Ce 29 avril 2018, au Hilton de Washington a eu lieu un massacre, une véritable boucherie. Si vous n'en avez pas entendu parler sur BFM TV, c'est que cette fois, ce n'est pas un "déséquilibré"  qui a tiré sur d'honnêtes citoyens mais c'est une honnête citoyenne qui a dézingué des déséquilibrés avec ses vannes plus assassines qu'un AK-47. Le "drame" s'est déroulé lors du dîner annuel des correspondants à la Maison-Blanche. Ah, les Etats-Unis, ce pays schizo, puritain et débauché, moralisateur et ultraviolent, où les autorités de santé ne peuvent utiliser les mots "transgenre" ou "fondés sur la science" mais où l'on peut humilier les membres du gouvernement en face-à-face dans l'atmosphère ouatée et chaleureuse d'un hôtel de luxe. Entre le champagne et les petits fours, la comédienne Michelle Wolf a ouvert le feu de sa voix haute perchée  : "Comme dit une star porno lorsqu'elle se met au lit avec Trump, finissons-en au plus vite". Punchline meurtrière, suivie d'une deuxième rafale : "Nous sommes en 2018, je suis une femme et vous ne pouvez pas me faire taire. A moins que Michael Cohen (l'avocat de Trump, ndlr) ne me verse 130.000 $". Quand on sait que l'actrice porno Stormy Daniels était dans l'assemblée, c'est mot compte triple. Vous l'avez compris, si Donald Trump était, lui, absent de cette réunion de  "gauchistes anti-américains pourvoyeurs de fake news", selon ses propres termes, et prudemment réfugié dans le Michigan, il n'a pas pour autant été épargné. "Dire que Trump est un ami des nationalistes blancs, c'est utiliser un terme étrange pour désigner des nazis. C'est comme dire qu'un pédophile est un ami des enfants ou qu'Harvey Weinstein est un homme à femmes" a lancé Michelle Wolf. Une balle qui aurait sûrement fait exploser la tête du Président façon balade en décapotable à Dallas si celle-ci n'était pas à 98% composée d'air. Sarah Huckabee Sanders, l'actuelle porte-parole du gouvernement, comparée à un personnage de The Handmaid's Tale, serait en ce moment-même encore au sol, prise de convulsions et la bave aux lèvres. Les équipes médicales sont sur le coup, nous vous tiendrons informés tout au long de la journée. Sean Spicer, l'ancien porte-parole de la Maison Blanche a jugé cet acte humoristique "dégoûtant", ce qui équivaut, niveau reconnaissance, pour nous Français, à se faire insulter par Nicolas Dupont-Aignan ou bloquer sur Twitter par Nadine Morano.
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Suite à ces tragiques évènements, des questions se posent. D'où vient cette Michelle Wolf qui, un an plus tôt, montrait déjà des signes de radicalisation en prévenant le Guardian : "Quatre ans de blagues de Donald Trump vont me rendre folle" ? A-t-elle été missionnée par la branche stand-up et jeux de plage d'Al Quaïda ? Quelqu'un qui porte un pull avec un col en V peut-il vraiment être un monstre ? Une plongée dans son passé s'impose. Dans son adolescence, Michelle Wolf est une américaine bien sous tout rapport. Mieux, une athlète : elle excelle dans le 400 mètres, le saut en hauteur et le triple saut (mais si, c'est comme une marelle, sans le caillou, le dessin au sol et l'amusement). Suite à une grave blessure, elle obtient brillamment un diplôme en kinésiologie (en gros, l'étude scientifique des mouvements du corps). Un parcours modèle consacré par une embauche à Wall Street, où les adeptes de la compétition acharnée sont toujours accueillis à bras ouverts.  Elle intègre Bear Sterns, l'une des plus grosses banques d'investissement du monde en 2007 et devient une valeureuse louve au service du grand capital. Alors que la bulle spéculative des subprimes éclate, l'institution chute, prémisses de la crise mondiale à venir. C'est ici que tout bascule, que sa vie dérape :  elle décide de se réorienter vers la comédie, suivant la filière François-Xavier Demaison. Elle s'entraîne au maniement des armes en écrivant pour le Daily Show de Trevor Noah, le Late Night de Seth Meyers ou Chris Rock ainsi qu'en faisant la première partie du Louis CK d'avant le scandale. Autant dire qu'elle était déjà fichée S, pour "so funny", mais cela n'aura pas suffi pour que les services de renseignement et les forces de l'ordre l'appréhendent. Celle qui aura bientôt sa propre émission sur Netflix, The Break with Michelle Wolf, continue donc sa cavale sanguinaire, faisant trembler l'Amérique. A vous les studios.