John_Waxxx_1En 2015, tu disais que tu ne tournais plus parce qu’on ne te proposait que «des films lisses et familiaux». Comment as-tu réussi à imposer le scénario de Coexister ?
Fabrice Éboué : Ça n’a pas été évident, beaucoup de chaînes et de diffuseurs ont refusé le film, alors qu’au final c’est quand même pas C’est arrivé près de chez vous ! Ce n’est pas un film naïf mais c’est un film bienveillant malgré tout. Il y a quand même des gens qui m’ont dit « c’est pas drôle » dès la lecture du scénario... J’étais content qu’ils soient dans certaines salles pour leur montrer que même si je ne prétends pas avoir le secret d’un succès, je pense au moins avoir réussi un film drôle. Je pense qu’en comédie il faut continuer à oser parce qu’aujourd’hui, à partir de douze piges, tout le monde va sur internet pour aller voir des séries, des trucs qui partent dans tous les sens, qui osent tout. Honnêtement, si c’est pour aller faire des comédies tièdes et mièvres au cinéma, ça sert pas à grand chose. Si on veut un jour ne pas mourir totalement face à la concurrence des blockbusters américains, il faut continuer à oser, et le seul secteur culturel où tu peux continuer à exister, c’est la comédie.

Tu as fini par trouver des gens pour faire le film, mais est-ce que tu t’es senti libre de faire tout ce que tu voulais ?
Oui, il n’y a vraiment eu aucune censure, aucune ingérence - et d’ailleurs, je ne le permettrais pas. Je suis quelqu’un d’assez entier, et je dis «vous me faites confiance ou vous ne me faites pas confiance», et pour le coup, ça s’est très bien passé. Je n’ai absolument rien à redire.

Est-ce que toi-même tu as été tenté de t’auto-censurer pendant l’écriture ?
Je me suis censuré pour des raisons qui sont toujours les mêmes : des raisons de rythme, ou quand ça peut devenir lourd parce qu’il y en a trop. Mais ça, c’est un point de vue artistique, pas de quelqu’un qui se dit «houlala, je vais avoir des problèmes». J’ai eu un souci d’équilibre, le souci que chaque gag, chaque vanne raconte quelque chose et ne soit pas juste bête et méchant. C’est quelque chose qui peut m’arriver en spectacle, mais dans ce cas, le rapport est différent, c’est un rapport de potes. Là, tu racontes une histoire à un grand nombre de personnes, il faut que la vanne ou le gag continue à étayer le propos ou la trajectoire d’un personnage.

Pour l’écriture d’un film, ce n’est pas plus compliqué de sélectionner les vannes justement, sachant qu’on ne peut pas les tester devant un public ?
Quand je parle de rythme, c’est justement que j’ai fait trois projections tests, pour voir si je perdais du rythme à certains moments. Sur Coexister, je suis dans un montage presque à l’américaine, qui va très vite au début et je ne voulais pas que ça traîne, comme dans certains films où tu te dis «ça y est, on a compris, faut passer à autre chose...». Le fait qu’il y ait beaucoup de musique ou de parties musicales m’a aidé à le faire. Je viens de la scène où il y a un rythme de rire qui est supérieur. Évidemment, c’est différent, mais j’avais besoin de retrouver un peu ça sur ce film.

C’est plus difficile d’écrire un stand-up ou un scénario de comédie ?
Le spectacle est plus difficile à accoucher, c’est une violence qu’on se fait à soi-même, c’est une mise en danger. Quand tu montes sur scène, si tu prends un bide, c’est super violent pour l’ego. Là je vais partir sur trente-cinq dates de rodage avant d’arriver en janvier à Paris, il y a des soirs où je vais prendre des bides monumentaux. Maintenant, l’avantage d’un spectacle c’est qu’il peut évoluer, tu peux le mûrir, le modifier. La différence du cinéma, c’est que quand tu tournes, t’as toute la liberté, t’es bien, t’as un siège, t’as une cantine le midi, t’es dans une certaine bourgeoisie, donc à ce moment-là, tu ne sens pas la difficulté. La difficulté commence à arriver au montage, et même là, tu restes avec ton monteur devant un ordinateur, donc t’as pas la souffrance immédiate du one-man dans l’accouchement. Par contre, la gueule du gosse après... Sur le one-man, tu peux encore faire de la chirurgie esthétique sur ton bébé. Sur le cinéma, si ton gosse a une sale gueule, faut l’assumer dans la rue !

C’est donc le premier mercredi qui est décisif...
Non, là j’ai commencé à montrer le film dès la Fête du Cinéma pour voir les réactions du public. Je suis assez lucide sur mon travail : mon premier film, Case Départ, je trouve que c’est un bon premier film, une comédie avec ses erreurs de premier film, sa naïveté... mais j’en suis fier. Le deuxième, Le Crocodile du Botswanga, on m’a poussé à le faire très vite et j’ai un peu bâclé mon scénario, je le trouve inabouti, je n’aime pas le voir. Je ne prends plus de plaisir en le regardant. Avec Coexister - même si je cherche toujours la perfection, donc à certains moments je me dis «ah merde, là quand même...» - j’ai un vrai plaisir, et je pense que c’est mon meilleur film, tant par l’effort de réalisation que par l’effort de trajectoire des personnages.

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Qu’est-ce que tu reproches au Crocodile, concrètement ?
Je ne dis jamais que mon film n’est pas bon, parce que je sais qu’il y a des gens qui l’aiment. Mais il n’y a pas de trajectoire réelle de personnages, ils ne bougent pas. Ça part un peu dans tous les sens, il n’y a pas une belle tenue. D’ailleurs, le film démarre très fort, puis s’essouffle.

Il faut que ce soient les personnages qui guident l’action et non l’inverse...
Exactement, il n’y a pas de trajectoire de personnages, pas d’évolution. Il y a plusieurs choses qui sont racontées, mais si on me demande le propos exact du Crocodile, c’est pas clair... Pour Coexister justement, j’ai répondu à tous les défauts du précédent et j’ai vraiment essayé d’être dans le canevas. J’avais un chronomètre au montage pour dire «allez, au bout de tant de minutes ça doit switcher», «là, il tombe dans l’eau parce qu’on est à mi-comédie, tout doit exploser»... Autant le film d’auteur peut te surprendre dans sa construction ou dans sa forme, autant personne n’a jamais révolutionné la comédie.

Est-ce que tu as des films que tu considères comme des exemples à suivre ? Je t’ai notamment entendu citer souvent Rabbi Jacob pendant la promo...
Si je cite Rabbi Jacob ou Sister Act, c’est surtout pour montrer que tu peux avoir un pitch qui semble parler de religion, mais ne pas en parler forcément. Je raconte avant tout une histoire d’hommes qui, en ayant un but commun, vont mettre de côté leurs différences culturelles pour pouvoir avancer ensemble. C’est aussi une satire sur le monde du divertissement qui est aujourd’hui racheté par des grands groupes, et c’est là où des gens, pour faire du profit immédiat, tombent dans la démagogie absolue. Ils te disent «je vais faire le groupe Coexister et ça va être super, tout le monde va venir», et ça lui explose à la gueule parce qu’il a trois bras cassés dans son groupe... Pour en revenir aux films, moi quand je regarde des comédies, c’est souvent des comédies assez marginales. J’ai dû regarder cinquante fois, et je connais les répliques par coeur de C’est arrivé près de chez vous... J’adore les films du Dogme95 aussi, des films comme Les Idiots de Lars Von Trier, complètement barrés, décalés, qui n’ont pas un écho public énorme.

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C’est moyennement drôle Les Idiots, ou en tout cas c’est un humour très particulier...
Oui, il y a un côté tragique... Sinon, en comédies plus populaires, je suis un grand fan du cinéma français des années 70, je trouve qu’il ose.

Quand tu parles du cinéma des années 70, c’est plutôt celui de Gérard Oury ou des Bronzés ?
Non, plutôt du Joël Séria par exemple, du Jean-Pierre Marielle... En termes d’humour, les mecs osaient des trucs qui sont impossibles aujourd’hui. C’est incroyable à quel point cette période-là est libre. C’est pour ça que j’aime ce cinéma. Aujourd’hui, il y a plein de gens qui te cadrent en permanence.

Dans la comédie actuelle, y a-t-il quand même des films qui t’intéressent ?
J’avoue que je ne suis pas un grand consommateur de comédies. Le dernier film qui m’ait mis une claque, où je me suis dit «il faut peut-être que je change de métier», c’est Whiplash. Avec seulement quatre millions, la tenue du film, tu te dis «waouh» ! Au départ, c’est quand même un film sur la batterie, quoi... Sinon, c’est pas une comédie absolue mais j’ai aimé Get Out aussi. Je l’ai trouvé vachement créatif, ça suit un canevas de série Z, ça respecte tous les codes, mais le propos qui est amené fait que le film a une dimension différente... Et il y a ce personnage du pote, de l’autre côté, qui assure la comédie et le fait très bien.

Qu’est-ce que tu penses des polémiques qui s’abattent régulièrement sur les comédies françaises, comme récemment avec Gangsterdam ou À bras ouverts ?
Je n’ai vu ni l’un ni l’autre. Comme je disais, ce n’est pas mon genre de films à la base, mais je suppose que Gangsterdam, ça venait du fait que Kev Adams a un public très jeune. Les parents viennent avec leurs enfants, et là c’est le ressenti d’un parent par rapport à ce que voit son enfant qui devient une polémique, quand des gens disent «vous voyez ce que vous montrez à nos enfants ?». Après, moi je trouve que plutôt qu’aller dans la polémique et de vouloir faire enfler un truc, il vaut mieux faire une critique et montrer simplement pourquoi le film n’est pas bon ou n’a pas plu.

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Pour À bras ouverts, la polémique venait de gens qui avaient vu le film et estimaient que les Roms étaient présentés de manière caricaturale. C’est un sujet que tu traitais dans tes spectacles, donc on peut imaginer que tu te sentes solidaire de gens qui essaient de faire rire avec un sujet un peu touchy...
C’est bien de prendre des sujets touchy, c’est intéressant. Il faut le faire, parce que c’est ça, oser, aussi. C’est de ne pas arriver avec une comédie romantique vue et revue, même s’il y en a de très bonnes... Tu arrives avec un sujet où tu sais que tu peux prendre des coups. Pour Coexister, on est protégé par les rires qu’il y a dans les salles. Ça rit énormément, les gens trouvent ça drôle, mais si on avait fait un mauvais film, on serait déjà morts.

Le problème, c’est quand c’est pas drôle, en fait...
Oui : ton bouclier, c’est le rire. Le public n’est pas bête. J’ai présenté le film aussi bien à Aulnay-sous-Bois qu’à Saint-Jean-de-Luz, où t’es dans une ambiance septième arrondissement. C’est aux antipodes d’un point de vue socioculturel. Parfois, ils pointaient plus telle ou telle vanne, chacun avec sa sensibilité, mais au final, ils disaient tous «j’ai pris un moment de recul et j’ai bien ri». Et là, tu sais que c’est à peu près gagné...

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C’est la première fois que tu es seul à la réalisation. Qu’est-ce qui t’a décidé à te lancer ?
À un moment je me suis dit «assume, la plupart du temps c’est toi qui as le lead, arrête de vouloir quelqu’un à tes côtés pour te rassurer, t’as 40 balais maintenant» ! Ça devenait ridicule, et puis ça peut générer des débats qui n’ont pas lieu d’être parce que je finis par m’imposer.

Ce n’était pas compliqué d’être à la fois derrière et devant la caméra ?
J’ai un conseiller technique en qui j’ai entièrement confiance, qui est là pour ça. Et pour le coup, sur Coexister, il y avait vraiment une telle ambiance de plateau que tu te laisses porter, il y avait un vrai travail d’équipe... Après, je travaille beaucoup en amont pour donner un maximum aux comédiens qui m’ont fait confiance.

Coexister se déroule dans l’univers de la musique. Tu jouais déjà un manager dans Fatal de Michael Youn. Qu’est-ce qui t’intéresse particulièrement dans ce milieu ?
C’est marrant, dans Le Crocodile du Botswanga, je joue aussi un manager, ou un agent en tout cas, donc il y a toujours ce côté je-chapeaute-des-gens, le côté manipulation... L'une des rares choses dont je sois vraiment super content dans ce que j’ai fait, c’était la série Inside Jamel Comedy Club. C’est un 8 x 26’ où j’étais dans les coulisses de la fausse tournée du Jamel Comedy Club. J’avais écrit huit épisodes avec Blanche Gardin, et je parlais du monde que je connais le mieux, c’est-à-dire du monde du comique. Le monde du divertissement est intéressant à dépeindre parce qu’il fait fantasmer, et il y a plein de choses qui jouent sur l’ego, sur le pétage de plombs, sur les jeux de pouvoir et d’argent. Je crois que j’aime traiter ce sujet, que je connais particulièrement bien aujourd’hui pour y évoluer depuis vingt ans, maintenant.

Tu as d’ailleurs été rappeur dans ta jeunesse, avec le groupe Club Splifton, et tu n’as pas poursuivi dans cette voie.
Et c’est une très bonne nouvelle pour le rap, parce que c’était assez pathétique !

Oh, c’était pas si mal !
Ouais, bon, en rap on a tellement tout entendu... En revanche, ça m’a donné le goût d’écrire. D’ailleurs, toutes les parodies de morceaux qui sont dans Coexister, dont le rap qui tourne beaucoup sur internet en ce moment, j’ai pris beaucoup de plaisir à reprendre mon stylo de rappeur pour les écrire. Donc ça m’a donné goût à l’écriture, à la scène aussi - et puis c’était une belle expérience. Mais pour le bien du rap, c’est mieux que je me sois consacré à faire rire. Même si ça faisait déjà rire à l’époque, pour le coup... !

Tu utilises une vraie chanson dans le film, Savoir Aimer de Florent Pagny, que reprend le groupe Coexister dans un clip mémorable. Comment as-tu obtenu les droits pour ridiculiser ce morceau ?
C’est plus la façon d’interpréter que j’ai ridiculisée. J’ai hésité entre Savoir Aimer et Quand on n'a que l’amour de Jacques Brel... Savoir Aimer, c’est vraiment le morceau-type qui est repris partout, dans The Voice, La Nouvelle Star, etc. Les prêtres chanteurs l’ont repris aussi, donc c’était vraiment le morceau consensus. Je n’ai rien contre ce morceau, mais on l’a eu à toutes les sauces, il fallait vraiment ça pour illustrer ce clip tellement too much.

Florent Pagny est au courant ?
Je crois que l’ayant-droit, sur la musique en tout cas, c’est Obispo. Sur les textes, je ne sais pas. En tout cas, à partir du moment où c’est dans le film, c’est autorisé !

L’autre sujet du film, c’est la religion. Tu dis souvent avoir eu une éducation catholique pendant ton enfance, mais aujourd’hui, quel est ton rapport à la religion ? Es-tu devenu athée ?
Je ne pourrai jamais me caractériser comme athée parce que quand on a baigné dans la religion comme ça a été le cas pour moi - c’est-à-dire que j’allais à la messe tous les dimanches, école catho, j’ai été enfant de choeur aussi, j’ai fait un pèlerinage à Lourdes... - bref, quand on a vraiment baigné dans cette religion, on garde forcément un peu de superstition. Je ne dis pas que je vais toujours à la messe, mais d’abord je suis très famille, et au gré des fêtes, de Noël, Pâques, etc., tu le ressens quand même... Et puis, je ne dis pas qu’à quatre-vingts piges - si je vais jusque-là ! - avec toujours l’angoisse de ce qu’il y a derrière, je n’y reviendrai pas... En tout cas, je ne peux pas dire que je suis détaché de la religion, non.

Le casting du film est parfait, tous les acteurs sont hyper à l’aise dans leur rôle. Est-ce que pendant l’écriture, tu avais déjà en tête le nom des interprètes ?
Dès que j’ai su qu’il y aurait un faux imam, c’était Ramzy. Si ç'avait été un vrai, c’était pas Ramzy que j'aurais pris, mais dès que j’ai su qu’il était faux, c’était forcément lui ! Ramzy a une telle générosité, un tel rapport à tout ça, qu’il était le mieux placé pour ça. Guillaume de Tonquédec s’est imposé très vite aussi. Dans Fais pas ci, fais pas ça, c’est le gendre idéal, il ne lui manquait vraiment plus qu’une marche jusqu’à ce curé, mais on le sentait poindre à l’horizon, donc je me suis dit qu’il fallait concrétiser l’affaire ! Jonathan Cohen, je le connaissais comme beaucoup pour Serge le Mytho. Au départ, j’avais en tête un rabbin plus vieux ; j’ai casté Jonathan et il a fait un travail fantastique... Les autres sont plus connus, mais la révélation du film, c’est lui.

C’est vrai que c’est son premier vrai grand rôle, alors que par le passé, on l’a principalement vu dans des seconds rôles - où il était d'ailleurs flamboyant à chaque fois.
Oui, c’est le premier rôle à sa mesure. Je crois qu’il est en attente de ça et je suis content qu’on ait pu collaborer là-dessus parce que je pense que d’ici quelques années, il va vraiment décoller.

Et Mathilde Seigner en patronne castratrice, c’est un rôle sur mesure ?
J’avais commencé à écrire la base, c’est-à-dire un patron d’entreprise, homme, et je me suis dit que c’était un peu convenu... C’est déjà un film «d’hommes», même si je suis assez content du rôle que j’ai donné à Audrey : c’est la première fois qu’il y a un rôle de femme que je soigne, ce rôle de trentenaire au bout du rouleau qui va de mec en mec et qui te le raconte tous les matins. Moi, je le vis tous les jours avec des copines, donc je voulais retrouver ce personnage-là. Et pour le rôle de Mathilde, au début je voyais un homme, bêtement ; puis tout d’un coup, je me suis dit «inversons, prenons une femme». C’est moins vu et revu, et c’est pour ça qu’il y avait ce côté peut-être un peu masculin finalement, qui finit par poindre à l’horizon.

Il y a une sorte de mini-twist à la fin du film où l'on se rend compte qu’elle est lesbienne et où elle se fait engueuler par sa compagne.
Ouais, c’est toujours pareil, je me suis demandé ce que je pouvais amener à la fin - et d’ailleurs, je l’ai un peu coupée. Je voulais montrer qu’elle était aussi dominée dans son couple... Mais finalement, ça ne donne pas un grand indice, cette fin-là.

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Ramzy dit que sur ce film, tu l’as «énormément contenu pour passer d'un humour burlesque à un humour de vannes». Quelle latitude as-tu laissé à l’improvisation dans cet humour de vannes ?
Beaucoup ! Ramzy qui improvise en racontant Rabbi Jacob, je le laisse partir dans ses délires alors qu’au départ, il a deux lignes - et il est merveilleux. Et quand tu as des mecs comme Jonathan Cohen, qui ne font que proposer des choses... Le problème de l’impro, c’est qu’il y en a qui finissent par surjouer le personnage. J’ai veillé à ça, et par rapport à ce que dit Ramzy, effectivement il vient du burlesque, et dans les comédies, il a des automatismes avec Éric ; du coup, à certains moments, je disais «stop, là on est dans H !». Je lui disais à chaque fois : «Sabri [son personnage dans la série H, ndlr], tu le mets derrière, là. Tu restes l’imam Moncef». C’est pour ça qu’il est super dans le film - c’est qu’il est à la fois touchant, mais très juste. Il n’est pas reparti dans le burlesque, où il est très bon, car là, je voulais que ça ressemble à ce que j’ai plus l’habitude de faire, moi.

Dans le film, il y a des scènes qui semblent improvisées alors qu’elles sont filmées avec plein d’angles de caméras. Est-ce que tu installes plusieurs caméras pour pouvoir parer aux éventuelles improvisations ?
Je me couvre énormément, c’est-à-dire que j’apporte autant d’intérêt à la phrase qui va être dite qu’à la réaction de tous les autres. Et quand il y a beaucoup d’acteurs, ce qui m’intéresse, c’est de choper le rire dans les réactions, sur toutes les conneries que dit Ramzy dans le film par exemple. C’est super intéressant la réaction, c’est un truc que j’ai chopé en regardant des films d’humour anglais ou des séries de Ricky Gervais par exemple. Tout passe dans la réaction de l’autre, donc je me couvre toujours avec beaucoup d’axes pour m’assurer que j’ai tout ça.

On ne te voit plus beaucoup comme acteur, à part dans tes propres films. Ça ne t’intéresse plus de jouer chez d’autres ?
J’ai fait un premier film qui était Fatal, avec Michaël Youn. Moi, je ne me supporte pas dans le film, parce que c’étaient mes premiers pas, j’ai plein de choses à redire, et c’est pas forcément ma couleur de jeu, mais je trouve le film très réussi. Ma deuxième et toute dernière expérience en tant qu’acteur, c’était un chef-d’oeuvre avec Jean-Paul Rouve qui s’appelle Denis où nous étions deux catcheurs... Dieu merci, il a été vu par très peu de monde et je préfère qu’il en soit ainsi ! D’ailleurs, c’est marrant parce que récemment, il y a un type dans la rue qui est venu à l’entrée d’un cinéma où je présentais Coexister ; il avait la jaquette de Denis et il voulait que je la signe. Là, tu te demandes toujours si le mec vient se foutre de ta gueule ou s’il a vraiment aimé le film... Et il y en a toujours qui aiment certains films... Bon, ça arrive de se planter, c’est la vie, c’est notre métier, mais ça, ça m’a mis une grosse douche froide. Après, je me suis dit «je suis auteur, c’est ce qui me botte avant tout». Mais ça n’empêche pas que j’adorerais rejouer, à condition que ce soit avec des réalisateurs de confiance.

Tu remontes sur scène en janvier. De quoi va parler ce nouveau spectacle ?
Je vais revenir sur beaucoup d’anecdotes qui me sont arrivées dans le métier. Il y aura aussi toute une partie sur le rapport à l’alimentation - qui m’intéresse beaucoup -, sur le gluten, les végans, le cacher, le tout-ce-que-tu-veux... Je trouve que ça parle beaucoup de la société dans laquelle on vit, et j’y suis de plus en plus confronté pour des raisons diverses et variées, donc ça va prendre une grosse partie du spectacle.

Tu avais aussi un projet de série pour France Télévisions intitulée No futur... C’est toujours d’actualité ?
Oui, ça devrait aboutir, en tout cas ça se passe bien pour le moment. J’ai mis du temps à acquérir les droits du bouquin. C’est un roman finlandais qui s’appelle Petits suicides entre amis, d’Arto Paasilinna. J’ai repris l’idée de base que j’ai adaptée à la sauce française, qui représente en gros et entre guillemets la «dépression française» : des employés harcelés, un agriculteur en faillite, un jeune homosexuel rejeté par les siens, etc. Donc j’ai repris quelques composantes de la société, et suite à un quiproquo, ils se retrouvent tous dans le même bus et se disent que le mieux, c’est d’aller mettre fin à leur jours en allant sauter dans les calanques de Marseille... Donc, ils vont traverser la France, c’est un 8 x 45 minutes, ça va être bien trash, et puis je suis content de mettre un pied dans la série parce que je suis persuadé que c’est un peu l’avenir.

Le casting est déjà défini ?
Non, pour l’instant la question c’est : est-ce que je joue dedans ? Mais ce qui est sûr, c’est qu’autour de moi, ce sera essentiellement des inconnus.

À part la scène et ce projet, as-tu d’autres choses de prévues ?
On verra le 11 octobre où j’en serai mentalement, parce qu’au cinéma aujourd’hui, on n’est sûr de rien. C’est intéressant aussi d’analyser soit un succès, soit un échec, ce que ça veut dire, même si j’essaie toujours de me couper de l’attente du public et plutôt de répondre à mes désirs d’artiste. Mais j’ai quand même besoin de ça pour savoir dans quelle direction je vais.

++ Coexister sort en salle ce mercredi 11 octobre.