David, il est question de toi aujourd’hui. Alors qui es-tu ? 
David Lovering : David Lovering, je tente d’être le batteur. Je pense que je ne suis pas le meilleur des batteurs mais je suis en totale harmonie avec le groupe.


Mais toi sans les Pixies ?
Hum gosh, mon qualificatif serait “un scientifique” parce que quand j’étais gosse, je m’intéressais beaucoup à l’électronique, je suis d'ailleurs devenu ingénieur en électronique. Je passais mon temps à bricoler des radios, des télévisions, je me suis consacré à cette passion, je suis sorti diplômé de l’université, puis j’ai rejoint le groupe, jonglant entre électronique et musique. J’ai dû prendre une décision.

C’était trop ?

Avec les Pixies, on venait de décrocher un contrat pour un album. Je faisais de la batterie depuis mon plus jeune âge, j’avais deux amours, la batterie et l’électronique. Que faire ? Évidemment être musicien, partir en tournée, ça me paraissait plus (ses yeux s’illuminent) “waouh, j’adorerais faire ça”, alors j’ai choisi les Pixies. Mes parents n’ont pas apprécié.

Pourquoi ?
Ca paraissait trop rock’n’roll. L’électronique, ça, c’est un vrai job. Ils étaient plus dans le “Oh, tu ne sais pas ce qui t’attend”. Je suis très chanceux avec les Pixies.

Parce que, à l’époque, les gens qui choisissaient la musique ne réussissaient pas ?
Aujourd’hui encore, de nombreux musiciens galèrent, c’est très dur de gagner sa vie. Mes parents n’étaient pas contents, ils voulaient que je devienne docteur. Ils cherchaient tout simplement une bonne profession pour leur fils. Tout ça m’a porté ici, mais je demeure scientifique dans l’âme, dans tout ce que je fais. Je suis un grand détecteur de métaux, tu vois ?

Oh ?
La chasse au trésor, c’est toute ma vie.
DLovering_0053_ by Travis Shinn_lo
Où ?
Là où j’ai grandi, sur la côte Est des États-Unis. C’est ancien, pas autant qu’ici mais juste assez.

Où les trouves-tu ?
Je recherche les endroits où les gens ont vécu, joué, mais aussi dans des étangs ou des lacs. J’ai même des détecteurs waterproof pour faire de la chasse au trésor sous-marine. Je trouve beaucoup d’objets où j’ai grandi, c’est la partie la plus ancienne des États-Unis. 

Des objets très anciens qui datent de quelle époque ?
Fin du XVIIème-XVIIIème siècle, 1600-1700. J’ai déménagé sur la côte Ouest, en Californie ; il n’y a rien de vieux ici. C’est là que j’ai découvert la recherche sous l’océan, parce que beaucoup de gens perdent leurs bijoux dans l’eau. Du coup, j’ai des paquets de bagues en or, des diamants…
Pixies - band shot by Travis Shinn_lo
Tu as déjà trouvé des choses bizarres ?
Je trouve beaucoup de Rolex ! Il n’y a pas grand chose d’étrange, à une exception près : sur les plages californiennes, il y a une poubelle tous les 50 mètres, et pourtant, les gens sont si paresseux qu'ils ne vont pas se lever pour jeter mais simplement enterrer dans le sable. Ainsi, quand je passe avec le détecteur de métaux, je trouve des tas de choses : des couches aux canettes vides, voire pire. (Silence qui en dit long, ndlr) Tu peux me croire, ça fait 25 ans que je chasse sur les plages de Californie, presque tous les jours. Je trouve de tout, des clous, des canettes, pleins d’objets métalliques…

Tu pourrais monter une association…
...Il y en a ! Dont une qui s'appelle la Surfrider Foundation. Ca fait 25 ans que je fais ça et j’ai sûrement plus nettoyé que cette Surfrider Foundation, grâce à mes deux poches — une pour les déchets et l'autre pour les trésors. Toutes les 20 minutes je dois vider la première et replonger dans l’océan. En réalité, tous mes hobbies ont un rapport avec la recherche ; je chasse aussi les minéraux, ce sont les seuls à être fluorescents. Imagine une pierre qui brille violet puis jaune, seulement sous un certain éclairage. Je chasse des météorites, des scorpions, parce qu’ils utilisent la même lumière fluorescente. Pendant la nuit, les scorpions brillent en bleu. J’en trouve surtout dans le désert californien.


Tu es aussi magicien ?
Quand les Pixies se sont séparés, en 1994, j’ai arrêté la batterie. Il n’y avait rien à la hauteur de mon expérience avec les Pixies. C’est à ce moment-là que je me suis rendu à une convention de magie à Los Angeles où quelqu’un m’a montré un tour. Je devais l’apprendre à tout prix ! J’ai donc passé des années, des cours, des professeurs, des vidéos, des livres… J’ai fait tout ce que j’ai pu pour devenir magicien professionnel, et après, j’ai commençé à travailler, lors d'anniversaires, dans des clubs, des spectacles. On pense qu’être musicien, c’est difficile ; eh bien un magicien, c’est encore pire pour gagner sa vie ! J’ai créé un spectacle. Comme je te disais, je suis dévoué à la science, donc dans ce spectacle, je porte un manteau de laboratoire et je fais des expériences de physique. Que des trucs complètement fous, je balance des anneaux de fumée sur une grosse caisse, ils parcourent de longues distances, je prend des cornichons et les transforme en ampoules, pleins d’expériences physiques folles. 

Être magicien, c’est une façon pour toi d’avoir une carrière solo ?
Je ne sais pas si c’était fait intentionnellement ou inconsciemment ; en tout cas, le truc amusant, c’est que quand j’ai commencé la magie, du face-à-face avec une seule personne, c’était terrifiant, parce que je n’avais encore jamais eu cette expérience de public. Je n’ai jamais eu de problème, jamais été nerveux pendant les concerts. Mais pour mon premier spectacle de magie, j’étais face à dix personnes, chez un ami, et je n’ai jamais autant transpiré, j’aurais pu remplir cette tasse (il montre la tasse de café que je viens de terminer, ndlr) ! Mais maintenant, j’ai appris et je fais des discours, des spectacles en public — et je crois que la magie t’apporte une certaine confiance en toi.
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Mais tu n’as jamais été timide avec la musique, même pour ton premier concert ?
Il y avait environ dix personnes à notre premier concert ; l’une d’entre elles était mon meilleur ami, un batteur aussi. Mais je crois que ça a été la seule fois où j’ai eu le trac. Ce n’est pas de la grande confiance ou de l’assurance, mais je n’ai jamais eu de problème à jouer de la musique avec les Pixies.

Tu es connu en tant que batteur, crois-tu pouvoir devenir célèbre en tant que magicien ?
J’ai adoré la magie, j’aimais l’idée de pouvoir transformer la journée de quelqu’un — ça offre une sorte de miracle, ça te ramène à ton enfance et c’est un beau cadeau en termes d’interaction avec le public. Mais j’ai beaucoup de chance que les Pixies se soient reformés, parce que la magie, ce n’est pas le meilleur choix de carrière ! (Rires)

Maintenant que tu as atteint une notoriété considérable, y a-t-il encore quelque chose à accomplir ?
Je suis très heureux de faire tout ce que j’aime, d’être dans un groupe avec cette nouvelle opportunité. Parce que quand on s’est séparé, j’ai vraiment cru que c’était la fin, pour moi c’était inconcevable que cela reprenne.

Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?
C’était une décision de Charles et d’autres membres du groupe, et je pense qu’on avait gagné en notoriété pendant notre absence. Il y avait beaucoup d’autres groupes que l’on a apparemment influencés, un nouveau public a connu les Pixies par l'intermédiaire de ces autres groupes. Je ne l’avais pas réalisé jusqu’à notre premier concert de reformation. “Wah ! Les gens nous aiment bien” — et ils n’étaient même pas nés quand on est devenus célèbres. Ça, c’était fou. Je suis satisfait de ma musique, de ma magie ; la seule chose dont je ne suis pas satisfait, c’est ma détection de métaux.

 

Quelque chose à ajouter ? 
À ceux qui n’ont jamais vu les Pixies en live, on fait une performance de 90 minutes non-stop, sans parler, sans se saper, sans se maquiller. On fait ce qu’on sait faire : de la musique. Mais je veux que les gens comprennent qu’on n'est pas antisocial. Aussi, on n’utilise aucune setlist, on fait ça à l’aveugle, on sait quels morceaux on doit jouer. C’est là tout l’intérêt. On connaît la première et la dernière track, ou des groupes de chansons qui vont ensemble, comme All I Think About Now qui est une nouvelle chanson, on la joue toujours avec Debaser. Pour le reste, on a des signes de mains. Là est le mystère : ne pas savoir ce qui va suivre ni quand le spectacle prend fin.

Crédit photos : Travis Shinn.

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