Si pour vous le banjo est un accessoire du starter pack « redneck sudiste prêt à sortir sa torche tiki à Charlottesville » (coucou monsieur), il va falloir réviser votre jugement. L’instrument est en fait un dérivé des luths d’Afrique de l’Ouest et cette chouette vidéo d’archive est là pour nous le rappeler. Celui qui gratte frénétiquement ses cinq cordes au milieu des volailles et des chiens errants, c’est "Uncle" John Scruggs, né en Virginie en 1855. Et à cette époque dans cette partie du globe, comme quiconque avait un taux de mélanine un tant soit peu élevé, il est un fils d'esclave. Dans sa communauté, le banjo est l'instrument de prédilection. Les esclaves les fabriquaient en s'inspirant de ce qui existait dans leurs pays. Le blues ne sera vraiment populaire que plus tard, lorsque les noirs préfèreront les guitares aux banjos parce qu'elles n'étaient pas jugées comme des " machins de sauvages" par les blancs. 

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Scruggs avait a priori peu de chance de jouer sa musique devant une caméra. Surtout que dans les années 20, ce sont les talkies (petits films où danseurs et chanteurs de music hall  se produisent) des Warner qui avaient les faveurs du public. Niveau casting, plus blanc tu meurs. Ou alors, parfois, on utilisait les blackfaces, sans que cela ne déclenche un coup de Grizou. Pourtant, en 1928, une équipe de tournage de la Fox vint à sa rencontre pour filmer des images pour les news, diffusées alors dans les salles obscures. Ils enregistrèrent sa balade folk Little Log Cabin Round the Lane qu’il joua devant sa femme et ses petits enfants. Aujourd’hui, le débat fait rage pour savoir si on les a fait jouer cette scène ou si elle a été captée. La cahute au second plan aurait servi pour plusieurs court-métrages. On tient donc ici une pièce doublement historique : la preuve que la musique traditionnelle américaine a été forgée par des africains et peut-être l’une des premières fake news de la FoxAujourd’hui, vous pouvez admirer la ganache de l’Oncle John dans le Tennesse sur la fresque murale All in the Family II qui met à l’honneur tous les afro-américains qui ont contribué à révolutionner la musique.