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C’est la guerre pour revendiquer la maternité du «Butt Movement», soit l’émancipation des grosses fesses et leur reconnaissance comme objet de fantasme pop et fashion. On crédite souvent Kim Kardashian, Nicki Minaj ou la mode du twerk pour ce progrès social indéniable. Révisionnisme de bas étage ; c’est méconnaître l’histoire du fessier féminin. Celle qui revendique le trône de pionnière, de Louise Michel des gros culs — c’est Coco Austin.

Sur Instagram, la femme d'Ice-T,  l’ex-rappeur gangsta devenu flic de pacotille pour la téloche, a poussé un coup de gueule. "Avoir des fesses était considéré comme être grosse dans le mannequinat, mais j’ai aidé à changer la façon dont étaient perçues les fesses", a-t-elle expliqué. Et de rappeler que sa carrière de modèle photo a commencé il y a plus de 20 ans, photo à l’appui (ci-dessus).

Si l’on occulte le style "poster central de Tuning Magazine" du cliché, force est de constater que Coco osait montrer ses formes volupteuses alors que Kim K en était encore à quémander un peu de lumière en massant les pieds de Paris Hilton. Mais cela suffit-il à prouver que Coco est bien celle qu’elle prétend être ? Après avoir interviewé les plus grands experts américains en buttology de Harvard, Brain vous éclaire. Leçon d’Histoire, sortez vos cahiers, prenez vos stylos. hottentoteAu XIXème, les larges fessiers sont d'abord objets d’étonnement. Ils trouvent leur place dans les expositions coloniales. Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote, est exhibée pour ses mensurations inhabituelles pour le public européen. En cage, l'esclave d'Afrique du Sud essuie les quolibets des spectateurs et subit des pelotages de croupe dignes du salon de l’Agriculture. Pourtant, quelques années plus tard, à l'ère victorienne, le booty a la cote. Si la femme est étouffée dans son corset, c'est pour mieux rétrécir sa taille et donc faire ressortir son derrière.1885-Day-Dress-American-white-cotton-KSUMAvec les années 20, c'est le retour du plat. Les formes feront un retour éclair dans les fifties grâce à l'effet Marilyn Monroe avant de retomber en disgrâce. Indéniablement, la culture hip-hop va jouer un rôle crucial dans le come-back des popotins généreux. En 1989, le 2 Live Crew met les arrière-trains à l'honneur sur la pochette osée d'As Nasty As They Wanna Be, le premier album de l'Histoire à avoir été jugé légalement obscène. Trois ans plus tard, Sir Mix-a-Lot signe une ode aux culs imposants avec Baby Got Back et sa punchline "I like big butts and I cannot lie". 


À ce stade, on est encore loin du mouvement d'auto-détermination des grosses fesses. On reste dans une objectivation de la femme, son postérieur éclipsant son visage. C'est l'émergence de la "vixen", la bombasse qui va assurer le succès d'un clip. Surtout, Kate Moss, l'allumette cocaïnomane, reste alors le modèle de beauté référent. Pour les femmes, il n'y a pas beaucoup d'alternatives. En 1993, Anna Nicole Smith est élue Playmate de l'année. Sorte de Marilyn trash, elle redonne un peu de popularité aux modèles callypiges. À la fin des années 90, la carrière de Jennifer Lopez commence à décoller, et ses fesses de devenir un sujet de conversation dans les cours des collèges. Elle fait fi des critiques des médias sur son anatomie et commence à afficher sa fierté d'avoir un séant pas comme les autres. “Son cul est une oeuvre d'art. C'est quelque chose qui restera dans l'Histoire", déclarera son ex P. Diddy. Jugement esthétique mis à part, les fesses de J-Lo sont effectivement historiques : elles marquent les prémices du «Butt Movement». D'abord résistance au diktat de la maigreur, cela va permettre aux  femmes d'origine africaine, sud-américaine ou arabe d'être davantage représentées.

Et Coco Austin dans tout ça ? L'ancienne miss mexicaine est repérée par Playboy en 2001 avant de tourner quelques films interdits aux moins de 16 ans (dont The Dirty Monks soit Les Moines Salaces, ça fait rêver). Elle fait donc partie de la première vague de mannequins et de célébrités qui ont misé sur leur atout grosses fesses. Elle devient une people au moment où le succès de Beyoncé et des Destiny's Child font entrer le mot «bootylicious» dans le dictionnaire Oxford.bootylicious2Fake ou pas ? C'est désormais la grande question lorsqu'un pétard époustouflant se présente à notre regard.  Avoir un vrai gros cul est l'équivalent de la street-cred chez les modèles. Ça la foutrait mal de soit-disant promouvoir l’acceptation de soi si l'on s’est fait triturer le bas des reins par un chirurgien esthétique s'agirait pas que le «Butt Movement» débouche sur une contrainte supplémentaire imposée aux femmes, n'est-ce pas.  Et lorsque l'on voit les flopées d'instagrammeuses irréelles qui ont un ventre hyper-plat et des fesses gigantesques, on est en droit de se poser des questions... Les opérations d'augmentation des fesses sont de plus en plus nombreuses et ne sont plus réservées aux Brésiliennes soucieuses de faire bonne figure en tanga sur la plage. Coco Austin a donc dû prouver que son illustre postérieur est authentique. Scène surréaliste, elle a fait expertiser ses fesses par un chirurgien esthétique dans le programme de télé-réalité sur son couple, Ice & Coco. Kim K a fait la même démarche, postant, elle, une radiographie de ses attributs sur Facebook.


Si l'année 2014 a été baptisée par certains médias "l'année du booty", à cause notamment du clip d'Anaconda de Minaj et de la collaboration entre Kardashian et Jean-Paul Goude pour Paper Magazine qui a cassé Internet, ce n'est en réalité que le résultat des évolutions des années 90-2000. Coco a ainsi contribué à paver la voie pour l'acceptation des grosses fesses. Respect.