m83

Depuis vendredi dernier, une partie de la rédaction de Brain Magazine a les yeux fermés et danse en rond, bras écartés, sur le dernier album de M83. On a voulu en savoir plus sur Anthony Gonzalez, tête pensante du groupe - quoi de mieux pour cela que d'aller parler à Marie-Christine, sa maman ? Trois questions à la femme formidable qui a mis au monde non pas un, mais deux brillants garçons, puisque Yann, le frère d'Anthony, est réalisateur (notamment des Rencontres d'après minuit, sorti en 2013, et dont Anthony a composé la B.O.).

En matière de musique, quels sont vos artistes préférés ? La musique que fait Anthony en est-elle très éloignée ? Avez-vous eu (ou avez-vous encore parfois) des difficultés à comprendre et à apprécier son univers musical ?
Marie-Christine Gonzalez Robuschi :
Je suis une grande fan de Charles Aznavour, je pense connaître les paroles de la plupart de ses chansons. J'ai toujours sa voix dans mon Ipod et elle fait résonner en moi des moments de bonheur.
Les enfants petits, nous écoutions beaucoup de variété française, les incontournables Barbara, Brel et aussi Michel Berger et France Gall, Michel Polnareff, Christophe, Gainsbourg et...Michel Delpech. Anthony était à Antibes lorsque nous avons appris sa mort, il s'est mis au piano et, tous les deux, nous avons chanté Chez Laurette, ce fut un moment intense !
Lorsque Yann a commencé à étudier le piano au conservatoire, il en a fait 10 ans, j'écoutais beaucoup de musique classique et les compositeurs Francois de Roubaix, Michel Legrand, Francis Lai. Cela m'amuse car c'est Anthony le musicien aujourd'hui, lui qui, à 9 ans, se cachait toujours lorsqu'arrivait mon amie professeur de piano pour lui donner son cours. Nous perdions déjà 10 minutes à le trouver et à le tirer de force jusqu'au clavier. Ensuite, il bougeait ses mains dans tous les sens et disait : "Je chauffe mes doigts !" Bref, notre patience à toutes les deux ayant des limites, au bout de 3 mois, nous avons arrêté les frais. je crois qu'il le regrette un peu aujourd'hui.
Je dois à mes fils de m'avoir fait découvrir Jay-Jay Johanson et Bon Iver que j'écoute en boucle.
Si je fais le bilan, je me dis qu'à ce jour, ils m'ont plus apporté en culture musicale et cinématographique que ce que j'ai pu leur donner enfants et adolescents. Aussi, j'ai été heureuse de lire dans une récente interview d'Anthony, qu'il reconnaissait à présent que nous n'avions pas si mauvais goût. Une exception cependant, Julio Iglesias, que nous écoutions immanquablement pendant nos trajets en voiture jusqu'en Espagne, ils m'en parlent encore ! Heureusement l'apparition des walkmans a évité une tragédie de départ en vacances !
Je reçois certains titres de Junk comme un petit hommage à ce que nous écoutions, son père et moi.
Pour répondre à votre question, peut-être que l'album que j'ai mis plus de temps à comprendre est Dead cities, red seas and lost ghosts. Mon album préféré était jusqu'à ce jour le très beau Before the dawn heals us et j'ai toujours un pincement au cœur en écoutant le premier M83 mais maintenant Junk est là, qui me fait danser et pleurer. Il y a, dans cet album, toute une palette d'émotions qui me touchent profondément. Cet album est magique, j'adore !

Avez-vous toujours soutenu vos fils dans tous leurs choix ? Y a-t-il eu des moments où vous vous êtes inquiétée pour eux, voire même où vous avez désapprouvé ce qu’ils faisaient ?
Marie-Christine :
Notre soutien était indéfectible, il l'est toujours d'ailleurs et cela ne nous a posé aucun problème; leur vocation, ils l'ont eue tellement tôt !
Yann était, dès son plus jeune âge, passionné de cinéma. Il avait d'ailleurs choisi de passer un bac littéraire option cinéma et il passait son temps libre à visionner des cassettes VHS dont de nombreuses de films d'horreur. J'ai d'ailleurs appris, il n'y a pas si longtemps, qu'il en montrait en notre absence à son frère qui était plus petit et faisait des cauchemars ! C'était décidé, il "ferait des films".
Il est vrai qu'Anthony, motivé par un grand-père international de football et un père jouant au Football Club d'Antibes, a choisi tout petit ce sport et aurait pu suivre cette voie. Il avait d'ailleurs été remarqué à l'époque par Guy Roux, c'était un sacré buteur!
Vers 13, 14 ans il s'est blessé et nous lui avons acheté une guitare, vous connaissez la suite...
Et même si nous étions inquiets (sans jamais rien laisser paraître) de leurs choix réciproques dans des domaines artistiques si difficiles, semés d'embûches et aléatoires, leur passion et leur désir étaient si puissants qu'ils nous communiquaient leur confiance et, à chacun, on a toujours dit "Fonce"
Je suis leur première Fan avec un grand F comme Fière aussi...

Y a-t-il une anecdote d’enfance sur Anthony ou Yann que vous racontez immanquablement à tous les repas de famille ?
Marie-Christine :
Il y en a plusieurs qui me reviennent en mémoire :
- Yann avait 8 ans et connaissait par cœur le Top 50 de Marc Toesca. Il nous le récitait chaque semaine du N°1 au N°50 et inversement du N°50 au N°1. Il suffisait de lui demander : qui est 23ème cette semaine? Il répondait dans la seconde ! C'était très drôle !
- Anthony avait 3 ans et m'a fait la plus grande peur de ma vie : sa grand-mère avait cousu pour lui un costume de Superman et il le portait du matin au soir. Une petite minute d'inattention a suffi un jour pour que je l'aperçoive, debout sur la table collée à la rambarde du balcon, le corps complètement au-dessus du vide (nous étions au 3ème étage) Je me suis avancée sans bruit, tremblant de tous mes membres et je l'ai entouré de mes bras. J'ai appelé son père qui travaillait pour lui raconter mon moment d'horreur absolue et (c'est quelqu'un qui a beaucoup d'humour) il m'a répondu : "Pourquoi tu t'es inquiétée ? Il avait sa cape, non ?"
- Anthony adolescent répétait tous les mercredis et jeudis après-midi avec ses copains dans notre garage et le voisin, un italien acariâtre et agressif, nous appelait sans arrêt pour nous demander de faire cesser cette "musica di merda" !
- Un de ses oncles, professeur, qui l'aidait à travailler son bac, le sommait de lâcher sa guitare, qui ne le mènerait à rien, pour se concentrer sur ses révisions (je sais, ça fait un peu pub de Guy Degrenne !) Il en rit maintenant.

Et enfin celle-ci (à laquelle je tiens car elle les implique tous les deux) :
- Yann demande à son frère de composer la musique de son premier magnifique court-métrage By the kiss. Yann descend donc au garage écouter la composition d'Anthony et il remonte, faisant la tête. Je l'interroge, anxieuse : "Ça ne te plaît pas ?" — "Non, c'est nul !", me répond-il, puis, les larmes au yeux : "Mais maman, c'est MON frère et c'est juste sublime !" Ce fut un moment très émouvant pour moi et je ne  peux voir ce film sans être bouleversée...

Pour finir, j'aimerais adresser un petit clin d'œil à mes fils qui vont me lire :
Bon, mes Chéris, vous m'avez dit de me "lâcher" un peu dans cette interview et je sais que vous aimeriez beaucoup que je rompe ma solitude après le douloureux divorce d'avec votre père que j'ai vécu il y a quelques années. Alors voilà, je me lance :
Maman plutôt cool, passionnée de lecture, musique et cinéma (bien sûr), adorant voyager, bla bla bla bla bla bla...
Merci Brain de jouer les messagers pour moi ;)
LOVE

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