Screen-Shot-2017-10-02-at-5.32.22-PM-1150x739Peut-on être une icône et rester si peu connue à l’échelle mondiale ? Considérée comme une muse par Pedro Almodovar, Chavela Vargas demeure l’une des figures tutélaires de la Ranchera, genre musical mexicain dérivé du mariachi. Homosexuelle affirmée, ayant des aventures avec Frida Kahlo et Ava Gardner, Vargas avait fait ses débuts dans un milieu artistique machiste, aux thématiques viriles qu’elle va dynamiter. Car Chavela Vargas ne faisait pas que réciter des complaintes mais les vivait de l'intérieur.

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À cause de leur intensité émotionnelle, ses performances scéniques vibraient d'une transe mystique. Par des gestes militants simples comme le port du pantalon dans les années 60, elle chantait le désespoir à ses amantes et se réappropriait la virilité des textes de la Ranchera. L’un des pionniers du genre, José Alfredo Jiménez, fut un véritable soutien pour Vargas au début de sa carrière. Jouant dans les bars aux quatre coins du Mexique, Vargas et Jiménez côtoyèrent de front les démons intérieurs de leur pays : ils souffraient d’un alcoolisme aigu, mal répandu dans la société mexicaine, buvant de nombreux shots de tequila avant chaque représentation.

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Jiménez en perdra la vie par une cirrhose et sa mort plongera Vargas dans un désespoir intense dont elle ne se relèvera pratiquement jamais. Sa musique en deviendra plus mélancolique, plus désespérée qu’auparavant. Survivante plus que vivante, elle se réfugiera dans la boisson, se coupant du monde avec son chien Vicenta jusqu’à ce qu’on la croie morte dans les années 90. C’est son histoire d’amour avec une jeune avocate qui redéfinira son mode de vie. Du propre aveu de cette dernière, Vargas avait le foie de la taille d’une mangue. Grâce au soutien de ses proches et du réalisateur de Parle avec elle, cette femme complexe et fascinante effectuera un retour sur scène fulgurant en Europe sur la fin de sa vie. Après cette reconnaissance tardive, Chavela Vargas mourra en 2012 à Cuernavaca au Mexique.

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D’après le portrait qu’en font Catherine Gund et Daresha Kyi dans Chavela Vargas, icône de la musique mexicaine, ce qui fascine chez l’artiste reste son caractère sibyllin, insaisissable. Solitaire mais entourée, frondeuse et fragile, influente mais discrète, Vargas restera une femme en avance sur son temps, joyau pétri de contradictions à l’image du pays qui l’a vue naître.

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