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Dans un petit village de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, un soir de 1988, Ursula Werner regarde Ali Baba et les Quarante Voleurs avec son mari et ses quatre enfants. Alors que surgit à l'écran une danseuse du ventre en soutien-gorge rouge éclatant, le derrière agité de soubresauts sensuels, les yeux fatigués de la mère au foyer se mettent à briller. Après le film, elle disparaît dans sa chambre ; dès lors, raconte sa fille Ella, neuf ans à l'époque, elle ne sera plus jamais la même. À l'université populaire de Bad Oeynhausen, Ursula déniche un cours de danse orientale qui vient tout juste de se mettre en place sous le regard désapprobateur des notables ventripotents du coin, qui voient d'un très mauvais oeil cette pratique s'assimilant pour eux à du dévergondage pur et simple. Elle s'entraîne quotidiennement dans le salon de la petite maison familiale, enregistre des chants arabes sur cassette, fabrique elle-même ses premiers costumes en cousant des perles et des paillettes sur ses soutien-gorges, qu'elle rembourre avec des épaulettes, car le Wonderbra n'a pas encore été inventé. En 1990, elle décide de se produire en public ; Ursula devient "Shahzadi", passe des petites annonces dans les journaux locaux et se met à écumer les anniversaires, les mariages, les congrès de médecins et les fêtes de village des environs. Le succès est immédiat et Shahzadi devient la danseuse du ventre la plus demandée de la région, au grand dam de sa fille Ella, qui entre dans l'adolescence et jalouse les hordes de prétendants que charrie sa maman. En 1991, toute la famille met la main à la pâte pour redécorer la cave de fond en comble avec force tapis persans, palmiers en plastique et gigantesques miroirs, car Ursula se sent investie d'une mission : transmettre son savoir à toutes les femmes de la région. Mères au foyer, avocates, retraitées, étudiantes — en sarouel ou en leggings, elles convergent de toute la Westphalie vers le sous-sol familial, rebaptisé "L'OASIS", pour apprendre les secrets du déhanché enivrant de la "perle de l'Orient". En 2006, après quinze ans au service de l'émancipation par le coup de reins, Shahzadi remet au placard ses soutifs affriolants pour prendre une retraite bien méritée dans son village. Jusqu'à aujourd'hui, elle n'a jamais mis les pieds en Orient.

Une histoire à lire (en allemand, entschuldigung pas entschuldigung) ici.

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Ursula et son fils

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Monsieur et Madame Werner, alias Mustafa et Shahzadi, dans "L'OASIS"

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