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Nos copains de Rockyrama, aka le fanzine le plus cool de l'univers, passent à la réalisation avec le documentaire Mad Max, Univers Brûlant qui sera diffusé ce mois-ci sur Canal. Mad Max est à l'Australie ce que Céline Dion est au Canada : son plus gros succès. Lorsque ce film de George Miller est sorti en 1979, il a inventé deux chose fondamentales : le genre "post-apocalyptique" et Mel Gibson. Comme seul Star Wars a su le faire, George Miller a créé avec la saga Mad Max un univers total qui, on l'a vu l'année dernière avec la sortie de Fury Road, continue de fasciner. A défaut d'avoir interviewé les prestigieux intervenants de ce documentaire (
George Miller, Noam Chomsky, Guillermo Del Toro ou Hideo Kojima), nous avons posé quelques questions à Jac & Johan (à ne pas confondre avec Joy & Joan), les deux réalisateurs.

Mad Max sort en 1979, inventant le genre post-apocalyptique à l'écran : dans quoi a puisé George Miller pour écrire et réaliser un tel film ?
Johan : Dans ses propres craintes, principalement. On peut voir aussi les restes du métier qu’il exerçait à ce moment-là : urgentiste. Le premier Mad Max est un film sur le trauma, le post-trauma comme on l’appelle aujourd’hui. Le terme n’était pas encore utilisé à l’époque. C’est donc essentiellement en lui que Miller est allé puiser l’inspiration. Lui, et une certaine faculté à observer le monde qui l’entoure.

Pensez-vous que des dessins animés comme Akira, Ken le Survivant ou Ghost in the Shell sont des films qui se sont inspirés de Mad Max ? Et dans cette lignée de films post-apocalypse, y en a-t-il qui ont surpassé Mad Max ?
Johan : Akira est une oeuvre totale de Otomo, des restes de Mad Max sont à l’écran, et pour Ken, c’est l’évidence-même. Les créateurs s’en sont toujours réclamés. Mad Max a engendré une horde de films post-apo', surtout en Italie, dans des productions fauchées destinées aux vidéoclubs dans les années 80. Mais dans le genre sérieux, on ne voit que Le fils de l’homme, d’Alfonso Cuarón, comme digne représentant de la saga de George Miller.
Jac : Ouais, Akira est un chef-d’oeuvre indétrônable et il est clair qu’une grande partie des artistes mangaka étaient déjà préoccupés par l’Apocalypse. Hiroshima et Nagasaki ont laissé une trace indélébile dans la culture japonaise. Godzilla incarnait déjà l'une des représentations de ces craintes. Mais je pense que Mad Max a changé la donne et a offert à nombre d’artistes un nouveau territoire à explorer et un nouveau style sur lequel projeter toute cette peur et cette rancoeur envers le nucléaire.

En faisant ce documentaire, qu'avez-vous appris sur Mad Max que vous ne saviez pas  ?
Jac : Nous étions persuadés d’en connaître déjà un rayon sur l’oeuvre de Miller et sur les thématiques fortes que véhicule son travail. Au fil du temps, les convergences entre les films et entre les personnages sont devenues de plus plus claires et de plus en plus saisissantes. Mais à force de plancher sur la timeline et au fil de nos interviews avec des gens formidables et passionnants, l’espoir semble être l'une des grandes forces de cette saga. Avancer et croire que tout est encore possible. Une leçon que nous devons forcément essayer d’appliquer.
Johan : Jac a tout dit, mais le fait de découvrir des correspondances flagrantes entre les films, et ce même après plusieurs semaines de montage, en dit long sur la richesse de la saga.

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Votre Mad Max préféré, et pourquoi ?

Johan : Jusqu’au 4, c’était le 2ème. Un tournant dans l’histoire du cinéma. Et puis l’année dernière, Fury Road est arrivé pour rebattre les cartes de la mise en scène, et de l’idée même de storytelling. C’est simple : il n’y a pas d’exemple récent d’un tel éloge d’un film de la part d’autres grands réalisateurs. Edgar Wright y est même allé de son tweet définitif : «Et maintenant, on fait quoi ?». Ce film va impacter pour très longtemps la pop-culture et de nombreux réalisateurs vont essayer de reproduire cette puissance à l’écran. Et comme d’habitude, personne n’y arrivera. Parce que ce film, ils sont très peu à pouvoir le réaliser : McTiernan, Cameron, Spielberg, qui d’autre ? Robert Zemeckis et Brad Bird, peut-être. Et pour nous, au-delà de la claque visuelle et sonore, c’est bien ce que raconte le film qui nous a pris à la gorge et à l'estomac. Le documentaire vient de là.

Vous pensez que Miller, tout comme Noam Chomsky et Guillermo del Toro d'ailleurs, croit que l'avenir de l'humanité sera celle, décadente et apocalyptique, qui est dépeinte dans Mad Max ?
Johan : Miller est un optimiste qui ne cesse, Mad Max après Mad Max, de tirer la sirène d’alarme. Alors oui, il y a la possibilité d’espoir. Mais nous n’en prenons pas le chemin ni d’après eux, ni d’après nous.
Jac : Comme le dit Johan, Miller est un optimiste. Pour Del Toro et Chomsky, je pense que le tableau est beaucoup plus sombre et que nous n’avons jusqu’alors pas réellement tiré les conclusions qui s’imposent en matière environnementale. Et la situation géopolitique mondiale ne s’en sort pas vraiment mieux. Certes, depuis le Moyen-Âge, si l’on se base sur une grande échelle, l’homme est moins barbare, plus «civilisé», mais si l’on regarde le monde aujourd’hui, c’est surtout la guerre et la pauvreté du plus grand nombre qui saute aux yeux. Pour paraphraser Chomsky, «nous marchons au bord d’un précipice…».

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Vous avez des révélations à nous faire sur le prochain Mad Max ?
Johan :
Personne ne sait rien à ce sujet. On n’est même pas sûrs que George Miller lui-même le sache d’ailleurs. Aujourd’hui, Miller est dans une telle position au sein du studio Warner qu’il peut faire ce qu’il veut. Il prend son temps et c’est très bien comme ça. À l'heure où un studio comme Marvel nous annonce 50 films par an, quelqu’un qui met le pied sur le frein et qui réfléchit réellement sur son futur film ne peut qu’être salvateur, et bénéfique pour le public. Ils sont seulement 3 à être dans cette position dans cette major : Eastwood, Nolan, et lui. Seulement eux.

Question bonus: si deviez avoir à charge un petit enfant "spécial", vous préfériez avoir celui de Mad Max ou le petit  joueur de banjo de Deliverance ?
Jac & Johan : Certainement pas un redneck, rouquin de surcroît, qui nous forcerait à grogner comme des porcs au fond d’un bois ! AHAHAHA ! 

9480a1af-3ae9-46ca-851d-40130f8bf2f6Le petit enfant de Mad Max

6969d804-844a-4c10-af9e-edcc4addbaf2Le petit joueur de banjo de Deliverance

++ Mad Max, Univers Brûlant, documentaire de Jac & Johan, sera diffusé mardi 10 et mercredi 11 mai 2016 à 22h20, puis samedi 14 mai à 20h.