier étant nécessairement du côté du peuple. D'ailleurs, à l'origine, le «cagoulo» provençal désigne un tablier d'ouvrière, nous explique la linguiste Aurore Vincenti. La cagole est donc à l'origine une ouvrière et, a fortiori, une ouvrière qui se prostitue. Elle est la femme qui «cague», la femme impure. Ce qui m'amène au point suivant.

- «La cagole a mauvais genre». 
Des talons trop hauts, des décolletés trop plongeants, des jupes trop courtes... Mais dites-donc, ne serait-ce pas là un bon vieux slut-shaming des familles ? Quand Marie interroge des passants marseillais pour leur demander ce qu'est une cagole, un monsieur âgé lui répond sans hésiter qu'il s'agit d'une «fille un peu légère», d'une fille facile, d'une salope quoi. Et c'est peut-être là que réside ce dégoût de la cagole : une présupposée sexualité débordante, aussi débordante que son rouge-à-lèvre ou que ses seins dans son push-up.

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- «La cagole est trop tape-à-l'œil».
Trop blonde, trop pailletée ou trop maquillée, elle veut se démarquer. Soit. Et ? En regardant Magalie, 50 ans, danser seule au milieu de la foule moulée dans sa robe rouge et perchées sur des talons de 15 centimètres, je me dis qu'au fond elle fait preuve d'un grand courage. J'imagine le flot de réflexions qu'elle encaisse au quotidien, entre les crevards de la rue à l'affut du moindre bout de cuisse, les gens qui estiment qu'à son âge elle pourrait avoir la décence de rentrer chez elle coller son patch aux œstrogènes avant d'aller au lit plutôt que de trainer dans des concerts, et les snobinardes parisiennes de mon espèce qui la regardent de haut. Je réalise que la vrai punk, c'est elle, cette femme qui s'en bat les ovaires de toutes ces considérations sociales.

Mais la meilleure raison d'arrêter de s'en prendre aux cagoles est sans doute la sororité, ce principe qui se perd un peu trop souvent dès que plus de deux filles se retrouvent au même endroit. Certains verront en la cagole une «idiote utile du patriarcat» qui ne fait que se conformer de façon exacerbée aux normes de féminité en se préoccupant en priorité du «paraître» plutôt que du «faire» ou même que de l' «être». Sauf que, cette accusation d' «idiotie utile du patriarcat» est déjà utilisée ad nauseam contre toute femme dont les choix nous dérangent : femmes au foyer, femmes voilées, femmes travailleuses du sexe, pour ne citer qu'elles. Or, on ne le rappellera jamais assez, le féminisme est censé défendre TOUTES les femmes.

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Mon seul doute après avoir regardé ce film ? Ce discours analytique voire revendicatif n'est à aucun moment prononcé par les cagoles elles-mêmes. Comme le fait remarquer Alice Pfeiffer, la cagole n'est pas volontairement féministe, ce n'est que par la force des choses qu'elle se retrouve malgré elle dans une démarche revendicatrice. Aurore Vincenti parle d' «empowerment», Pape J (Massilia Sound System) évoque une possible revanche face une éducation misogyne, mais finalement il s'agit d'un discours SUR la cagole et non émanant DE la cagole. Aucune des femmes filmées n'inscrit sa démarche dans un quelconque mouvement, à l'exception peut-être des supportrices MTP (Marseillaises Trop Puissantes) qui sont les seules à prononcer le mot «féminisme».

Malgré toute cette intéressante réflexion autour du mépris de classe et du sexisme, la cagole demeure à sa place, c'est-à-dire celle de l'apparence et non du verbe. Une situation qui pose problème car, jusqu'à preuve du contraire, la cagole n'est pas déficiente, elle est pleinement en capacité de produire quelque chose de l'ordre de la pensée si elle le souhaite. Et si elle ne revendique rien, c'est peut-être bien parce qu'elle ne souhaite rien revendiquer. Derrière sa «cagolie» (son «cagolisme» ? Sa «cagolité» ?), on ne trouve nulle trace de discours politique ni même aucune revendication de liberté de disposer de son corps. Si nous évoquions le slut-shaming quelques lignes plus haut, la cagole, elle, ne prêche pas spécialement le droit de gérer sa sexualité comme elle l'entend. Au contraire, elle se «défend» d'être une fille facile, elle n'est pas «celle que l'on croit». Aussi, on peut se demander jusqu'à quel point coller un discours politique sur des femmes qui ne se reconnaissent pas dans ces revendications ne relève pas déjà d'une forme d'infantilisation et, in fine, de ce fameux mépris de classe que l'on voulait justement éviter. Preuve que la cagole n'est pas si facile que cela à percer au grand jour et que ses voies demeurent impénétrables. 

++ Cagole Forever, réalisé par Sébastien Haddouk, produit par Lalala Productions, diffusé depuis le 15 février sur Canal+.

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Par Ovidie

Cinquante nuances de Grey (résumé par Jean-Luc Mélenchon)

Mercredi 15 février 2017

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Comme la mode semble être à l’érotisme de pacotille, je crois utile d’évoquer un ouvrage sur lequel certains de mes camarades ont récemment attiré mon attention : Cinquante nuances de Grey. Avides de formules toutes faites, les Panurge des médias répètent en choeur qu’il s’agirait de «mommy porn». Une expression anglaise crétine qui sous-entend qu’il existerait un public de mères au foyer oisives avides de rêves humides tout prémâchés. Sûrement pas ma mère en tous cas ! Après sa durée journée de travail d’institutrice, il fallait encore qu’elle s’occupât de nous, ses petits, ce qui ne lui laissait que trop peu de temps pour s’imaginer des voluptés ou fourrager avec mon père, receveur des P et T.

Mais alors, de quoi s’agit-il dans ce best-seller nord-américain ? Voici résumé en peu de mot ce que je crois comprendre de son intrigue abracadabrantesque : une bonne fille timide, Anastasia Steele, doit interviewer l’homme d'affaires nord-américain Christian Grey, un banquier qui joue les importants et incarne les pires dérives du capitalisme financier de notre temps. Anastasia n’y va pas pas de gaîté de coeur mais ellle remplace son amie Kate qui ne peut y aller elle-même. Voyez ce que ces deux jeunes étudiantes sont acculées à faire : travailler pour financer leurs études, la faute à une dette étudiante dont personne ne parle jamais, imposée par trente ans d’orthodoxie libérale.

Mais avançons. Au contact de ce Monsieur Grey et de ses belles manières, Anastasia est bientôt victime de son habitus de classe... La malheureuse en vient à être séduite par cet homme veule qui ne cherche au fond rien d’autre qu’à l’exploiter par ses propositions iniques et phallocrates. «Je suis un dominant» clame-t-il à tout bout de champ en agitant sa flamberge !

Comprenez moi bien : chacun est libre de disposer de son corps pour autant qu’il n’abuse ni ne violente autrui. Deux siècles de combat pour les droits des femmes ont permis aujourd’hui qu’Ana et Kate puissent disposer de leur corps comme bon leur chante. Mais enfin : après avoir arboré un drapeau noir à la Commune de Paris, Louise Michel ne fut tout de même pas déportée en Nouvelle-Calédonie à la seule et unique fin que Madame Steele puisse se faire fouetter les nichons au martinet !

Quant aux dialogues, ils sont tous de la même eau :

«Pourquoi n'aimes-tu pas qu'on te touche ?
- Parce que je suis fait de cinquante nuances de salauds, Anastasia.»

Voyez comme les belles personnes parlent au peuple ! Il leur faut jouir sans entrave, et quand l’argent ne leur suffit plus, il leur faut pouvoir aussi disposer des corps des individus. Pendant l’intégralité du texte, ce sera tout pareil.

Mais le record d’infâmie est battu lorsque ce margoulin de Grey intime à la malheureuse de signer un contrat léonin et réactionnaire l’obligeant à toutes sortes de corvées extravagantes. Ici comme ailleurs, Marx avait raison ! Au mépris de toute conscience de classe, Ana croit en toute bonne foi obéir à ses désirs, alors qu’elle ne fait rien d’autre en vérité que se soumettre aux fantasmes de domination des puissants ! C’est eux qui devraient passer sous le joug des cravaches, bâillon-boules, et autres speculums médiévaux dont Monsieur Grey harasse la jeune fille. Cependant, Ana, je te conjure de me croire : je ne te juge ni t’accable. Écoute simplement Robespierre : «la vertu produit le bonheur comme le soleil la lumière», et consens donc, au moins un jour sur deux, à remettre un peu ta culotte !

L’essentiel, au fond, est ailleurs : derrière les balivernes petit-bourgeoises se cache le symptôme hideux du pourrissement culturel de notre temps ! Car l’impérialisme culturel nord-américain a depuis longtemps, on le sait, formulé le rêve d’une mondialisation du goût bien propice à faire grimper ses taux de profit. J’adjure que l’on réfléchisse collectivement aux ravages d’une littérature qui ne se lit que d’une main, l’autre menotée aux intérêts des puissances d’argent glorifiées à chaque page. Voilà le fond de l’affaire : Un banquier reste un banquier, quelle que soit son expertise dans le maniement des pinces à seins ou l’insertion des boules de pétanque !

Cependant, qu’on se s’imagine une seconde pas que ma dénonciation du succès de ce méchant livre s’enracine dans un mépris de la littérature dite «de gare». Mes mais vous le savez : je refuse en ce qui me concerne de hiérarchiser les genres d’expression et de création. J’ai lu Tintin, Pif le chien, et même S.A.S - Que Viva Guevara, et je revendique sans honte le rôle que cela a joué dans mon éducation.

C’est pourquoi j’achève en vous demandant d’écouter ceci : quand j’ai lu ce livre, il est possible que j’eusse une érection.

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Par Josselin Bordat