lemming
Alors, jeune gogo ? Toi aussi, tu as toujours cru que les lemmings se suicidaient quand ils étaient en surnombre et que quand même, bah c'est fou, rien que d'y penser, des animaux qui se suicident comme ça, par instinct, 'tain la Nature c'est kék' chose quand même, que mêm' quand on croit qu'on sait des trucs, ben il en reste toujours des vachement plus oufs qu'on n'expliquera jamais vraiment ? Bah raté. Tu es, comme moi à peu près toute ma vie, tombé dans le panneau de Disney. Et un panneau qui ne date pas d'hier : 1958 pour être précis. Hé oui : les lemmings, ça n'est jamais sauté des falaises pour se faire emporter dans le tourbillon de la mort, mus par un incompréhensible sens du sacrifice pour le bien de la communauté lemming. Enfin si - ça saute des falaises, et effectivement, il s'avère qu'ils meurent après, mais en fait, y font pas exprès. C'est pas qu'ils en ont marre de vivre. C'est à dire que vu de l'extérieur, tous ces lemmings qui nagent sur le dos à intervalles réguliers, c'est quand même assez compliqué à comprendre, et c'est pour ça que tout le monde a cru à la thèse du "suicide par hystérie collective" pendant tant d'années.

En fait, lorsqu'ils sont trop nombreux, les lemmings - qui savent nager, comme un certain nombre de rongeurs, à commencer par les rats - n'hésitent pas à traverser des étendues d'eau pour aller voir ailleurs s'il y a de la place. Des étendues comme des étangs, des lacs... et plus souvent qu'à leur tour la mer, qu'ils prennent simplement pour une grosse mare. De ce point de vue-là, ils sont en réalité complètement cons : lorsqu'il n'y a plus assez d'espace suite à leurs constantes fluctuations de population (un coup on est plein, six mois plus tard y'a plus personne, un an après c'est Calcutta à 14h...), ils n'hésitent pas à plonger dans la mer en masse, pensant que c'est juste une flaque un peu oversize avec une verte prairie pleine de bon miam à grignoter qui les attend au bout. Sauf que merde, c'est l'Océan Arctique, et tiens que je te pédale deux heures dans l'eau avant de me rendre compte que je suis à 15 km de la côte d'où j'ai plongé comme une bite et que je vais crever parce qu'il y a des vagues qui font 80 fois ma taille et que j'ai plus de forces et que je glouglouglrglllladieu.


Ce monsieur explique toutes ces choses sur sa super chaîne Today I Found Out, qui est aussi passionnante qu'elle est déconseillée aux LV1 tagalog. Auquel cas : sous-titres. Clic clic.


Et donc Disney, qui n'était pas le premier à raconter des conneries sur le sujet, a involontairement propagé cette croyance dans l'un de ses documentaires animaliers des années 50 (oscarisé, ç'ui-là en plus), White Wilderness, en reconstituant - au Canada, et non pas dans le grand Nord norvégien dont les lemmings du film étaient issus - les sauts des lemmings dans la mer... avec un plateau tournant pour les propulser hors d'une falaise, dans un fleuve où, effectivement, ils se noyaient à l'écran. Et allez ! Ça, c'est de la win éco-responsable to the max. Croyant éduquer les masses en reconstituant l'inexplicable, ils ont en réalité perpétué le mythe de "ça doit être du suicide", n'ayant pas eux-même la réponse de pourquoi les ch'tites bestioles faisaient ça, vu qu'elles allaient toutes vers une mort certaine. Alors qu'au final, il s'agit simplement d'une nécessité migratoire, alliée à une dose titanesque de témérité et supportée par un cerveau de la taille d'une noisette en léger état de décomposition.
Et bonjour chez vous.

WhiteWilderness_Poster
Le "documentaire" fautif. Bon, on va dire qu'ils ne savaient pas, même si quand même, le coup du plateau tournant...