Comment est-ce qu'on se retrouve avec un album de Tellier composé juste pour soi ?
Heather Renée Sweet (Dita Von Teese) : J’ai découvert Sébastien il y a quelques années, quand je sortais avec Jérémie Elkaïm et que j’habitais à Paris. C’est Jérémie qui me l’a fait écouter la première fois - c’était le morceau  L’Amour et la Violence. Je suis tombée amoureuse de cette chanson, je n’arrivais plus à me l’enlever de la tête, elle restait coincée dans mon cerveau. J’avais l’impression d’écouter une version moderne de Serge Gainsbourg, que j’adore.

Et vous préférez quel disque de Tellier ?
Difficile de répondre... Il y en a plusieurs, et comme j’utilise Spotify, je ne saurais dire les titres exacts. Mais j’aime bien les morceaux rapides et dansants. J’adore celui avec lequel il a concouru à l’Eurovision, comment s’appelle-t-il déjà ? On dirait un vieux tube pop des années 50.  Vous voyez lequel ?

Oui, Divine. Vous avez apprécié son arrivée sur la scène de l’Eurovision dans sa petite voiture ?
Oh oui ! Je l’ai vu bien plus tard et c’était vraiment irrésistible. Il y a encore quelques années, je n’avais aucune idée qu’un concours comme l’Eurovision puisse exister. Il a fallu qu’un finaliste pour l’Allemagne me demande de participer pour que je découvre ce show absolument incroyable. Je crois que je me suis rarement autant amusée !

Et la connexion avec Sébastien s’est faite de quelle manière ?
Quand j’ai fait mon spectacle au Crazy Horse, j’ai demandé si l'on pouvait l’inviter à la première ; j’avais très envie de le rencontrer et j’étais terrifiée à l’idée qu’il refuse.  Mais heureusement, il a répondu présent.

Vous vous attendiez à quelqu’un d’aussi grand, massif et chevelu ?
Je savais à quoi il ressemblait, donc ce n’est pas ce qui m’a surprise ; la vérité, c’est que je l’ai trouvé extrêmement timide et séduisant. J’ai un faible pour les hommes réservés et qui parlent peu la première fois qu’on les rencontre. Je me souviens que la première fois où on a été dîner, j’étais subjuguée par l’effet qu’il faisait aux femmes qui l’espionnaient discrètement. C’est à ce genre de petits détails qu’on remarque à quel point il est pétri de sensualité.

Et comment est venue l’idée d’un album avec lui ?
Bien plus tard, je dirais deux ans après notre première rencontre au Crazy Horse. Un matin en me levant, je suis tombée sur un mail de sa maison de disques où il était écrit : «Sébastien Tellier a composé un disque pour vous, il aimerait que vous chantiez dessus pour qu’il soit totalement terminé». Ce à quoi j’ai répondu que je ne savais pas vraiment chanter.

Comment ça ?
Quand je fais mes spectacles, il m’arrive bien sûr de chanter, mais c’est le plus souvent du lipsync avec ma propre voix enregistrée en studio sur des morceaux composés spécialement dans un style rétro par un big band, des trucs façon Mae West. Mais ça me prend un temps fou, il peut se passer deux mois de sessions vocales avant que je sois un tant soit peu satisfaite de ma voix. Souvent, j’enregistre couplet par couplet, et ensuite on coupe, on colle et on lisse avec de l’Auto-tune. C’est en cela que je ne suis pas chanteuse - je ne peux pas me coller derrière un micro et enregistrer une chanson dont je sois satisfaite en un jour. Mais apparemment, ça ne semblait pas du tout stresser Sébastien qui m’a répondu de ne pas m’inquiéter, que tout allait bien se passer, que ma voix était parfaite.

Pourquoi ce manque de confiance vis-à-vis de votre voix ?
Mais c’est pour tout, vous savez ! (Rires) Je ne suis pas quelqu’un qui a la fibre musicale, et ça m’a joué des tours. Quand j’apprenais la danse, que j’étais dans un corps de ballet, je n’ai jamais fait partie des meilleurs éléments parce que justement, je n’avais pas une perception très aïgue de la musique. Je me suis toujours sentie médiocre dans plein de domaines, même si je sais dans quoi j’excelle : je suis douée pour la performance, pour créer des fantaisies et de l’illusion. Et puis je me rassure en me disant qu’il y a plein de meilleures chanteuses que moi, mais qui n’enregistreront jamais un disque avec Sébastien Tellier !

Avant d’écrire les chansons et les paroles, Sébastien a-t-il essayé de mieux vous connaître ?
Oui et non en fait, il m’a posé des questions plutôt basiques, comme ce que je prenais le matin au petit déjeuner, des choses qui pouvaient paraître insignifiantes - et surtout, il m’a demandé d’écouter attentivement la manière de chanter de Cristina, cette mannequin française qui a enregistré des disques à New-York dans les années 80, en m’expliquant qu’il cherchait à retrouver cette ambiance. J’étais un peu surprise mais je pense qu’il avait vraiment une idée précise du disque qu’il voulait.

C’est quand je me suis retrouvé en studio avec lui à Los Angeles, où je devais enregistrer mes parties de voix, et qu’il a senti que j’étais un peu stressée, qu’il s’est montré un parfait gentleman. Quand je ne savais pas comment poser ma voix sur tel ou tel titre, il les chantait pour me montrer comment je devais le faire, parce que d’une certaine manière, il y avait beaucoup de paroles en français que je ne comprenais pas, dont je ne comprenais pas le sens. Et il a été très rassurant. Comme j’avais des problèmes à chanter, et comme lui me montrait comment faire, il m’a juste dit «Ne t’inquiète pas, je vais changer la musique pour qu’elle s’adapte mieux à ta voix».

Vous aviez d’autres chanteuses en tête ?
Je me suis concentrée évidemment sur les chanteuses françaises qui me fascinent, telles que Brigitte Bardot et son Je t’aime... moi non plus, mais aussi Barbara, Édith Piaf ou Line Renaud, que j’adore énormément.

Vous connaissez les chansons de Line Renaud ?!
Mais oui ! J’aime énormément les chansons que Serge Gainsbourg lui a écrites. Je la trouve magnifique, j’admire toute ce qu’elle fait, de ses disques à son engagement contre le sida. Récemment je me suis retrouvé à côté d’elle dans l’avion, elle revenait de Los Angeles, et on a passé tout le vol à discuter. J’étais sur un petit nuage, comme à chaque fois que j’ai la chance de rencontrer les gens que j’admire.

Qu’est-ce que vous aimez dans la musique française ?
Je trouve que c’est une musique très sensuelle - et bien sûr, la langue française qui, avec sa prononciation et son intonation, est certainement la langue la plus érotique au monde, joue beaucoup. J’avais un peu peur en enregistrant le disque de ne pas bien prononcer les mots français, même si je pense que mon accent et la manière dont je déformais les paroles, cette sorte de franglais qui m’est propre, excitait beaucoup Sébastien.

Et vous écoutez quoi en général, à part Line Renaud ?
J’aime pas mal de morceaux électroniques, surtout quand ils sont très mélodiques, même si je n’en ai pas l’air. Des choses comme Moderat, Maceo Plex, Junior Boys ou Blood Orange, qui est un très bon ami - je le trouve excessivement doué. Pour moi, c’est le Prince du futur. Je n’aime pas la pop actuelle, pour moi qui ai connu George Michael, Amy Winehouse ou Prince qui m’invitait à danser chez lui, la pop moderne est un cauchemar. Je ne peux pas supporter ces chanteuses comme Katy Perry ou Taylor Swift, totalement interchangeables et qui chantent toutes de la même manière sur les mêmes airs. Ce qu’elles font se situe entre le karaoké et la gymnastique vocale.

Vous vous retrouvez à travers ce disque ?
Je pense qu’il reflète surtout le fantasme de Sébastien. Certains titres me correspondent, d'autres sont le pur produit de son imagination.

C’est un album conçu pour faire l’amour ?
C’est effectivement sa principale raison d’exister et c’est déjà bien, non ?

++  L'album Dita Von Teese sortira le 16 février prochain.