Russel, ma tante vous a vu en février ou mars 1980 à deux pas d'ici, dans la rue de Rennes, et vous faisiez du shopping. C'était bien vous ?
Russel : Du shopping on rue de Rennes ?! Ça a l'air d'être moi en effet, j'étais encore hier en train de faire du shopping on rue de Rennes ! Certaines choses ne changent jamais.

Donc vous faites toujours du shopping, comme dans les années 80. Mais diriez-vous que votre nouvel album sonne plus comme vos productions glam' des années 70 ?
Ron :
Parce que c'est un album de groupe ? Je ne pense pas. Il y a des éléments de chaque époque dans ce disque, qui n'est définitivement pas attaché à une période des Sparks en particulier. Depuis qu'on y pense, c'est un disque qu'on a toujours voulu faire pour le live, dans l'enregistrement aussi. Donc oui, il y a une référence à la méthode de production de nos années 70, mais stylistiquement, il n'y en a pas.

Pardon, vous n'aimez peut-être pas qu'on découpe votre discographie en périodes.
Russel 
: Oh we are fine ! On est fier de chacun de nos disques.
Ron : On essaie simplement d'être dans le présent, ha ha.

Alors pourquoi sommes-nous ici ? 
Ron :
Eh bien nous avions ce show avec Catherine Ringer à la Cigale. On a collaboré autrefois avec les Rita Mitsouko, et on était très contents qu'elle nous invite à son concert. C'était l'anniversaire de la Cigale, en plus. Autrement dit, nous nous retrouvions invités dans un sacré pan de la culture française. Classe.
Russel : Mais si la question était "pourquoi sommes-nous dans cet hôtel", la réponse est : nous aimons Saint-Germain. Tout ressemble à un plateau de cinéma ici. C'est ce genre de stéréotypes dans lesquels aiment évoluer les touristes, comme s'ils étaient dans un film.

Oui mais pas un film de Leos Carax ! Vous avez collaboré avec ce réalisateur. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Russel : Il a utilisé l'une de nos chansons sur Holy Motors. Même si je préfère les Amants du Pont-Neuf, j'aime ce film. Donc on se rencontre à un festival de Cannes il y a quelques années, on le remercie d'avoir utilisé notre chanson et on discute. On lui dit qu'on a ce projet de comédie musicale (Annette, ndlr)et qu'on va lui envoyer, sans rien espérer en retour. Et il nous a répondu qu'il avait trouvé l'histoire très inspirante, qu'il allait y penser pour un prochain film.
Ron : On n'a pas l'habitude d'écrire de longues narrations ; nos chansons sont plutôt des histoires courtes et compréhensibles, avec un début et une fin. Et notre projet de film musical doit suivre une trame à peu près conventionnelle. Qu'un tel réalisateur nous dise du bien de notre projet, c'était un honneur.

 (Extrait de Holy Motors avec How Are You Getting Home ?)

Dans vos collaborations on connait les Rita Mitsouko, ou plus récemment Franz Ferdinand. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que tout le monde pense que vous êtes Anglais. Non ?
Ron : Même dans les années 70, les gens le pensaient ! Et pourtant, on travaillait à Los Angeles. Mais comme on a déménagé quelques temps en Angleterre, et les gens ont immédiatement pensé qu'on était british. Il faut dire qu'on n'a pas trop cherché à prouver le contraire : c'était un rêve d'être un groupe anglais à l'époque.
Russel : Pour les textes, pour le visuel, on a toujours regardé du côté de l'Angleterre, ça nous paraissait plus exotiques que ce qu'on pouvait avoir du côté de Los Angeles. Enfin on adorait les Beach Boys, les Doors, mais on écoutait beaucoup les groupes anglais.

Par exemple, votre morceau Missionnary Position sonne très anglais. À la fin, ce son de guitare fait très Brian May.
Ron : Hun hun...

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Peut-on parler d'une «touche Queen» ?
Ron : On peut voir les choses autrement et dire que Queen a parfois cette «touche Sparks», ha ha. (Les Queen ont fait des premières parties pour les Sparks, nda)

Beaucoup de groupes font un comeback cette rentrée : LCD Soundsystem, Baxter Dury... Que retenez-vous des dernières sorties ?
Russel : On est un peu déçu par les nouveautés pop en fait, et globalement par le manque de prise de risque.
Ron : La technologie est trop systématique. Nous avons notre studio maintenant – grâce à la technologie – et on gagne énormément de temps. Mais les technologies dont on dispose ne sont que des outils additionnels.
Russel : On utilise pas mal de trucs bien sûr, mais discrètement. On évite les effets trop à la mode aussi.

Pourquoi l'album a-t-il pris le nom du morceau Hippopotamus ?
Russel : Pas qu'on pense qu'il faille pousser sur ce morceau, hein... C'est surtout qu'on aimait cette image, de cet animal dans une piscine.

Aucun hippopotame n'a été blessé pendant la réalisation de cette pochette ? 
Russel : Aucun.

OK. Est-ce que pour vous l'humour est un moteur, une manière de savoir si quelque chose est bon ?
Ron : Je ne suis pas sur que fun soit le bon mot. On ressent une excitation mais... Parfois si, tu peux ressentir de l'humour dans nos chansons, mais notre intention n'est pas toujours là, il peut y avoir un autre niveau de lecture. Or faire un disque est composé de moments de travail, mais aussi de moments fun.

Avez-vous un conseil pour les jeunes qui voudraient sonner comme les Sparks ? 
Ron
: On a commencé en essayant de copier les groupes anglais, donc peut-être que les jeunes peuvent essayer de nous copier, et, par accident peut-être et avec leur sensibilité, ils trouveront leur style. Tout comme nous avons trouvé le nôtre. Donc trouvez quelque chose à copier, copiez, et trouvez autre chose. Voilà le conseil que je donne.

Merci.
Russel : Et dis à ta tante de venir me dire bonjour la prochaine fois.

Cover

++ Hippopotamus est disponible depuis le 8 septembre sur Deezer, Spotify et Apple Music.
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