plethore_laure

En 2017, Kanye persiste à faire des collections de prêt-à-porter immondes et se prend pour - à la fois, rayer les mentions inutiles - Jésus / Marvin Gaye / Pablo Picasso / Paco Rabanne ; ça fait quatre ans (déjà !) que Dame Gaga a sorti un album intitulé en toute modestie Artpop, et le Butō est alive and well depuis une bonne cinquantaine d'années. Entretemps, YouTube est envahi de vidéos sponsos-mais-pas-trop où l'on se demande pendant dix minutes si l'on regarde du creator content vraiment authentique de jeunes vraiment authentiques (tel Brandonne, 17 ans et demi et fan de roulettes à pizzas "insolites et décalées" et qui a ouvert un vlog* sur le sujet il y a six mois - 654K abonnés, bravo Brandonne) ou juste une pub Urban Outfitters sponsorisée par Pornhub et Moltonel (avis collection-capsule à lancer, les gars). Mais on s'égare. Alors pourquoi ne pas regarder une vidéo vraiment gratuite à mi-chemin entre danse, art, mode et pub où l'on comprend rien mais que ça te fait quand même des sensations que c'est beau et touchant et cool ? Là, effectivement, on ne sait pas vraiment ce qu'on regarde. Comme parfois, on ne sait pas ce qu'on écoute. Est-ce un clip ? Un court-métrage ? Une performance ? Une pub pour une collection automne-hiver minimalisto-futuristico japonaise ? Peut-être tout ça à la fois, mais pour une fois, ce qu'on sait, c'est que ça vit. Sur une sorte d'électronica expérimentalo-épurée et assez oppressive, qu'on imagine parfaitement en fond sonore de défilé de haute-couture d'avant-garde, ça se tord. Ça stresse. Ça vibre. Ça pulse. Et ça nous attire irrésistiblement : sans un mot, Pléthore réussit à nous parler plus que tout ce qu'on s'est ingurgité comme trucs-en-streaming sur les trois dernières semaines. Comment faire du post-post-post-hypermodernisme ? Eh bien comme ça. Car peut-être que face au désenchantement artistique actuel, nous tenons là tout simplement quelque chose de contemporain, et de profondément humain. Et que de l'impasse (re)naisse enfin de la poésie.

* Qui dit encore vlog, sérieux ?


Pléthore, par Laure Atanasyan, avec Laure-Anne Segers.