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C'était les années 60, le monde allait bien, la foi en la chimie était inébranlable, à chaque névrose correspondait une pilule, et la pub promettait une ligne de pin-up pour seulement 2,98$. C'est dans ce marché de rêve qu'apparut Ayds, un bonbon coupe-faim à la phénylpropanolamine décliné dans les délicieuses saveurs chocolat, chocolat-menthe, caramel et beurre de cacahuète. Le PDG de Dow Chemicals, la marque qui produisait ce bonbon véritablement miraculeux, était pote avec le gratin de Hollywood — on vit donc Bob et Dolores Hope, Tyrone Power, Joan Caulfield ou encore Donna Atwood faire joyeusement la promotion d'Ayds. Et David Bowie, qui, avant d'être David Bowie, concevait des visuels pour une agence de pub, contribua à une campagne pour Ayds. Manque de bol, au début des années 80, alors que les ventes se portaient à merveille, le Sida vint jouer le trouble-fête dans cette belle histoire. Le nom anglais du virus étant Aids et se prononçant exactement de la même manière que la marque, les pubs devenaient soudain embarrassantes — imaginez un peu une friandise qui s'appellerait Syda : "Je recommande Syda à quiconque voudrait perdre du poids! — Hervé Guibert, écrivain". Compliqué. La marque, qui était là avant le virus, s'obstina à vouloir conserver son nom, puis, devant la chute vertigineuse des ventes, changea d'avis pour se rebaptiser Diet Ayds. Bizarrement, les choses ne s'améliorèrent pas et la production d'Ayds fut arrêtée peu de temps après, tandis que le Sida, lui, allait continuer de se porter comme un charme.

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