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Les plus geeks d'entre vous connaissent sans nul doute le célébrissime Space Pen de Fisher, le "stylo de l'espace", vendu avec ses cartouches pressurisées et insubmersibles dans plein de déclinaisons différentes, allant grosso modo de la contrefaçon jetable qui fuit de partout et ne sert à rien, à la version classique et abordable, en passant par l'original-prestige-deluxe "MiIllenium", garanti à vie et que s'il meurt avant vous, la compagnie vous le remplace gratuitement.

Hé bien figurez-vous que l'histoire de ce stylo qui écrit sous l'eau, dans l'espace, à l'envers, avec ou sans gravité, avec ou sans oxygène, bref, LE stylo dont vous avez besoin pour terminer le manuscrit inachevé et apocryphe de l'ultime tome de La Recherche tout en étant plongé dans une cuve d'acide sulfurique (perso, l'une de mes activités préférées) a beaucoup fait jaser les mongoliens conspirationnistes de quatorze ans et demi utilisateurs lambda d'internet ces dernières années. Ce stylo aurait coûté une fortune à développer - plus d'un million de dollars au contribuable américain, madame ! - et ne servirait en réalité absolument  à rien, puisque pour écrire dans l'espace (aka pour que l'encre puisse couler du stylo en l'absence de gravité, et que quand elle coule, elle n'aille pas faire des micro-bulles de glou-glou de couleur qui flottent dans la navette et qu'après, y'a des tâches aléatoires partout sur le tableau d'arrêt d'urgence du positron 2000 expansé à hydrocarbures polycycliques, et que du coup tout le monde meurt dans une belle explosion d'encre bleu minuit), il suffirait de faire comme les Russes et d'écrire avec des crayons à papier. Oui, ce paragraphe n'était constitué que de deux phrases. C'est parce que je l'ai écrit avec ce stylo. Il est magique.


Toujours est-il que l'opinion publique américaine s'est servie pendant des années de cette histoire pour exemplifier le prétendu gâchis cosmique d'argent public dilapidé par la NASA dans le développement de produits-poubelle totalement inutiles. D'autant plus que comme chacun sait, ces sommes d'argent pharamineuses servaient uniquement à financer des mises en scène ridicules, élaborées avec des fausses photos de fausses caméras de faux astronautes dans des garages du Nevada, pour faire croire qu'ils se sont posés sur la Lune alors qu'en réalité, notre satellite naturel est une crêpe au fromage, c'est bien connu. Bref :  ce stylo = rends l'argent.

Sauf qu'en fait non. Ce stylo a bien une utilité, et s'il a coûté un million de dollars, c'était en frais de développement indépendants financés par la compagnie de stylos Fisher, et en l'occurrence par la fortune personnelle de monsieur Fisher himself. Au final, la NASA en aurait commandé 400, pour le prix de gros imbattable de six dollars pièce. On est donc bien loin du scandaleux gâchis crié sur tous les toits par le bon peuple des interwebz. Et d'ailleurs, sachez que dans l'espace, les crayons, c'est pas rigolo du tout et super dangereux. En effet, la mine de plomb, c'est conducteur, ça se casse, et ça balance des fragments de poussière électro-sensible partout... fragments qui ensuite se baladent librement dans la navette, et n'aiment rien tant que se nicher dans le tableau d'arrêt d'urgence du positron 2000 expansé à hydrocarbures polycycliques. En un mot comme en cent, nicht glop. Crayons = MORT. Vive le stylo anti-gravité.

Pour les anglophones, c'est cette histoire - ainsi que moult anecdotes narrées avec moult détails basés sur moult recherches fort habilement branlées - que vous retrouverez sur cette chaîne YouTube, Curious Droid, présentée dans un anglais parfait par un monsieur qui ressemble à Yul Brynner qui aurait trop mangé, mais qui compense en arborant de magnifiques chemises sur chaque épisode, à chaque fois uniques et encore plus belles que sur l'épisode précédent. Et pour ceux qui dessinaient des Trolls de Troy en cours au lieu d'écouter la prof expliquer une énième fois que Brian n'est pas in the kitchen mais en train de promening the fucking dog, z'avez qu'à activer les sous-titres.

C'était vraiment très intéressant.