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Les trois grands péchés du journaliste musical sont : promettre un papier sur un concert juste pour obtenir une place gratuite (malhonnête!), aller au concert en compagnie d’amis (peu consciencieux!), se bourrer la gueule avant le concert (lamentable!). Vendredi 21 avril, j’ai commis simultanément ces trois péchés capitaux lors de la première soirée du festival MOFO à Saint Ouen.

C’est en compagnie d’un éminent confrère que je me rends aux Mains d’Oeuvres, «Lieu pour l’imagination artistique et citoyenne» localisé derrière les puces de Saint Ouen. Une atmosphère de colonie de vacances règne dans le vaste hall qui nous accueille, faite de stands de t-shirts sérigraphiés et de snacks dispensés par un «snackosaure». L’événement Facebook annonçant la présence d’un MOFOsaure, je m’attends à tout instant à voir surgir un intermittent en costume de vélociraptor, apparition qui à mon grand dam n’aura jamais lieu. Pour me consoler de cette déconvenue, je siffle un verre de punch et une pinte servis avec le sourire par un gnôlosaure primesautier, suite à quoi, en état d’ébriété puisque j’ai refusé de céder aux sirènes du snackosaure pour me tapisser l’estomac, je m’en vais explorer les lieux. Il y a donc là une Caverne où les festochosaures amateurs de transmédialité sont happés par un détecteur de mouvement et voient des silhouettes-tronc façon caméra thermique s’agiter sur les murs au rythme de leurs pas de danse timides (ils ne sont pas encore bourrés, eux), et, à l’extérieur, un jardinet des plus accueillants où s’ébrouent fumeuses de roulées et trentenaires mal rasés (parce que c’est un festival rock). Après une longue et captivante discussion sur les races de chien, nous nous souvenons que la raison de notre venue est musicale et allons nous planter devant Robbing Millions ; les personnes sur scène ont l’air heureuses et l’une d’entre elles porte une marinière, deux raisons suffisantes pour que nous tournions les talons au bout d’une demie-chanson pour aller écouter Halo Maud sur la scène d’à côté. C’est beau, énergique, inspiré et parfois remarquablement composé ; mon éminent confrère estime que «c’est à ça que ressemblerait un groupe de rock indé si Cédric Klapisch faisait un film sur un groupe de rock indé», un point sur lequel je ne peux pas lui donner tort.

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Comme j'ai oublié de prendre des photos, c'est ce bébé tamanoir qui fera office d'aérateur de texte

Une pinte plus tard, il est enfin l’heure de Marietta. C’est très bien, Marietta, vraiment très bien, mais j’ai malheureusement déjà bu deux pintes de trop pour être en mesure d’étayer mon jugement par un argumentaire sérieux, ce qui est dommage, parce que j’aimerais vraiment vous convaincre de ce que j’avance. Mais je peux vous dire que j’ai dansé, preuve que le concert était bon, je crois. À titre d’exemple, pendant le concert suivant, Grand Blanc, j’ai dansé encore plus et même sautillé à un moment, ce qui veut dire que ce concert était encore mieux que le précédent (ou alors que les beats étaient plus forts, mais en vérité, quelle importance cela peut-il bien avoir à une heure si avancée?). La foule semble d’accord avec moi puisque des pogos ont lieu devant la scène, mais des pogos gentils, parce que c’est un festival rock mais que les trentenaires mal rasés que nous sommes ont été assez longtemps à l’école pour apprendre que leur liberté s’arrêtait là où commençait celle des autres. Dix minutes après l’issue du concert, des vigilosaures nous invitent de façon un peu insistante à évacuer les lieux. Pour être bien sûre d’avoir les souvenirs les plus diffus possibles, je me laisse entraîner à une dernière bière en compagnie de mon éminent confrère, à qui je finis par rouler des pelles afin de ne pas déroger à la dynamique YOLO qui a régi cette soirée. C’est un petit pas pour le journalisme musical mais un grand pas pour l’amour.

Vous pouvez soutenir les Mains d’Oeuvre par ici, car c’est un bien bel endroit.