Le long-métrage adapte assez librement le livre. Au moment de sa sortie, Cherrie Currie, qui trouve à juste titre que Fanning et Stewart sont formidables dedans, expliquait au zine Uproxx que le film "comporte quelques inexactitudes" et omet certains faits essentiels, comme la difficulté qu'elle avait à se positionner par rapport à sa sœur jumelle quand elle était ado. "Marie était plus populaire que moi et j'étais un peu perdue. Dans le film, ils ne montrent pas que son petit ami, le gars qui ramasse les filles au début, m'a violée. Il a volé ma virginité. Il m'a violée, et c'est après ça que je me suis coupé les cheveux et que je suis mise en colère... Je n'étais pas comme ça avant. J'étais juste une gentille surfeuse qui aimait Bowie, trempait ses orteils dans l'eau et qui cherchait à échapper à sa condition de jumelle. À ce moment, j'entrais dans la puberté et je ne voulais pas être connectée à la mode tout le temps. Ça aussi, on ne le voit pas dans le film. Ils ne voulaient pas que je perde mon innocence aussi tôt dans l'histoire."


En dépit de ses quelques inexactitudes, Les Runaways a l'immense mérite de recréer le milieu glam de Los Angeles du milieu des années 70. La scène qui se déroule à l'English Disco, le club de Sunset Boulevard animé par le fameux DJ Rodney Bingenheimer, est à cet égard carrément jubilatoire. Kid Congo, qui fréquentait l'endroit quand il était ado, nous racontait il y a quelques mois : "Je mettais mes platform shoes et traversais toute la ville en bus pour y aller. L'endroit était le QG des ados branchés glam, un lieu où l'ambiguïté sexuelle régnait !" L'authenticité avec laquelle la seconde moitié des seventies est recréée n'étonnera pas quand on sait que le film a été produit par Art Linson, déjà en charge des Seigneurs de Dogtown, une excellente évocation des débuts du skate à Venice Beach produite quelques années plus tôt (un film qui a une super B.O., ceci dit en passant). Linson, qui produit en ce moment Sons Of Anarchy, était aussi déjà à l'origine de Sunset Strip, un long-métrage sur le milieu du rock angeleno. L'homme prend donc au sérieux le rock and roll.

La mise en scène des Runaways est assurée par Floria Sigismondi, réalisatrice de clips italo-américaine qui a notamment travaillé avec Marilyn Manson, David Bowie et Björk. Plus intéressée par l'évocation de la relation qui unit les adolescentes Joan Jett et Cherie Currie (respectivement 17 et 16 ans au début des Runaways) que par livrer un simple biopic, la réalisatrice accompagne néanmoins les différentes étapes de la vie du groupe, de sa création par le Pygmalion Kim Fowley (interprété avec brio par Michael Shannon) jusqu'à son implosion, en pleine période punk. Entre-temps, Currie a quitté le groupe à cause de l'habituel cocktail de drogue et de pression, Joan Jett la remplaçant au chant. Habile, la guitariste a réussi à décrocher le titre de productrice exécutive du film, ce qui lui permet de s'arroger le beau rôle notamment dans la séquence où lui vient l'idée d'enregistrer I Love Rock 'n' Roll. Le long-métrage se garde bien de rappeler qu'il s'agit d'une reprise et non d'une création de la guitariste sexy. Il évite aussi les aspects les plus glauques de la relation qui unissait Fowley et ses Fugueuses. La bassiste Jackie Fox a en effet accusé le producteur de l'avoir violée au cours d'une fête alors qu'elle avait été droguée, et ce sous les yeux impassibles de Currie et Jett (cette dernière dément avoir assisté à la scène)... Reste un film enthousiasmant sur un gang de gamines appelées à écrire une jolie page de l'histoire du rock porté par les performances remarquables de ses deux actrices principales.

rehost%2F2016%2F9%2F13%2F7f6556bb-d36d-4006-9072-a8db9e8c275f-1 Les Runaways de Floria Sigismondi (2010).

 KIM FOWLEY – The Trip

SUZI QUATRO – Can The Can, l'une des idoles de Joan Jett 

EDGEPLAY, documentaire de Victory Tischler-Blue sur les Runaways (2004) 

++ Le site de Cherrie Curry, qui sculpte désormais à la tronçonneuse ; et pour en savoir plus sur les débuts du punk à LA, lire l'excellent We Got The Neutron Bomb : The Untold Story Of LA Punk de Marc Spitz et Brendan Mullen.
++ Ami des rythmes binaires et du grand écran, ne loupe pas nos autres articles consacrés au cinéma rock : les Ramones (Rock 'n' Roll High School (Le Lycée des Cancres)), Les Sex Pistols (The Great Rock 'n' Roll Swindle (La grande Escroquerie du Rock 'n' Roll)), les Who (Quadrophenia), les Rolling Stones (Gimme Shelter).