Premier film d’un petit génie du court-métrage, son année de production remonte à 2015 et pour cause : ce film canadien indépendant a fait la tournée des festivals (TIFF et Inside Out Gay & Lesbian Film Festival à Toronto, Atlantic Film Festival, Film Out San Diego), profitant ainsi du buzz de ses prix pour être distribué à l’étranger et sortir de l’ombre. Il n’arrive donc que maintenant dans nos salles, fin 2017, à la période de l’année où l’on pense plus à combattre les Sith et déballer les cadeaux sous le sapin qu’à aller voir du film d’auteur hybride et introspectif. Malgré cette couille du calendrier de sortie, Closet Monster est une vraie curiosité qu’il serait dommage de rater par flemme ou oubli.

Inspiré d’une sombre histoire réelle, Oscar, un enfant créatif et solitaire, assiste à un meurtre homophobe dans le cimetière de sa petite ville. Quelques années plus tard, en jeune adulte, nous le retrouvons en train de travailler dans un magasin pour se faire des économies et tomber amoureux de son collègue, le rebelle Wilder. Entretemps, les parents d’Oscar se sont séparés et il vit seul avec son père. Entre cette relation paternelle volatile, ses ambitions artistiques, son amour caché pour Wilder et des hallucinations inquiétantes, Oscar va devoir trouver sa voie durant la période la plus complexe de sa vie.
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Coming-of-age movie
Si Stephen Dunn s’annonce comme un réalisateur à suivre de très près, c’est en grande partie par rapport à l’écriture de ses personnages et l’alchimie immédiate de son casting à l’écran. Des seconds couteaux aux rôles principaux, il y a une authenticité bouleversante chez le jeune Connor Jessup (Oscar) comme chez Aliocha Schneider (son crush, Wilder) qui nous fait directement entrer dans la psyché de ces grands ados perdus. Usant de petites touches d’humour bienvenues et nous épargnant les clichés propres aux films d’ados, Dunn renouvelle le genre par des portraits à échelle humaine d’êtres en quête de sens à leur existence. Il n’enjolive pas Oscar, le montre dans son égoïsme et ses échecs avec le même amour et la même empathie. Dunn a l’intelligence de poser son récit à un carrefour sexuel et philosophique chez son protagoniste : qui vais-je devenir ? Est-ce que je me définis par rapport à mon entourage ou par ce que mon entourage pense de moi ? Toutes ces questions que nous nous sommes tous posées, Closet Monster les retranscrit avec une intensité si parfaite qu’il mérite tout votre soutien.

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Le film aux deux visages
À l’image de son affiche, le film montre plusieurs personnalités. À côté du teen-movie classique se retrouvent des envolées surréalistes gores et oppressantes à la Lynch lorsqu’Oscar hallucine. Même si le mélange des genres est parfois hasardeux et bancal, Dunn a le mérite d’aller au bout de son concept. Comme Oscar, le film a peur de choisir une identité propre, ne souhaitant visiblement pas être enfermé dans une case précise. Convoquant l’esthétique léchée ralenti-musique pop à la Xavier Dolan ou encore la contemplation d’un Gus Van Sant, Closet Monster ne gagne pas sur tous les tableaux, pêchant peut-être par une ambition trop affirmée pour un premier essai, trop écrasé par ses références. Cependant, il constitue en soi un beau brouillon qui peut devenir culte pour tous les amateurs de mélos pudiques et bizarres. Durant seulement 1h30 et diffusé dans une poignée de salles, n’attendez pas dix mois pour voir sur internet ou en Blu-ray cet émouvant morceau de cinéma sensoriel. Petit conseil à ce titre, n’hésitez pas à vous procurer d’urgence The Edge of Seventeen de Kelly Fremon Craig, chef d’oeuvre du teen-movie 2.0, arrivé chez nous aussi par la petite porte comme Closet Monster mais sans sortie salle et directement en VOD. 

++ Closet Monster de Stephen Dunn sort en salle aujourd’hui, mercredi 13 décembre.

Crédit photo : Pro-Fun Media.