Par où commencer ? Par la base peut-être. Le pourquoi de la révolte du gladiateur. Pas pour l'émancipation. Non. Mais pour fuir sa femme, qui l'épuise dans des nuits d'orgies sexuelles, pendant que ses potes s'éclatent au bordel, avec moult amphores de vin et prostituées. Une femme qui le castre et le domine. Mais il n'y a pas qu'elle. Spartacus a beau être le champion de l'arène, il a le charisme d'un parpaing. Personne ne le prend au sérieux. Alors il va monter une Révolution pour qu'on l'écoute. Comme un ado menacerait de fuguer pour qu'on le traite en adulte. Parce que Spartacus est un ado. Un enfant même. Qui tape ceux qui le contestent. Et embarque tout le monde dans un jeu qu'il invente au fur et à mesure.

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Romain (on notera l'ironie d'écrire un livre sur Spartacus quand on s'appelle Romain) nous fait rire. Marrer. Poiler. Un rire pour dissiper le malaise de voir cet homme, cet idiot du village, être le jouet de ses peurs, de ses désirs, de ses névroses. Un fruit du destin presque. Romain Ternaux a finalement écrit un drame grec avec ses hommes jouets des dieux. Sauf que les dieux, ici, sont modernes et plongent dans la psyché humaine. Si faible. Si aléatoire. Ce sont les circonstances qui dictent les pas des hommes. L'Histoire se charge de saupoudrer tout ça de volonté pour en faire un mythe. Parce que l'Histoire porte bien son nom. Elle a besoin d'une narration. D'une cohérence. Mais nous, nous le savons. Une existence humaine n'est pas cohérente. Toi, tu le sais. Toi qui as eu cent jobs, déjà. Des enfants avec des hommes et des femmes différents. Toi qui as été courageux un jour et couard un autre. Toi qui veux sauver la planète mais roules en diesel. Toi qui pleures le sort des SDF dans ton loft. Toi qui es fait de mille contradictions qui font à la fois tes douleurs, mais aussi ta richesse. Toi qui rebondis sur les événements de la vie en tentant de garder la tête haute. Toi qui essaies de garder le beau rôle dans cette pièce sans scénario ni réalisateur. Toi qui te démènes pour qu'on continue de dire que tu es quelqu'un de bien alors que tu ne vois que tes failles. Toi qui oscilles entre plaire en entrant dans le personnage assigné, et faire valoir ta liberté et envoyer tout valdinguer. Toi dont on loue la droiture alors que ton esprit s'épuise en zigzags infinis. Toi... Toi... Toi, tu es Spartacus.

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Où, quand, comment et dans quel état lire ce livre ?
Celui-là, tu te le gardes pour le matin ou le soir. Le matin, il te mettra de bonne humeur. Le soir, il te détendra et te fera relativiser. Picore-le, parce que c'est comme un bonbon qu'on mange trop vite. Et si tu dois y ajouter des psychotropes, prends de la légèreté. Du champagne pour l'alcool. Du Poppers, pourquoi pas. Attention, sous l'effet de la weed, la lecture est agréable, mais les rêves après sont un brin chelou (on a testé, on vous assure que voir sa mère avec une tête de girafe au milieu d'une arène de gladiateurs, arborant un masque de Claude Guéant version Casa de Papel, ça fait des réveils douloureux).

Incipit
Le foutu lion rugit et me saute dessus, alors je fais un pas de côté pour qu'il s'écroule dans la poussière.

Excipit et explicit
Parce que depuis le début, c'est Bacchus qui a tout décidé.

Vous avez aimé, vous aimerez aussi...
Tous les livres des éditions des Forges de Vulcain, parce que David Meulemans s'évertue à publier une réalité poétique. La Folle histoire de l'espace, et tous les films de Mel Brooks. Sacré Graal et tous les films des Monty Python. Côté littérature, il faudra lire contemporain pour redécouvrir des auteurs qui s'amusent avec les livres - on pense dernièrement à l'excellent Dirty Sexy Valley. Mais surtout, vous allez aimer vos faiblesses. N'hésitez donc pas non plus à jeter un œil à l'indispensable  Les Vertus de l'échec de Charles Pépin.

++ Spartacus, Romain Ternaux, éd. Les Forges de Vulcain, 217 p., 18 €