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Si vous n'avez jamais vraiment été sensible à l'Urinoir de Duchamp, rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul : même les proches de l'artiste sont sidérés quand il leur présente ses premiers readymades, il y a un peu plus d'un siècle. Marcel Duchamp, comme une tripotée d'autres artistes parmi lesquels Francis Picabia, Albert Gleizes, Jean-Joseph Crotti, Jean Metzinger ou encore le compositeur Edgard Varèse, s'exile aux Etats-Unis en 1915. C'est là, à New York, que se rapprochent bon nombre de ces Européens en goguette pour reprendre le fil de Dada puis fonder une sorte de sécession artistique qu'ils nomment "Les Indépendants", avec, à leur tête, Duchamp (qui ne supporte pas les rassemblement ni toute espèce de groupe, mais adoore commander). Alors que les Indépendants s'activent à préparer leur première exposition à Manhattan au printemps 1917, Duchamp soumet un urinoir non signé. "C'était simplement pour faire un test, pour savoir, puisque c'était une exposition où rien ne passait par un jury, il n'y avait donc pas question, sauf dans le cas d'érotisme ou de pornographie, de refuser une chose comme ça". C'est pourtant bien ce qui arrive : l'oeuvre du patron se voit rejetée par ses pairs alors même que le principe de l'exposition est de ne pas opérer la moindre sélection parmi les oeuvres, pour une liberté d'exposer totale. Le patron réagit en patron : il quitte aussitôt son poste, humilié par cet affront qui ne fait que le conforter dans ses convictions misanthropiques. De toute façon tous les autres c'est rien que des sots qui comprennent rien à rien à l'art ils verront plus tard moi je serai à Beaubourg et pas eux d'abord.

Une foule d'autres belles histoires, considérations sur l'art et sur les autoroutes américaines, dans le documentaire Jeu d'échecs avec Marcel Duchamp, de Jean-Marie Drot (1963), une rareté dénichée parmi les trésors d'Ubuweb.