Le groupe existe depuis 1981. Comment fait-on pour supporter la vie entre couilles aussi longtemps ?
Lars Ulrich : Oh tu sais, aujourd’hui on est plus comme une équipe de foot. (Rires) Nous sommes une bande de vieux gars qui se fait masser et boit des jus protéinés. Quand on ne mange pas des carottes ou d’autres trucs bizarres, dans ce goût-là. Certes, on continue de se déplacer en bus, mais ce n’est plus vraiment le même qu’à nos débuts… C’est nettement plus dur d’être dans un groupe quand tu as 50 ans que quand tu en as 20. Quand nous étions jeunes, on vivait comme un gang, on cherchait juste à appartenir à quelque chose qui nous dépassait totalement. Avec l’âge, chacun a envie de faire ses propres trucs. Dans le boulot, contenter et faire se coïncider les emplois du temps de quatre quinquas qui veulent tous que ça file à leur manière, ça demande un temps fou ! Et je ne te raconte même pas, si par-dessus le marché, le groupe a du succès... Essayer de faire en sorte que ton gang soit sain et équilibré exige beaucoup d’implication et d’énergie.

Sur la plupart des images du groupe, vous faites des têtes de guerriers. Ça ne vous ennuie pas, à la longue ?
(Rires) Parfois, ça paraît être une bonne idée. J’ai appris avec le temps que quand tu fais une séance photo de 15 minutes, sur 100 images, tu as l’air venère sur les deux qu’ils retiennent alors que tu te trouves super cool sur les 98 autres. C’est finalement le genre de poses que tu fais intentionnellement, parce que tu sais que c’est ce qui te permet de passer à autre chose plus rapidement. Dans le fond, ça ne me dérange pas vraiment. C’est un personnage que je joue. Ces images ne reflètent pas qui je suis. A présent, je sais juste que pour éviter ça, il ne faut faire qu’une seule image et basta.

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Pas trop gonflé d’être dans un milieu où les gens portent des queues de cheval ?
À la fin des années 70, je me souviens que beaucoup d’hommes - comme mon père - portaient des queues de cheval ou des nattes à la… le pote d'Astérix, là… c’est bien Obélix ? (Le batteur du plus grand groupe de heavy metal parle d’Astérix, ndlr) Je me suis laissé pousser les cheveux à cette période, je les avais super longs et les attachés en queue de cheval. Maintenant, c’est un peu triste - plus rien ne pousse, c’est mort. Mon crâne ressemble à un vieux potager tout déshydraté. À l’occasion, quand ils sont longs sur la nuque, je me fais une petite queue de cheval, mais elle reste tristoune à côté de celle que j’avais l’habitude de porter.

Et côté headbanging, ça va ?
Ça ne me gonfle pas, mais à l’évidence je ne headbangue plus vraiment. En grandissant, tu t’autonomises et tu fais tes trucs à toi. Mais quand tu as 17 ans, ça t’apparait comme un phénomène nouveau, une expérience à partager à plusieurs. La raison qui pousse les jeunes à aller vers le hard rock est le désir d’appartenance à une communauté à l’intérieur de laquelle tu te sens chez toi.

Tu supportes toujours les guitaristes ?
Les guitaristes sont une partie importante de ma vie. C’est une question un peu folle que tu me poses là ! (Rires). Ecoute, je kiffe la guitare, les riffs de James Hetfield (l’autre fondateur et le chanteur du groupe, ndlr) allument quelque chose en moi. Jouer de la batterie est amusant, et je connais ma chance de jouer avec lui et Kirk Hammett, qui sont les deux plus grands guitaristes sur terre. Je n’ai envie de jouer avec personne d’autre.

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Que t’évoque la ville de Los Angeles?
Ça va. Je l’associe au boulot. Metallica s’est formé là-bas, mais on s’en est très vite barré pour San Francisco. Ça fait une trentaine d’années que je n’y vis plus. Pour moi, c’est une ville de transition - beaucoup de gens y vont pour devenir une star du cinéma ou de la musique. Vu qu’une large majorité d’entre eux ne réussit pas, en dehors des quartiers comme Hollywood, Los Angeles est une ville remplie d’histoires assez tristes, de gens qui n’y sont pas arrivés ou n’y arriveront jamais.

Avez-vous sorti votre dixième album Hardwired… to Self-Destruct en novembre 2016 pour échapper à l’Amérique de Trump qui se profilait  ?
(Rires) Qu’est-ce que tu crois ? Non, nous n’avons pas sorti notre dernier disque pour nous échapper des USA. Je ne sais pas quoi te dire à propos de lui, là on parle d’un autre monde : ce mec vit à l’intérieur de ton iPhone. Pour te dire la vérité, je sature, j’ai arrêté de m’intéresser à tout ça. La seule chose à faire pour le moment, c’est de se débrancher. Ce que Donald Trump dit, fait ou ne fait pas, je ne veux pas m’en mêler, d’aucune façon. J’ai suffisamment d’autres chats à fouetter comme ça.

Si Donald Trump était une chanson, tu choisirais laquelle ?
La première qui me vient à l’esprit, c’est un titre punk du groupe Anti-Nowhere League que Metallica a repris et qui s’appelle So What ? («S’en balek», dirions-nous aujourd’hui, ndlr).

++ Leur dernier album Hardwired… to Self-Destruct (Blackened Recordings / Universal Music) est toujours disponible.