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Sa gueule dans une église
Cinq ans plus tard, au moment de la parution de son premier album officiel – Agartha -, Vald s’y est délibérément mis en scène, à l’intérieur de cette église dans laquelle il fantasmait hier son faciès, formulant, certainement, une certaine forme d’aboutissement. Pas en aquarelle finalement, mais en vitrail, grâce à la patte experte de l’artiste Wild Sketch (et de Libitum à la «souris»), déjà collaborateurs sur le visuel de NQNTMQMQMB.

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Vald x Wild Sketch – NQNTMQMQMB

Comme un saint mis en lumière sur les murs en pierre d’une cathédrale («Saint Sullyvan» peut-être…), avec les symboles régaliens traditionnels qui l’entourent (la fleur de lys, la couronne…), Vald se tient de plain-pied, les yeux mi-clos et le regard assuré, à l’intérieur de ce vitrail dont il semble quasiment en train de s’extraire, si l’on considère la position, en bas du visuel, de son pied droit. Juste au-dessus du titre de l’album, inscrit en lettres capitales, l’œil jaune d’un reptile (crocodile ou iguane, peu importe) encadré par un triangle doré, comme pour certifier cette thèse souvent formulée chez lui (Barème, NQNT 2), avec un second degré franchement drôle, celle d’un complot savamment orchestrée par ces reptiles qui finiront bien un jour par pouvoir dominer le monde (et qui l’ont parfois déjà : «Mimi Mathy : reptile très petit / BHL : reptile très hostile / Reptile très toxicomane aussi / Y’a même Laure Manaudou qu’a des écailles»).

Gloubi-boulga de couleurs
Vald, le flow aussi rapide au téléphone que le micro en main : «j’avais envie de faire une pochette un peu spirituelle, un peu mystique. C’était clairement des mots-clés. Ça n’a aucun rapport avec la religion, je voulais plus que ça donne un gloubi-boulga mystique, plein de couleurs, pour renforcer le côté joyeux. Bon de base je ne voulais pas être représenté de plain-pied, mais c’est bien comme ça finalement. Et puis ça donne l’impression que je vais sauver le monde en Puma, c’est marrant».

Derrière cette autocélébration exacerbée, qui se moque par ricochet de l’iconographie de ce hip-hop un peu trop centrée sur lui-même, Vald formule aussi le rapport complexe des générations avec leur propre image, une image que l’on construit désormais bien souvent via ce que l’on affiche sur Facebook, sur Instagram, sur Twitter, et sur ces journaux intimes virtuels sur lesquels il convient d’afficher, surtout, ce qui construit de la manière la plus flatteuse possible notre image publique. Des réseaux sociaux sur lequel le rappeur est d’ailleurs omniprésent, lui qui va, en concert, jusqu’à inviter les gens à le suivre, en rappelant la nomination précise de ses comptes. Être suivi, pour pouvoir exister.

« On devient progressivement les divinités de nos propres communautés. Sur les réseaux sociaux, les gens qui me suivent aiment me surnommer le prophète. Ils me disent : montre-nous la voie Vald, sauve-nous. C’est aussi un clin d’œil à ça ma pochette. C’est comme si je régnais sur mon propre royaume – Agartha – comme si j’en étais l’ouvreur, le vigile ! C’est pour ça aussi que j’ai les pieds posés sur un globe. C’est mon monde à moi. »

Le son
Absurde et malin, moderne et contestataire (à sa manière), branché et beauf, adorable et détestable, Vald parle à tous, mais ne plaît certainement pas à tout le monde. Certains mettront en avant son sexisme et sa vulgarité gratuite, d’autres son humour à toute épreuve et la satire sociale éclairée que représente cette Agartha, premier album qui impose, quoi qu’on en pense, la marque incontestable d’un rappeur de son temps. Qu’on lui dise bonjour ou au revoir, on ne pourra en tout cas, pas passer à côté.

++ Vous pouvez retrouver Vald sur FacebookTwitter et Instagram. Wild Sketch est sur Facebook.
++ Son premier album Agartha est disponible ici.