Shea Couleé
Finaliste de la dernière édition de RuPaul’s Drag Race, Shea Couleé n’est pas une drag queen comme les autres. Elle, sait rapper. Et le fait incroyablement bien sur Cocky, dernier single très stylisé qui vient confirmer ce qu’elle clamait tel un mot d’ordre sur le plateau de l’émission américaine : «Je ne suis pas venue pour jouer. Je suis venue pour tuer».
À quoi ça ressemble ? Parce qu’elle fait dans le hip-hop (hybride forcément) et qu’elle défend une identité transgenre, Shea Couleé se rapproche inévitablement de la scène rap queer ayant émergé aux États-Unis ces dernières années. Le1f et Mykki Blanco aiment ça !
Potentiel de séduction : Chez les sympathisants de Trump, 0%. Chez les autres, on peut estimer ses chances de réussite à 75%. Reste simplement à voir ce que l’Américaine a à offrir sur la longueur.

Le Groupe Obscur
En un morceau, ce collectif rennais tend un miroir déformant à la pop française, dont L’oiseau de feu serait un petit frère psychédélique, mystérieux et illuminé. Le tout, avec un chant théâtralisé qui pourrait être effrayant s’il n’évitait pas avec intelligence le piège du maniérisme et de la grandiloquence (coucou Camille).
À quoi ça ne ressemble pas ?  À tous ces jeunes premiers qui tentent avec opportunisme de surfer sur la vague pop actuellement en vogue en Hexagone. À l’écoute de L’oiseau de feu ou Fangisue, Le Groupe Obscur tient en effet plus d’une certaine scène expérimentale (Emmanuelle Parrenin, notamment) que de tous ces groupes chantant leurs peines de cœurs face à un public branché.
Potentiel de séduction : 30% si vous avez du mal avec les voix cristallines et les paroles poétiquement floues. 90% si vous rêvez d’entendre ce à quoi pourrait ressembler une chanson de Cocteau Twins parachutée en 2017, du côté de Rennes.

.hans.
Né en Nouvelle-Zélande, le Coréen Hanju Kim (alias .hans.) dit avoir commencé le hip-hop en 2012, avoue s'inspirer autant de Home Brew que de Chance The Rapper ou Mac Miller et a publié une mixtape en début d'année (1995). Rien à voir toutefois avec le crew de Nekfeu : ici, le flow est plus décontracté, à la cool, comme si le jeune homme, qui étudie actuellement la géographie humaine à l’université d’Auckland, avait déjà compris comment faire groover les hanches lors de soirées enfumées.
À quoi ça ressemble ?  À l’instar d’Isaiah Rashad et de toute une flopée de jeunes rookies, .hans. a cette faculté à rapper et à chanter en même temps. C’est dire si le mec est radio-friendly
Potentiel de séduction : Avec Better, basé sur un sample de la voix de Ciara, .hans. ne peut que convaincre les néophytes, les puristes ou même les rappeurs US, qui ne devraient pas tarder à le solliciter. Et ça, on est prêt à le parier.

Tank and The Bangas
Sans artifice inutile, Tank and the Bangas incarne sans aucun doute la vraie relève de la soul et du blues made in Nouvelle-Orléans, celle qui préfère l’ivresse au flacon marketing et sait parfaitement toucher sans en faire trop. C'est à la fois énergique et électrique, peuplé de sons à l'ancienne, d'influences puisées aussi bien dans le jazz que la bounce music, et ça a déjà séduit NPR, le principal réseau de radiodiffusion aux États-Unis.
À quoi ça ne ressemble pas ?  Certainement à ce qu'est devenu Alabama Shakes : un groupe de stade qui préfère la démonstration aux mélodies soignées. Ici, Tarriona Ball a beau avoir gagné divers open mics, c'est bien avec un sacré savoir-faire mélodique qu’elle interprète et transcende un titre comme Quick.
Potentiel de séduction : 100%, si l’on en croit Norah Jones, grande fan du groupe qu’elle a d’ailleurs rejoint sur scène, et Jean-Louis Brossard, programmateur des Transmusicales, où Tank and The Bangas donnera son premier concert français en décembre.

Tessa Dixson
Il faut dire et redire à quel point la Belgique ne déçoit quasiment jamais. Hyper-défricheuse avec le hip-hop ces derniers temps, elle l'est aussi lorsqu'il s'agit de confier à ses artistes le soin de composer de bonnes chansons pop. Quitte à ce que ce soit parfois à la limite du kitsch et du cliché, comme sur ce The Prayer qui ne semble rêver que de Californie. Forcément, ça parle d’amour, de trouver sa voie et de toutes ces choses déjà entendues mille fois, mais toujours aussi saisissantes lorsqu’elles sont chantées avec une telle classe.
À quoi ça ressemble ? En confrontant une mélodie pop à des textures cheap, héritées du R'n'B, Tessa Dixson fait forcément penser à Lorde. On lui souhaite toutefois d'être moins torturée.
Potentiel de séduction : Le très hype magazine The Fader en a parlé récemment. On estime donc à 85% le nombre de revues qui devraient à leur tour tomber sous le charme de la jeune Belge.

Kojey Radical

Si le grime a rappelé ces deux dernières années que l’Angleterre était largement capable de souffler le chaud et le froid sur le hip-hop mondial, tous les Britanniques ne s’inscrivent pas forcément dans cette tendance. À l’image de Kojey Radical, dont les trois premiers albums (et particulièrement le dernier, In Gods Body) s’inscrivent davantage dans une démarche lettrée et arty que celle de Stormzy et Skepta. À seulement 24 ans, son importance n’en est pas moindre.
À quoi ça ressemble ? À la fois hybride et minimaliste, poétique et politique, conscient de son héritage et futuriste, Kojey Radical a tous les arguments pour séduire aussi bien les fans de FKA Twigs et Kendrick Lamar que ceux de Saul Williams et Roots Manuva. A priori, assez de références en l’espace d’un paragraphe pour donner envie de l’écouter.
Potentiel de séduction : 70% ! Parce que sa conscience sociale fera peur aux radios, parce que sa poésie rebutera les fans de JUL et parce que ses clips se rapprochent sans doute trop de l’art contemporain pour attiser les clics sur YouTube. Mais bon, lui s’en fiche probablement. Comme il le dit au Guardian, il n’est «qu'une voix au sein d’une génération».

Daniel Caesar
Il a commencé à chanter à l'église, écrit ses textes comme des manifestes spirituels et des déclarations d'amour, et entreprend des duos avec Syd et Kali Uchis : aucun doute, le Canadien Daniel Caesar a tout compris aux codes de la soul music d’hier et d’aujourd’hui.
À quoi ça ressemble ? : À un mix entre Marvin Gaye qui aurait eu la chance de voir le monde entrer dans le XXIème siècle et un Frank Ocean qui ne passerait pas autant de temps en studio. On n’a pas meilleure image, là.
Potentiel de séduction : Le mec vient de Toronto, la ville de Drake, et accompagne désormais Chance The Rapper à la guitare. Impossible de ne pas miser sur un bon 95%.

Renart
Si l’on ne sait jamais vraiment ce que laisse entendre une production de Cracki Records, cela tient sûrement à la diversité du catalogue du label parisien : de l’électro-pop d’Agar Agar aux réminiscences 80’s de Los Porcos, des tubes pop de Ménages à Trois au mélange de funk et de hip-hop de L’Impératrice, peu de structures sont en capacité de revendiquer un tel carnet d’adresses. Surtout si l’on ajoute aujourd’hui Renart, l'un des «plus fiers représentants de la nouvelle scène techno française», si l’on en croit le site de Cracki Records.
À quoi ça ne ressemble pas ? Passé par ce qu'il se fait de mieux en matière de techno hexagonale (Versatile, Dawn Records,..), Renart ose tout : confronter la techno aux musiques traditionnelles, se lancer dans des sonorités psychés et les mélanger à des gimmicks venus d'Orient, jouer dans la salle des statues du musée Guimet comme aux côtés de l’Orchestre Orage, premier orchestre de groove en France. Pour ça, et pour mille autres raisons, le Français mérite qu’on l’écoute en ne pensant qu’à sa musique, et pas à celles auxquelles elle pourrait faire allusion.
Potentiel de séduction : 80%, si l’on en juge la hype dont semble jouir Cracki Records ces dernières années.

Anna Of The North
Pendant longtemps, la Norvégienne Anna Lotterud ne s'imaginait pas une seconde faire carrière dans la musique, préférant se consacrer à son rôle de caissière dans une petite boutique près d'Oslo. Aujourd'hui, la jeune Anna a choisi son propre blaze (Of The North, telle une guerrière échappée de Game Of Thrones), a déménagé en Australie, a posé sa voix sur certains titres de Tyler, The Creator et s’est lancée en solo dans l'électro-pop, celle qui se fiche de choisir entre mainstream et indie.
À quoi ça ne ressemble pas ? Définitivement à Aaron Carter, petit frère du Backstreet Boys Nick Carter, avec qui elle rêvait de se marier lorsqu'elle était gamine.
Potentiel de séduction : Humainement, 100%, tant une fan de Ned Stark, de Pokémon Go et de New Order ne peut pas être une mauvaise personne. Musicalement, 65%, car le monde est injuste et que beaucoup préféreront parler des derniers délires de Björk plutôt que de s'intéresser aux pop-songs de cette Norvégienne de 28 ans.

Make-Overs
L’urgence et l’énergie délivrées par des morceaux tels que Forced To Feel ou Smoke Signals sont celles du meilleur rock’n’roll, celui sale et méchant dont les Sud-Africains Make-Overs fantasment une nouvelle forme, moins exotique que toxique. Depuis 2010, les deux amoureux ont enregistré et publié dix albums : ça en dit long sur leur créativité et leur esprit DIY.
À quoi ça ressemble ?  À tous ces groupes qui grattent méchamment leurs guitares en regardant vers le sol, l'air aussi énervé que renfrogné.
Potentiel de séduction : 78%. Les fans des Stooges peuvent trembler : le rock n’est pas mort, il rugit dans un style garage entre les riffs de ce couple basé en banlieue de Pretoria.