Qui est Alvaro Morte ? À quoi ressemblait ton enfance et comment es-tu devenu acteur ?
Alvaro Morte : Je suis une personne normale et simple qui essaie d'être raisonnable et de garder les pieds sur terre, tout simplement. Je suis né et j'ai grandi en Andalousie, dans le sud de l'Espagne. Personne dans ma famille ne vit de l’art, mais ma mère aime chanter et peindre. Sans aucun doute, ma fibre artistique vient d'elle. De mon père, j'ai hérité de l’esprit d’entreprendre. J'aime monter des projets, surtout avec ma troupe de théâtre, 300 Pistolas. Après avoir vécu avec ma famille dans diverses villes d'Espagne, je suis parti aux îles Canaries étudier l'ingénierie dans le domaine des télécommunications. Mais je n'ai pas terminé mon cursus. Le théâtre a fait irruption dans ma vie et j'ai tout quitté pour étudier les Arts Dramatiques.

Le public français te découvre. Jusqu’à présent, quels types de personnages avais-tu l’habitude de jouer : plutôt des intellectuels, ou des personnages aux antipodes du professeur ?
Pour moi, la qualité essentielle d’un acteur est sa capacité à être un caméléon. Au moment de choisir les projets, j’essaie, dans la mesure du possible, de changer de type de personnage. Par le passé, j’ai pu jouer des personnages bizarres, comiques, dramatiques, des gentils, des méchants… La vérité, c’est que j’ai eu la chance qu’on me propose des rôles très différents. Je crois que le pire qui puisse arriver à un acteur, c’est de s’enfermer dans un certain type de rôle. C’est pour ça que j’essaie de varier.

DPRpFuWXkAMgoDu

C’est ta première participation à une fiction d’envergure internationale. Comment mesures-tu le succès de la série ? De lointaines connaissances refont soudainement irruption dans ton existence?
Les gens m’arrêtent maintenant d’avantage dans la rue pour me demander une photo et me féliciter pour le travail dans la série. C’est très agréable, mais j’essaie de continuer à maintenir ma vie comme elle est. Je crois qu’il est très important de garder les pieds sur terre, être conscient qu’un jour tu es en haut, et l’autre tu es en bas. La réussite est totalement éphémère et le plus important est d’être content du travail que l’on réalise et d’être heureux dans sa vie. Et oui, quelques camarades de classe se sont manifestés, mais d’une manière plaisante. Tous m’ont contacté parce qu’ils m’ont vu dans la Casa de Papel, ils m’ont téléphoné ou m’ont envoyé des mails pour me féliciter. Il y en a un qui m’a fait très plaisir, c’est un gars qui s’appelle Ramon - lui m’a vu depuis Dubaï. Ramon est chef d’un hôtel de luxe là-bas et on a repris contact grâce à la série. Cela faisait des années que nous n’avions plus de contact et ça a été très agréable.

LaCasaDePapel2 (1)

Particularité de ton personnage, tu as tourné la plupart de tes scènes solo dans un hangar à t’adresser à un interlocuteur imaginaire au téléphone. Parle-moi de ton degré d’épanouissement personnel.
(Il rit) Effectivement, mon personnage a passé beaucoup de temps seul dans le hangar et mes camarades m’ont beaucoup manqué parce que c’est un casting merveilleux et c’est un luxe de pouvoir travailler avec eux et d’apprendre de chacun d’entre eux. Ce sont des acteurs fantastiques et quand je n’étais pas avec eux, j’étais (bien) entouré par l’équipe technique, qui est d’ailleurs la meilleure équipe avec laquelle on pourrait rêver de travailler. Quand je demandais de façon sexy à l’inspectrice ce qu’elle portait au téléphone, c’est un assistant-réalisateur qui me donnait la réplique. Ces scènes étaient assez comiques à tourner. En plus de devoir me concentrer sur ma propre interprétation, je devais aussi imaginer la partie de l’inspectrice qui n’avait pas encore été tournée. Je dois dire que ce fut très gratifiant d’être aussi proche de l’équipe technique.

Tu as auditionné pour le rôle ?
Bien sûr ! J’ai passé cinq auditions sur une période de deux mois et demi. Ça a failli me rendre fou parce que c’était une de plus, encore une autre puis encore une de plus avec le réalisateur… Ce fut un processus très angoissant mais j’ai finalement obtenu le rôle !

Promets-moi que le professeur finira par faire profil bas pour ne pas s’attirer des ennuis et qu’il ne s’accrochera pas à Raquel comme un dictateur africain s’accroche au pouvoir.
(Il rit) Je ne vais pas révéler comment évolue la relation entre Raquel et le professeur parce que je n’aime pas spoiler. En revanche, je peux dire que mon personnage, qui a travaillé depuis de nombreuses années sur son plan, ne laissera rien le tirer vers le bas.

175823_lcdp_cap_13_000017 (1)Quelles touches personnelles as-tu ajoutées au personnage du professeur ?
J’essaie de travailler mes personnages sans les relier à mes caractéristiques personnelles. J’essaie de les analyser d’un point de vue rationnel, d’une façon objective et avec du recul mais il est vrai que parfois, il existe des points communs. Il y a une caractéristique du professeur que j’admire et que je pense partager avec lui : son goût du travail. Le professeur est un type très intelligent, mais bon… L’intelligence, ça ne fait pas tout. C’est sa capacité d’effort et d’application dans le travail qui font la différence. Quand je m’implique dans un projet, j’y consacre beaucoup de temps, je crois que c’est en cela que je ressemble au professeur.

Tu es avant tout un homme des planches. Étant donné ta notoriété grandissante, tu n’as pas peur que des spectateurs viennent désormais à tes pièces non pas pour l’amour de l’art mais simplement pour respirer le même air que toi ?
Je crois que n’importe quelle excuse est bonne pour accepter les gens au théâtre. Il est primordial que les gens aillent au théâtre parce que ce dernier reflète et analyse la vie sous une perspective différente et objective. Les nouvelles technologies, internet, la télévision, le téléphone portable font que les gens consomment beaucoup de loisir sans sortir de chez eux. Pour cette raison, le théâtre souffre d’une baisse de fréquentation. Peu importe ce qui motive les spectateurs à se déplacer, on s’en fiche. S’ils se déplacent pour me voir, parce qu’ils ont aimé la Casa de Papel, j’espère qu’une fois dans la salle, ils apprécieront ce qu’ils verront à sa juste valeur, en parleront autour d’eux et renouvelleront l’expérience.

++ Les saisons 1 et 2 de la Casa de Papel sont disponibles sur Netflix. Alvaro vient de tourner le film Mirage, d'Oriol Paulo, et tourne actuellement dans la série El Embarcadero.
++ Retrouvez Alvaro Morte sur TwitterFacebook & Instagram.

Merci à Irene Lopez // Crédits photos : Sergio Lardiez.