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C’est bien connu : le couple réalisateur/producteur entretient souvent une relation passionnelle mais compliquée. Qui paie quoi et qui porte la culotte ? Les désirs  artistiques du premier entrent souvent en conflit avec le pragmatisme financier du second. Cas d’école : Dune de Lynch. L’auteur de Mulholland Drive garde un souvenir amer de sa seule collaboration avec une superproduction. Durant tout le processus créatif, le studio tient en effet fermement les rênes du film pour ne pas effaroucher les paires d’yeux du grand public. Une scène où le personnage joué par Sting devait apparaître nu comme un ver est censurée, et le chanteur de Police est attifé d'un slip argenté ridicule (fashion faux pas total). Universal et les prods jugent aussi le montage choisi par Lynch trop long, trop sibyllin et trop bizarre : ils coupent près d'une heure de rushes, retournent plusieurs séquences, ajoutent une voix off pour rendre l’intrigue plus compréhensible et incorporent à cette sauce déjà bien indigeste des effets spéciaux d'une rare laideur. 

Le résultat final, tiraillé entre l’univers torturé de son créateur et les velléités mainstream de ses créanciers, ne trouve pas son public. Le reste appartient à l'Histoire : le film est un échec commercial et se fait littéralement massacrer par la critique, Lynch finit par désavouer son oeuvre. Mais malgré ses faiblesses évidentes, le space opera reste néanmoins culte pour son univers sombre, extravagant et baroque, qui ressemble à une erreur dans la lisse matrice hollywoodienne. L’un des artisans de cette texture visuelle mémorable, le dessinateur Ron Miller, vient de publier ses dessins préparatoires pour les décors, costumes et accessoires de la chose sur Gizmodo. Extraits choisis.

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