Ça se binge : Mindhunter
De Seven à Zodiac, du nom d'un célèbre tueur en série au croisement des années 1960 et 1970 dans la région de San Francisco, David Fincher a toujours témoigné d’une certaine fascination pour la figure des serial killers - voire des psycho killers, pour reprendre le titre du morceau des Talking Heads placé en bande-son à la fin du deuxième épisode de Minhunter. Un choix logique quand on sait que cette série, dont Netflix a déjà renouvelé les droits pour une deuxième saison, centre son propos sur le FBI, et plus particulièrement sur ces agents qui, en 1979, s’intéressaient pour la première fois aux mécanismes psychologiques et à la méthodologie de ceux que l’on finira par appeler des serial killers.
Ces agents, ce sont Holden Ford et Bill Tench. Leur mission ? Permettre à la série de dérouler les codes reconnus du thriller : un crime, la police est sur les lieux, un mystère s'installe, deux flics auxquels nous allons nous attacher se mettent sur le coup, etc. Sauf que Mindhunter cache bien son jeu. Plutôt que de répéter une formule savamment apprise, la série se joue de ces codes, se tient à l'écart des stéréotypes et n’hésite pas à mettre en scène des crimes hardcore. Dans le deuxième épisode, on apprend ainsi que le meurtrier aime pénétrer ses victimes une fois mortes et décapitées – les fans de Seven apprécieront. Reste à savoir si Mindhunter, basé sur le bouquin du même nom de John Douglas, conservera la même finesse et la même intensité lorsque Fincher (à la réalisation de quatre épisodes pour le moment) laissera la main. Après tout, à la base, House Of Cards était censée être une excellente série…

La série qu’on aimerait spoiler : The Chi
On vous en parlait déjà ici, mais bon sang, on a hâte de voir les premiers épisodes de The Chi, produite et réalisée par Lena Waithe, première femme afro-américaine à remporter un Emmy pour l'écriture d'une série comique. C'était pour Master Of None, et ça promet de belles prouesses pour The Chi, qui raconte l'histoire croisée de plusieurs résidents des quartiers Sud de Chicago.

Le trailer qui ressemble à un blooper : Jean-Claude Van Johnson
Le trailer est WTF et le synopsis, qui n'est pas sans rappeler celui de la série Episodes avec Matt LeBlanc, l'est tout autant : ce bon vieux JC incarne ici une version déjantée de lui-même, un ancien agent secret reconverti en vedette de film d'action afin de masquer sa véritable identité. La suite, c’est pour le 15 décembre sur Amazon Prime.

Que deviens-tu Adam Brody ?
Ils sont rares les mecs à pouvoir se permettre de planter Rachel Bilson ou à rendre à eux seuls une série culte, plus pop qu'elle ne l'aurait jamais été. Adam Brody, lui, l'a fait. Pour la rupture, c'était en 2006, mais on s'en fout un peu finalement. Pour la série, en revanche, c'était en 2003 avec Newport Beach (The O.C., pour les vrais). Depuis, l’interprète de l’éternel Seth Cohen, jeune homme à l’humour sarcastique irrésistible et aux goûts musicaux impeccables, du genre à vous inciter à revoir l’ensemble de votre discothèque, n’a pas donné beaucoup de nouvelles. Et on le regrette, tant son personnage de jeune Juif peu à l’aise dans ses Vans a incarné la coolitude absolue pendant quatre saisons.
Bon, depuis, Adam Brody a tout de même eu le temps de sortir six volumes de son propre comics (Red Menace, qui n'a rien à voir avec Atomic County), d’enregistrer un EP avec The Shortcoats (This Time Last Year, où il assure la batterie), de faire une apparition dans un épisode de New Girl, de jouer dans Lovelace avec James Franco et Sharon Stone, et de décrocher l'un des rôles principaux de StartUp, dont la deuxième saison a repris fin septembre aux États-Unis, mais ça ne suffit pas à combler le manque. D’autant que l’on a appris il y a quelques semaines que, avant Newport Beach, Adam Brody avait postulé sans succès pour Power Rangers et Dawson, et on ne peut s’empêcher de se dire qu’il est passé à rien d’être le héros définitif de notre enfance/adolescence.

Le retour «pretty pretty pretty good» : Curb Your Enthusiasm
Le fait que des mecs comme Ricky Gervais, Eric Judor, Aziz Ansari ou Steve Carell aient cherché à puiser un peu de leur inspiration chez Curb Your Enthusiasm pour définir l’identité de leur série et s’éloigner du format propre aux sitcoms en dit long sur l’importance de la série de Larry David, co-créateur de Seinfeld et grand magnat de l’humour aux États-Unis. Pourtant, lorsque Curb Your Enthusiasm disparaît des radars en 2011, après huit saisons drôles et finement écrites, elle ne bénéficie d’aucune lumière, ni d’aucun honneur. Elle disparaît des programmes, tout simplement.
Six ans plus tard, c’est pourtant bien avec une classe folle et un sens de l’improvisation (seul le scénario est écrit, les dialogues sont nettement plus spontanés) toujours intacts que Larry David et son caractère aigri reviennent sur HBO pour une neuvième saison impeccable jusqu’à présent. On retrouve les codes formels empruntés à la téléréalité (la caméra à l'épaule, l'éclairage de mauvais goût, etc.), ces situations aussi improbables et gênantes qu'hilarantes, cet humour absurde ou encore cette théâtralité qui rend chacun des dialogues particulièrement extrême. Surtout, on retrouve Larry David dans cet autoportrait déviant où les rapports sont compliqués, souvent prétextes à des discussions absurdes, embarrassantes et vouées à finir dans les hurlements ou la rancune. «Nous allons dans des directions étranges drôles, folles, et vous ne devinerez jamais où tout ça va se terminer». Quand on voit Larry David se faire virer d'un bus à cause de ses insultes ou quand il se plaint d'une femme qui sanglote trop fort à un enterrement, on comprend ce que le producteur Jeff Schaffer a voulu dire ici : jamais, peut-être, Larry David n'avait été si exacerbant, râleur et féroce. Jamais, donc, il n'avait été aussi drôle et attachant.

Le mash-up du mois :
C’est sorti tout droit de la tête des lyonnais de Brainbow, et il faut le dire : cette fusion du mythique générique de K2000 et du titre Initials BB de Gainsbourg excite au plus haut point.

Ça va un peu trop loin : Stranger Things
On est peut-être fans de Stranger Things, mais a-t-on vraiment besoin de voir la série s'associer avec les magasins de grande distribution Target pour commercialiser des poupées Funko spécialisées ou des action figures à l'effigie des héros de Hawkins ? Oui, Stranger Things est un objet pop, tout le monde bien compris : pas la peine d’en rajouter et d’en faire un projet pour grands enfants qui refusent de grandir.

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OSEF : le retour de Will and Grace
Après onze ans d’absence, Will and Grace est revenu pour une neuvième saison sur ABC, et franchement, on aurait pu s’en passer. Seul intérêt ? Cette phrase balancée à la fin du premier épisode : «Make America gay again». Encore un ennemi de plus pour Trump.

 La couverture qui dit tout et qu’on aurait aimé avoir en France :  

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La punchline du mois :
Elle est de Steven Soderbergh dans les Inrocks : «Longtemps, la télé a été formatée, restrictive, et puis tout a changé. La première série novatrice a été Twin Peaks, mais ce fut un coup isolé, personne n’avait suivi. Ce sont Les Soprano qui ont bouleversé décisivement tout le paysage, entraînant à leur suite Mad Men, The Wire, Breaking Bad… David Chase a tout révolutionné, il a bazardé toutes les règles existantes sur le nombre d’épisodes d’une saison, sur la dramaturgie, etc. Tout ce qui est bon aujourd’hui est en dette envers David Chase. La leçon de tout ça, c’est que quand on donne la liberté aux créateurs, on obtient de très bons résultats.»

La guest star ultime : Sylvester Stallone
Ça se passe dans le troisième épisode de la saison 2 de This Is Us. Au détour d’une scène, c’est bien Sylvester Stallone qui apparaît face à Kevin, l’un des principaux protagonistes de la série, et remet toutes nos croyances quotidiennes en doute. En une simple phrase, dit avec la classe qui le caractérise l’âge avançant : «Il y a longtemps, c’est un concept qui n’existe pas». Prends ça Platon !

J.J. Abrams, décryptage d’un showrunner
«Les créations d’Abrams clament pour leur part que ce n’est pas parce que le cinéma a perdu de son innocence que les cinéastes doivent en faire de même et arrêter de vivre pleinement les histoires qu’ils racontent. Il faut au contraire se laisser, encore et toujours, emporter par la capacité du fantastique et de la science-fiction à faire surgir l’incroyable, et ainsi composer à partir des références méta un bac à sable où tout peut se produire et se mélanger.» Ces mots, ce sont ceux d’Erwan Desbois dans J.J. Abrams ou l’éternel recommencement. Un ouvrage tout juste paru aux éditions Playlist Society, mais déjà essentiel pour quiconque souhaite comprendre les obsessions, les thèmes récurrents et le sens de la citation d’une des figures les plus présentes et indispensables du paysage cinématographie et sériel des vingt dernières années.

On parle quand même ici du «fils d’Hollywood», pour reprendre le titre du premier chapitre, d’un homme qui a longtemps retouché dans l’ombre des scénarios aujourd’hui connus de tous (Casper, Armageddon), d’un producteur capable d’accumuler les projets sériels (11.22.63, Roadies ou Westworld, ces derniers mois), d’un geek apte à produire ses propres classiques (Alias, Lost, voire Fringe dans une moindre mesure) et d’un mec qui, en plus d’avoir fondé sa propre société (Bad Robot), réussit à imposer ses projets au sein de différents grands studios (Disney pour Star Wars, Paramount pour Star Trek ou Warner pour Person Of Interest). À quoi ce succès tient ? Simplement au fait qu’un fan de Spielberg et de George Lucas ne peut décemment pas être quelqu’un de mauvais ? À cette théorie selon laquelle une personne ayant crée, produit et piloté Lost (l’idée des flash-forwards, c’est lui) ne peut foncièrement que faire partie des génies ? Valables, ces deux suppositions n’expliquent pas tout : il faut en effet comprendre à quel point J.J. Abrams travaille sans cesse les mêmes thèmes pour saisir toute son importance.

Car oui, le producteur américain n’est pas juste obsédé par les valises de billets verts que peuvent rapporter des franchises telles que Mission Impossible, Star Trek ou Star Wars. Depuis toujours, il est obnubilé par la notion de libre arbitre («ne me dites pas que je ne peux pas faire quelque chose» de John Locke dans Lost), par le rapport au temps (les flash-backs, les flash-forwards, l’île de Lost qui saute d’une époque à l’autre), par l’esthétique mise en place dans les années 1980 par Spielberg et Lucas, par cette quête de rédemption inhérente à ses personnages et par cette façon de complexifier ses personnages principaux, au point que l’on parle aujourd’hui volontiers de «héros abramsiens». Qu’Erwan Desbois, dans son ouvrage, décrit ainsi : «le héros ambrasien – incarné dans Lost par Jack – agit toujours au sein du groupe, où sa fonction est de garantir la démocratie et le vivre ensemble sur des bases d’égalité et de liberté. Il n’est pas un justicier, il sert la justice ; il n’est pas supérieur à ceux qu’il protège, il est l’égal de ses pairs.» On a donc tout à apprendre des personnages de J.J. Abrams, mais aussi des préceptes (empruntés au bouddhisme, à Stephen King, etc.) que le producteur américain tente de faire passer à travers eux. Comme lorsque Eko, quelques minutes avant sa mort dans la saison 3 de Lost, dit : «Je n’ai pas demandé la vie qui m’a été donnée. Mais elle m’a néanmoins été donnée. Et avec elle, j’ai fait de mon mieux».

 La photo qui rend nostalgique :
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La vidéo à voir :
La saison trois de Twin Peaks s’est achevée fin août après dix-huit épisodes complètement fous, obsédants et plus lynchéens que jamais. À moins que le réalisateur américain ait tout piqué à Lewis Carroll ? C'est l'une des pistes avancées par cette vidéo de 7 minutes de réflexion, où l'on comprend également à quel point Lynch est tiraillé par l'idée de l'au-delà.